ORE RS
Etre.
sont de véritables ecchymoses. Les ecchymoses de la surface pénètrent jusqu’à lintérieur du tissu pulmonaire, qui est comme frappé d’apoplexies partielles autour des lobules hépatisés. »
Ollivier d'Angers (1), en 1836, dans sa relation médicale des événements du Champ de Mars, le 14 juin 1836, n’a constaté « des ecchymoses à surface des poumons ou dans leur épaisseur que sur un cadavre, celui d’une femme qui n'avait pas de côtes fracturées. Ces ecchymoses pénétraient à plus d’un pouce de profondeur dans le tissu pulmonaire, occupaient toutes les parties antérieure et latérale du bord inférieur de chaque poumon. »
Il est certain que ces deux derniers-auteurs ne veulent pas parler des véritables taches de Tardieu, mais bien de noyaux d’apoplexie ; seulement, nous croyons devoir les citer, parce qu’à leur époque on ne devait pas faire encore grande différence entre les ecchymoses et les infarclus.
Deverg'ie (2) insère un rapport daté du 6 septembre 1836 dans son Traité de Médecine légale, où il fait mention, mais confusément « d’une teinte violacée (des poumons) parsemée de taches rosées disséminées en divers points de leur surface. »
Il est plus explicite à propos d’un autre rapport du 2 août 1838 dans lequel il décrit nettement une surface « tachetée de petites ecchymoses superficielles, arrondies, de une ligne à une ligne et demie de diamètre (3). »
H. Bayard (4), dans un rapport de la même année, note « de nombreuses ecchymoses violacées » sur toute la surface des
(1) Ollivier d'Angers : Annales publiques d'Hygiène et de Médecine légale, 1837, 1°° série, t. XX VIIT, p. 485.
(2) Devergie: Traité de Médecine légale, théorique el pratique Paris, 1840, 2° édit., t. I, p. 734.
(83) Devergie : Loco citato, p. 736.
(4) H. Bayard : Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1840, t. XXIV, p. 331: {re série.
ER
deux poumons d’un enfant mort à la suite de fractures multiples.
Il parle encore d’ecchymoses dans un rapport de 1841, publié dans son Manuel de Médecine légale (1).
Vers la même époque, Caussé (2) d’Albi dit avoir observé des ecchymoses, et prétend avoir consigné les faits dans un rapport publié en 1842.
En 1845, MM. Bayard et Tardieu (3) publient un rapport sur un double empoisonnement par le charbon où ils font mention d’ecchymoses sous-pleurales.
Bayard (4) revient de nouveau sur les ecchymoses en 1847 à propos d’une autopsie du 21 novembre 1846. Il en donne la description et la pathogénie.
En 1848 (5), il publie une autre observation de mort par suffocation où il signale d’une façon claire des ecchymoses saus-pleurales.
En 1849, Tardieu (6), dans ses leçons professées sur le choléra à la Faculté de Médecine de Paris, mentionne en passant de petites ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-pleural.
La même année, H. Lebert (7) publie un compte-rendu des recherches anatomo-pathologiques de Virchow sur le choléra, et il y dit trouver fréquemment des ecchymoses sous-péricardiques.
(1) H. Bayard: Manuel pratique de Méd. lég., 1848, p. 252.
(2) S. Caussé : Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1869, 1'° série, t. XX XII. p. 122.
(3) Bayard et Tardieu : Ann. d'Hyg. el de Méd. lég., 1845, 1re série, t. XXXIVY%p. 369.
4) Bayard : Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1847, 1re série, t. XXX VII, p. 343.
() Bayard : Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1" série, t. XXIX, p. 240,
(6) Tardieu : Du choléra épidémique. Leçons professées à la Faculté de Médecine de Paris, 1849, p, 51.
(7) Lebert : Compte-rendu des recherches anatomo-pathologiques du docteur Virchow pendant lai dernière épidémie du choléra à Berlin. (raselle médicale de Paris, 1849, 3 série, t. IV, p. 42.
SO
fl en parle pour son compte dans son Traité d’Anatomie pathologique (1).
En 1851, le même auteur (2) cite dans son Anatomie pathologique une observation de rhumatisme articulaire aigu avec exsudation En e dans laquelle il signale des ecchymoses. ?
Casper (3), en 1853, aurait, d'après Rheder parlé, mais confusément, d'ecchymoses.
Enfin, le professeur Schützenberger (5), dans ses conférences cliniques en 1854-55, signale des ecchymoses à propos d’un cas de typhus et il cherche à en donner l’explication.
Telle était la question des ecchymoses sous-pleurales en 1854-55. Jusqu'à ce moment, on le voit, on n’attachait que peu d’importance à ces lésions : c’est ce qui caractérise la période que nous venons de parcourir.
Deuxième période (De 1855 à 1878)
L'histoire des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques joue, à partir de cette époque, un grand plus rôle dans la science.
Tardieu le premier, dans son Mémoire sur la mort par Surf: focation (6\, leur attribue une signification importante.
Pour lui, on le sait, les ecchymoses sous-pleurales, souspéricardiques et sous-péricrâniennes sont « des lésions anatomiques vraiment caractéristiques de la mort par suffocation »
el Lebert: Trailé d'Analomie pathologique, Paris. 1851, vol. II, p. 598.,
(2) Lebert : Loco citato, vol. I, p. 58.
(3) Casper : Aulopsies judiciaires, 1853, p. 84, 3° édition.
(4) Rheder Vierteljahrsschrift. [. gerichti. Medicin, t. XXXII
(5) Fragments d'études pathologiques et cliniques, Paris, 1879.
(6) Tardieu: Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., % série. t. IV, p. 364.
Apte
et elles sont « d’autant plus importantes qu’elles peuvent exister sans la moindre trace de violence à l’extérieur. »
Cette idée, trop absolue, fut bientôt combattue tant en France qu’à l’étranger.
Dès l’année 1856, Faure (1), ancien interne des hôpitaux de Paris, fit le premier, après Tardieu, des expériences sur divers genres d’asphyxie, et observa des ecchymoses chez les animaux sacrifiés par strangulation, suffocation, pendaison et submersion.
Ces résultats passèrent inaperçus en France.
Schwartz (2), en 1858, signale des ecchymoses sur les poumons et le cœur d’enfants morts pendant ou aussitôt après ‘l’accouchement ; il parle d’autres accoucheurs tels que Michaëlis, Hohl, etc., qui en auraient vu aussi.
En 1861, MM. Dégranges (3) et Lafargue citent l’autopsie d’un fœtus retiré mort du sein de sa mère par l’opération césarienne et chez lequel ils ont trouvé des ecchymoses.
Mais c’est de l’Allemagne que partit l’opposition la plus vive contre la doctrine de Tardieu. $
En 1861, Simon et Liman de Berlin lPattaquèrent fortement.
Le premier (1), dans son étude sur l’importance en justice des ecchymoses ponctuées sous-pleurales, déclare que « ces taches ecchymotiques se trouvent dans la moitié des cas de toutes les asphyxies » surtout chez les nouveau-nés, et. qu’elles peuvent manquer « chez des enfants manifestement suffoqués. »
Le second (2), professeur de médecine légale, s'appuyant sur
(1) Faure : Archives générales de Médecine, 1856, t.. VII, p. 801. (2) Schwartz : Loco citato, 1858, p. 231.
(3) Dégranges et Lafargue : In Thèse de Vicq, Paris, 1878, p. 20.
(4) Vierteljahrsschrift f. gericht. und offentliche Medicin, 1861, PNR:
(5) Caspersvierteljahrsschrift, 1861.
TN
de nombreuses observations étrangères ou personnelles, arrive à conclure que « les ecchymoses sous-séreuses, notamment celles des organes thoraciques, se rencontrent presqu’exclusivement dans la mort par asphyxie, mais cependant ne sont pas spécifiques des différentes causes de ces morts asphyxiques. Elles peuvent, au contraire, se rencontrer aussi bien dans l’hyperémie des organes thoraciques que dans les formes névroparalytiques, que dans les maladies amenant des exsudations séreuses, etc... »
Casper (1), en 1862, dans son Traité de Médecine légale, revendique pour lui, et bien à tort, l'honneur d’avoir signalé le premier les ecchymoses en 1853, car, avant cette date, Tardieu avait déjà parlé, en passant, d’ecchymoses dansle rapport rédigé avec Bayard.
Casper donne, dans son ouvrage, un grand nombre de nouvelles observations, dans lesquelles il dit avoir trouvé des ecchymoses pétéchiales. Il arrive aux mêmes conclusions que Liman : à regarder ces ecchymoses pétéchiales, comme un signe important d’asphyxie, mais non comme signe caractéristique d’un genre particulier d’asphyxie.
J.-B. Garibaldi publie, en 1863, un mémoire où il proteste contre l’assertion de Tardieu.
Maschka (3), l’année suivante, fait paraître une étude sur les ecchymoses sous-pleurales ; il les signale chez les nouveau-nés « soit isolées, soit en si grande quantité que l’organe apparait comme éclaboussé de taches d’encre (4) ..» « On les voit le plus souvent chez les nouveau-nés, plus rare-
ment dans l’enfance et la jeunesse, très rarement chez les adultes (5). »
(1) Casper: Trailé de Médecine légale, 1862.
(2) J.-B. Garibaldi : Æsamen della nuova dottrina di Tardiew sulle norte per strangulazione el per suffocazione, 1863. (3) Maschka : AZ/gemeine Medecin. Central Zeitung, mai 1864.
(4) Canstalts Jahresbericht über die Vorschriflen der Gesammiten Medicin., 1864. t. VII, p. 48.
(5) Thèse dc Dechoudans, Paris, 1878, p. 20.
Pros
L’épidémie de choléra, qui régna à Paris en 1865, fournit. à Besnier (1) l’occasion de faire des recherches sur cette maladie, et particulièrement dans ses formes et ses accidents secondaires. Il constate la présence d’ecchymoses sous-pleurales, de suffusions sanguines et de points ecchymotiques à la surface des séreuses pleurale et péricardique. Il en étudie l’anatomie et la physiologie pathologique dans ses recherches sur le mode et le rôle de l’asphyxie chez les cholériques (2;.
Mouchet (3), qui a fait une relation sur les complications du choléra pendant la même épidémie, a trouvé aussi des “ecchymoses sur les poumons ou le cœur.
Lancereaux, en 1866 (4), note des écchymoses dans un cas. de syphilis.
En 1867, Sabinski (5) publie, dans les Archives russes de
Médecine légale, un article dans lequel il s'élève contre Les idées de Tardieu. Il se base sur un grand nombre d’expériences pour réfuter l’opinion du savant médecin légiste. À la suite des nombreuses attaques qu’il a dû subir, Tardieu (6) juge nécessaire de renouveler son affirmation, et il dit qu’il se charge de l’appuyer sur des preuves encore plus convaincantes.
À la même époque, Dégranges (7) publie un nouveau mémoire. Il y dit que les ecchymoses sous-pleurales peuvent. manquer dans la suffocation, comme elles peuvent aussi se:
(1) Besnier : Recherches sur la nosographie et le traitement du choléra épidémique, etc. Thèse de Paris, 1866.
(2) Besnier : Du mode et du rôle de l'asphyxie chez les cholériques. ArcChiv. général. de Médecine, 1866, t. VIII, p. 468.
(3) Mouchet: Des affections secondaires du choléra observé dans: l'épidémie de 1865-66, Thèse de Paris, 1867.
(4) Lancereaux : Traité de la syphilis, Paris, 1866, p. 556.
(5) Sabinski : Ann. d'Hyg. publ. et de Méd. lég., ® série, t. XXIX, p. 453, 1868.
GARD Ann d'Hyg. et de Méd. lég., 1867, 2 série, t. XX VIII. pe
(7) Dégranges : Gazette des Hôpitaux, 9 novembre 1867.
ne.
rencontrer dans les différents genres de mort. Pour lui, la strangulation est comprise dans le terme générique de suffocation. ;
Liman (1) fait paraître en 1867 un mémoire sur le même sujet, où il proteste énergiquement, malgré la haute estime qu’il à pour Tardieu, contre une doctrine qu’il considère comme « erronée et langereuse ». Il constate la présence des taches de Tardieu, dans presque la moitié des cas de toutes les asphyxies, sur le poumon et sur le cœur (du reste quelquefois aussi sur les organes abdominaux); 1l les à vues encore, quoique plus rarement, chez les pendus, les strangulés, les noyés.
En 1867, Tardieu répond par une courte note dans laquelle il dit : « Je n’ai pas su, paraît-il, suffisamment me faire comprendre quand j'ai cherché à établir la valeur de certains signes, notamment des ecchymoses ponctuées sous-pleurales et sous-péricardiques, qui, comme tous les signes en médecine légale, aussi bien qu’en médecine clinique, n’a rien d’absolu et doit être sainement interprétée. »
Cependant, l’éminent médecin légiste ne se laisse pas confondre par ses adversaires, et publie l’année suivante une « Etude médico-légale sur l’infanticide » dont il insère des extraits dans les Annales d'hygiène. Il répète ce qu’il a déjà dit précédemment sur les ecchymoses. Il avoue toutefois que les ecchymoses se rencontrent en dehors des cas de suffocation, mais il a soin d’ajouter que ces cas étaient faciles à distinguer de la suffocation : « Les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques se rencontrent en dehors de la suffocation, dans quelques maladies naturelles ou accidentelles, ou à la suite de violences, ou encore chez l’enfant dans certaines circonstances particulières (2) ».
FREE LE Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1867. 2 série, t. XX VIII, p. 288.
Ci SAME : Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1868, 2 série, t. XXIX, p. 104.
Nr de
La même année, Ogston (1), professeur de médecine légale à Aberden, dans une étude sur les ecchymoses ponctiformes comme signe de la mort par suffocation, trouve les taches de Tardieu dans des genres de mért autres que celui cité ci-dessus, et donne les conclusions suivantes citées par Liman :
« Je ne vais pas jusqu’à nier la présence des ecchymoses ponctiformes dans d’autres cas de mort que la suffocation ; je ne voudrais pas non plus considérer leur présence comme un signe indispensable dans ce genre d’asphyxie ; cependant, leur présence nombreuse sur les poumons, le cœur, le thymus, surtout chez les enfants, avec ou sans autre signe de suffocation, et quand il manque, tout autre signe de maladie, permet de diagnostiquer avec la plus grande vraisemblance la mort par suffocation (2).»
En 1869, Séverin Caussé (3), d’Albi, démontre l’absence possible d’ecchymoses dans le cas de suffocation, quand celle-ci est accompagnée d’hémorrhagie. Il donne à l’appui deux observations et cinq expériences faites sur de petits chiens.
M. Tardieu (4), dans sa nouvelle étude sur la pendaison, la strangulation et la suffocation admet le fait.
Cette année encore, M. Feltz (5), alors professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Strasbourg, dans un ouvrage sur les embolies capillaires qu’il a eu l’extrême obligeance ‘de mettre à notre disposition, cite en passant quelques cas dans lesquels il a trouvé des ecchymoses.
A peu près en même temps, Casati (6), dans un article tra-
(1) Ogston : Brisisch Medical Journal, septembre 1868.
(2) Jahresbericht f. die Forschrifte, 1868, t. I, 8° partie.
(3) Séverin Caussé: Ann. d'Hyg. et de Méd. lég., 1869, 2% série, CECX KIT D A2;
(4) Tardieu: Etude médico-légale Sur la pendaïison, la strangulalion et la Suffocation, Paris, 1870.
(5) V. Feltz: Trailé clinique et expérimental des Embolies capitlaires, Paris, 1870, 2° édition.
(6) Casati : Ann. de Dermatologie, 1873, p. 438.
co
MA Le
duit par M. David Mollière en 1873, parle d’ecchymoses à propos d’un enfant mort de syphilis héréditaire.
Dans les Comples-rendus des séances et mémoires de la Socièlé de Biologie de cette époque (séance du 21 mai), Brown- Séquard (4) présente 7 cochons d’Inde morts rapidement à la suite de lésions de la base de l’encéphale; chez tous ces animaux 1l a trouvé des hémorrhagies dans les poumons.
M. Charcot (1) a constaté et même déjà antérieurement dans des cas d’hémorrhagie cérébrale « des ecchymoses à la face interne du cœur et dans l’estomac. »
M. Liouville (2) a vu des ecchymoses et hémorrhagies du poumon et du cœur chez des sujets morts à la suite d'attaques d’épilepsie, enfin sur le corps thyroïde dans certains cas de variole.
M. Brown-Séquard explique ces lésions par l’asphyxie.
Troja (3), cité par Ranvier, a trouvé des ecchymoses sur les poumons à la suite de l’asphyxie par le charbon. Il dit: « Lorsqu'on produit lentement l’asphyxie chez les animaux, on obtient ces ecchymoses et ces perforations dont le mécanisme est encore inconnu. »
En 1872, Charcot (1) signale les taches de Tardieu à plusieurs reprises dans le cas d’apoplexie.
D'Hestrées (2) indique leur présence dans des observations de mort à la suite de coups de soleil.
(1) Brown-Séquard : Comptes-rendus des séances el mémoires de la Société de Biologie, 21 mai 1870, p. 85-86.
(2) Charcot : Comptes-rendus des séances el mémoires de la Société de Biologie, 21 mai 1870, p. 85-86.
(3) Liouville : Comptes-rendus des séances el mémoires de la Société
de Biologie, 21 mai 1870, p. 85-86.
(4) Troja : Comptes-rendus des séances el mémoires de la Société de Biologie, 21 mai 1870, p. 87.
(5) Charcot: Leçons sur les maladies du syst. nerveux, Vol. I, D-2119.
(6) D'Hestrées : Zlude sur le coup de chaleur, Thèse de Paris, 1872.