‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 25 sur 26 · A.) RHUMATISMES · texte numérisé non relu

A.) RHUMATISMES

Il faut les citer en première ligne parmi les affections que les eaux de Bains guérissent comme beaucoup d'autres. Ils ne le cèdent en rien sous le rapport de la fréquence aux affections nerveuses. Ce sont eux qui forment le principal appoint de toutes les eaux thermales. Et c'est justice j puisqu'ils dérivent essentiellement d'une altération dans les fonctions de la peau, ils doivent être combattus de préférence par la médication qui est surtout consacrée à la réhabilitation de cette membrane.

Ici, ce ne sont plus des classes aisées, ayant des habitudes oisives et sédentaires, qui sont la proie de ces affections ; ce

sont plutôt les hommes livrés à de rudes travaux , et aux intempéries athmosphériques.

Cependant il faut distinguer : la peau est sujette à diverses influences morbides.

Tantôt, elle est surprise au milieu des meilleures conditions par un refroidissement brusque. La cause est accidentelle; la transpiration répercutée fait naître un état particulier du sang dont le propre est de déterminer une phlogose des tissus sérofibreux, — cet état du sang peut se développer spontanément sous l'influence de causes internes, — la maladie qui en résulte, rhumatisme articulaire aigu, se comporte comme une pjrexie dans laquelle l'élément général domine. Aussi a-t-on pu l'appeler à bon doit fièvre rhumatismale.

Après avoir parcouru ses périodes, lorsque le mouvement fébrile est éteint, souvent il reste dans les articulations quelques traces du passage de l'inflammation. Ainsi, des gonflemens, des raideurs, de la douleur dans plusieurs jointures. Il reste surtout une mauvaise disposition de la peau, en vertu de laquelle l'affection a de la tendance à se reproduire.

Dans ces circonstances, les bains chauds, les étuves, les douches donnent les meilleurs résultats.

L'irritation articulaire peut se maintenir après que la fièvre est tombée , elle peut même s'établir et se perpétuer sans être jamais accompagnée de réaction fébrile. C'est le rhumatisme articulaire chronique. La viciation du sang persiste , l'organisme s'est habitué à cet état , — il y a diathèse , — • les douleurs apparaissent inopinément sur l'une ou l'autre articulation ; ces manifestations sont très-irrégulières, elles se montrent souvent dans la longueur des membres, sur les gaines tendineuses, ou les enveloppes musculaires , — c'est le rhumatisme vulgaire , celui qui peuple les établissemens thermaux. On l'observe chez

les gens de la campagne, les hommes actifs, exposés à de fréquentes alternatives de chaud et de froid ^ à la suite d'une vie accidentée , il est rare qu'on ne ressente pas quelque douleur arthritique ou musculaire.

La médication des eaux ne guérit pas, mais elle soulagé toujours dans ces casj les rhumatisans reviennent périodiquement aux eaux , et savent très-bien, par leur propre expérience, que les années où ils s'en sont dispensés, le mal reparaît avec plus d'intensité.

Je distingue de cette forme une variété qui est le trait d'union entre les rhumatismes et les névroses j je veux parler du rhumatisme vague. Les douleurs se font sentir d'une manière fugace et quelquefois très-aiguë sur différents points qu'il est assez difficile de spécifier anatomiquement. Tantôt , c'est dans quelqu'articulation , le plus souvent dans la continuité des membres et au tronc. C'est à cette espèce que je rapporte les douleurs rhumatismales des viscères.

Le poumon, le foie , l'estomac, etc. , sont parfois le siège de ces souffrances qui, par leur intensité et leur retour plus fréquent, peuvent donner des inquiétudes, et exposer à des méprises. Dans bien des cas, le diagnostic différentiel est fort difficile à établir avec les névroses j et, cependant, il est bien important, car le traitement diffère du tout au tout. On en est souvent réduit au tâtonnement , on se laisse guider d'après les effets obtenus.

Cette espèce de rhumatisme s'observe chez les sujets débiles, nerveux, chez les habitans des villes, les femmes, les individus sédentaires. La peau est impressionnable, elle manque de vitalité, les causes ont agi sur elle lentement, d'une manière successive et insensible. C'est là oii la culture de la peau devient nécessaire, et où les procédés hydropathiques sont heureusement appliqués.

S'il n'y avait qu'à stimuler fortement cette membrane , les

eaux puissaDtes de Bonrbonne ou de Wisbaden feraient merveille. Mais il faut avoir égard à la délicatesse du tempérament, à la susceptibilité des organes j il faut craindre d'irriter et d'allumer la fièvre. Tout en excitant la peau , il faut ménager le système nerveux. C'est pour remplir celte double indication d'énergie et de douceur que les eaux de Bains sont précieuses. Elles doivent être employées avec modération, les bains seront tempérés , et quand on provoquera des réactions sur la peau , ce sera toujours avec mesure, en revenant aux bains tièdes qui seront considérés comme la base du traitement. On se trouvera bien dans ces cas de la douche alternative, et des douches générales à une température modérée.

Je place aussi dans une catégorie particulière un genre de rhumatisme qui se rapproche de la goutte sous plusieurs rapports. Il consiste dans une phlegmasie articulaire le plus souvent générale, se développant d'une manière subaigue, restant stationnaire pendant quelque temps , puis reprenant son cours jusqu'à ce qu'elle ait envahi toutes les articulations grandes et petites.

Le propre de ce rhumaiîsme goutteux , c'est que chaque crise laisse des traces de plus en plus profondes sur les articulations attaquées, elles se déforment, s'ankylosent au point de rendre les membres entièrement perclus.

J'ai rencontré plusieurs fois cette affection chez des vieilles filles qui avaient en vain essayé de tous les remèdes et de toutes les eaux. — Je crois même avoir remarqué que les remèdes et les eaux les plus actifs étaient les plus nuisibles.

Cette cruelle maladie est évidemment liée à un vice humoral, à une disposition originelle , peut-être à une altération spéciale des fonctions de la peau , à un défaut d'harmonie entre l'exhalation et l'absorption , d'où résulte l'altération consécutive du sang qui, elle-même, détermine Tinflammation des tissus sè^ reux et les dépositions fibrineuses.

(B.) — Dans la goutte^ il y a également vice humoral, disposition originelle, et défaut d'équilibre entre les fonctions exhalantes et absorbantes. Mais le point de départ n'est pas à la peau , il est dans l'appareil digestif qui élabore trop bien , ou qui est surchargé de matériaux nutritifs trop riches. Le résultat définitif est le même.

On ne guérit pas la goutte. — L'expérience ne confirme que trop ce principe. — Mais on peut jusqu'à un certain point éloigner ou diminuer les accès en atténuant momentanément les humeurs , et en augmentant l'action de la peau.

On peut surtout combattre avantageusement les effets, — les raideurs, les engorgemens consécutifs à l'accès. C'est ce à quoi se borne notre rôle dans les cas assez rares où les goutteux recourent à nos eaux.

( C. ) — La sciatique est aussi l'une des maladies les plus fréquentes à notre établissement. Malgré les remèdes prétendus héroïques préconisés contre elle , nous en voyons toujours arriver le même nombre, et toujours elle trouve un soulagement moins original , mais plus sûr que par des cautérisations auriculaires.

La névralgie du nerf sciatique n'est pas toujours de même nature ; ordinairement , c'est une influence rhumatismale qui la provoque ; mais elle peut n'être qu'une irritation purement nerveuse , ime névralgie proprement dite. Cette considération doit influer sur le traitement. Ce qui n'influe pas moins, c'est le degré d'acuité, d'ancienneté et d'étendue.

J'ai observé que certaines sciatiques étaient exaspérées par les bains et les douches très-chauds qui réussissent si bien dans d'autres. Quand la sciatique est récente, ou très-aiguë, ou nerveuse, les eaux très-chaudes ne conviennent pas. Dans les

circonstances opposées , elles donnent de très-beaux résultats ^ surtout dans les cas où, après de longues souffrances, il y a un amaigrissement des membres, et une certaine paralysie qui entraîne la claudication. Nous avons tous les ans quelque béquille laissée comme meuble inutile.

(D. ) — La gravelle prend naissance dans les mêmes conditions que la goutte, — quand il n'y a plus balance des profits et pertes. L'estomac fonctionne trop, la peau et les muscles pas assez. La composition est active et puissante , la décomposition insuffisante. Le sang devient trop riche, trop animalisè. Au lieu de se débarrasser sur les séreuses articulaires des principes azotés en excès, il les écoule par les reins, sous forme de graviers.

Quand la gravelle n'est pas le fait d'un vice héréditaire, d'une disposition originelle, qu'elle est enfin susceptible de guérison ,

— ce qui, à la vérité, est malheureusement le cas le plus rare,

— ce ne peut-être que par trois moyens : la diététique sévère qui diminue les profits, l'exercice musculaire et l'excitation de la peau qui augmentent les pertes.

Le premier de ces moyens est plus facile à conseiller qu'à faire exécuter. Le second est quelquefois impossible. Depuis plusieurs années, j'ai obtenu du troisième quelques succès remarquables.

Je soumets les malades aux demi-bains très-chauds, aux douches, aux étuves, et au robinet de fer; je leur fais boire abondamment de l'eau savonneuse. Les graviers s'échappent aussi bien qu'avec les eaux de Contrexéville , les douleurs lombaires et les crises sont éloignées.

J'observe d'ailleurs, sur beaucoup de nos rhumatisans traités de cette manière, l'expulsion par les urines d'un sable rouge fin et abondant, pendant toute la durée du traitement. Ce sable , qui est de l'urate d'ammoniaque, ne diffère des graviers que par

le volume. Ce qui tendrait à établir d'une part que certains rhumatismes sont liés à un état du sang analogue à celui qui existe dans la gravelle, et d'autre part que les eaux de Bains séparent, détachent et font expulser le sable de la gravelle.

(E. ) — Les maladies du foie sont, comme on le sait, l'apanage des eaux de Vichy.

N'y a-t-il pas un abus dans cette manière empirique d'affecter une action spécifique à certaines eaux ? Evidemment , les maladies du foie peuvent être fort différentes par leur nature et par les dispositions constitutionnelles, au milieu desquelles elles se développent.

Si les eaux de Vichy sont favorables dans un grand nombre de cas, lorsqu'il faut stimuler un parenchyme inerte , et résoudre ses engorgemens, ne seront-elles pas nuisibles quand il persistera quelqu'irritation inflammatoire ou nerveuse ? Sans doute, ce sont, le plus souvent, des engorgemens chroniques, ayant résisté aux divers fondans , qui sont dirigés sur Vichy , et qui s'y résolvent plus ou moins complètement. Mais il y a des insuccès , j'en ai vus, qui portent sur les cas de phlegmasie subaigue, ou de névrose hépatique j et ces insuccès n'auraient pas lieu , si les malades comprenaient mieux que toutes les affections d'un même organe ne se ressemblent pas , et qu'il y a parfois plus de différence entre telle maladie du foie et telle autre , qu'il n'y en a entre cette même maladie et une affection de la tête ; qu'en un mot, ce n'est pas l'organe qui doit être la source des indications , mais la nature de la souffrance , et surtout les conditions spéciales dans lesquelles se trouve placée l'économie.

Parmi les maladies du foie, en assez petit nombre d'ailleurs, qui sont traitées à Bains, les unes n'éprouvent pas grande amélioration, ce sont les engorgemens anciens, survenus len-

tement et graduellement, et aussi les calculs biliaires. San;* doute, dans ces cas, les eaux de Vichy seraient plus efficaces.

D'autres sont sensiblement soulagées, ce sont les engorgemens récens , ayant succédé à une phlegmasie plus ou moins aiguë, et aussi une sorte de névralgie hépatique dont j'ai observé plusieurs cas les années précédentes.

Cette névralgie donne lieu à des coliques analogues à celles qui sont déterminées par des calculs biliaires. Elles reviennent également à des intervalles plus ou moins éloignés , s'accompagnent de crises douloureuses et de vomissemens pareils ; seulement on ne trouve pas la tuméfaction de la vésicule, ni les petites pierres expulsées avec les selles.

Je regarderais volontiers cette affection comme l'effet d'une irritation spéciale des plexus nerveux qui accompagnent les Vaisseaux et les conduits biliaires , irritation qui se traduit par une exaltation de sensibilité , et des contractions spasmodiques dans les appareils excréteurs de la bile. L'action sédative et régulatrice de nos eaux m'a paru produire de bons effets dans ce cas.

(F. ) — Les engorgemens , obstructions ^ tumeurs , sont encore de ces dénominations peu précises et peu scientifiques, usitées dans le langage de la médecine des eaux , et qui prêtent à la confusion et aux méprises. Que de différences dans les diverses espèces de tumeurs internes sous le rapport de la nature , de l'altération , et par conséquent sous le rapport du pronostic et du traitement!

Les productions hétérogènes , squirrheuses , strumeuses , fibreuses , les kystes avec les nombreuses variétés de matières qu'ils renferment , constituent des genres de tumeurs , malheureusement trop fréquentes , et sur lesquelles l'action des eaux est le plus souvent nulle. Heureux, quand l'excitation minérale

ïi'impriine pas une activité plus grande à leur développement morbide 1

Il en sera tout autrement des engorgemens constitués par une simple hypertrophie d'organe , par un épaississement de tissu, ou une infiltration plastique provenant d'une inflammation qui n'a pu se résoudre.

Dans ces circonstances ;, les bains et les douches agissent efficacement. J'ai vu maintes fois de ces tumeurs abdominales formées dans le tissu cellulaire sous-péritonial ou mésentérique, et même dans le péritoine , à la suite de péritonites circonscrites , se dissiper peu à peu sous l'influence des eaux, alors qu'elles avaient résisté aux divers moyens fondans dirigés contre elles.

( G. ) On peut répéter pour les paralysies , indistinctement dirigées sur Bourbonne, ce que je disais tout-à -l'heure pour les maladies du foie, à l'égard de Vichy. Les paralysies ne sont pas toutes de même nature, ni développées au même degré; et si, par une vive excitation , les eaux de Bourbonne en guérissent un certain nombre, elles devront nuire à celles qui ont à redouter les effets d'une trop forte excitation. Réciproquement, ces dernières affections se trouveront mieux des eaux de Bains qui seront moins puissantes dans les premières.

Ainsi , les paralysies anciennes , rebelles , d'origine rhumatismale, seront moins avantageusement traitées à nos eaux; et les paralysies récentes, dans lesquelles il faut craindre le retour des accidens apoplectiques, et aussi les paralysies hysténaues , ne seront pas soumises sans danger à l'usage des eaux de Bourbonne.

J'ai eu l'occasion de voir à Bains un certain nombre de ces dernières affections; et il m'a semblé qu'au début, c'est-à-dire à l'époque où- les accidens nerveux et les douleurs rachidiennes avaient une grande intensité, nos eaux étaient peu propices.

tandis qu'elles agissaient très-favorablement plus tard, quand la paraplégie était le seul symptôme.

Les excitans ordinaires m'ont paru d'un emploi difficile et incertain dans ce cas ; nos eaux me semblent offrir alors une ressource précieuse. Elles stimulent suffisamment, sans les irriter, ces systèmes nerveux si frêles et si impressionnables j elles y ramènent le mouvement et la vie.

(H.) Je comprends sous le nom à'' affections chirurgicales différentes maladies des membres que nous sommes appelés à traiter par les eaux d'une manière accessoire en quelque sorte.

Ainsi, à la suite de Luxations, ào. fractures , de contusions, iVentorses, il reste souvent des indurations que les bains réussissent à dissoudre, des raideurs que les douches dissipent , des douleurs qui sont assez bien calmées.

Peut-être, d'autres eaux seraient-elles mieux appropriées à ce genre de lésions, mais la proximité, ou quelqu' autre motif étranger à la médecine font préférer nos thermes , et nous devons en tirer le meilleur parti possible. Or, je puis dire que dans ces cas, nous obtenons encore de notables améliorations.

Outre ces affections traumatiques, il en est d'autres de cause interne : tumeurs blanches, nécroses, caries, qui se trouvent bien parfois du traitement excitant des douches et des bains chauds secondés par des moyens médicamenteux spécifiques.

(ï.) Pour compléter le cadre des maladies qui se présentent à notre clinique des eaux , je me contenterai d'indiquer également pour mémoire les affections de la peau qui, dans l'impossibilité où se trouvent les malades de se rendre aux eaux spéciales, sont plus facilement soignés à notre établissement que dans leurs familles.

Je fais ajouter à l'eau thermale, tantôt le carbonate de soude, tantôt le sulfure de potasse j — l'eau minérale naturelle est préférée dans les éruptions légères, accompagnées d'irritations.

On obtient du soulagement dans quelques cas, un peu plus sûrement que par les bains domestiques composés.

Page 1