CHAPITRE IV
Diagnostic
I. — DIAGNOSTIC POSITIF. — Etant donnés les troubles importants que peut entraîner la présence d’un corps irien, il importe d'en faire le diagnostic d’une façon aussi précoce que possible.
Nous nous baserons :
1° Sur des SIGNES DE PROBABILITÉ : Les anamnestiques, un léger choc oculaire ressenti au moment de la blessure, suivi de larmoiement, de photophobie, d’une gêne et baisse de la vision, des signes d’iritis et d'irido-cyclite, joints à la constatation d’une plaie cornéenne, fournissent la probabilité de corps étranger oculaire. Reste à rechercher les signes de certitudes et le siège de l'éclat.
2° SIGNES DE GERTITUDE. — Ils sont fournis par :
a) L'examen au microscope cornéen ou à la loupe binoculaire montre la présence du corps étranger, soit
sur la surface antérieure de l'iris, soit inclus dans cette membrane, parfois même on vois l'iris coiffant l'éclat.
b) La radiographie permet de s’assurer de la présence du corps étranger ét de son siège. D'après la plupart des auteurs, elle ne montrerait que les éclats pesant au moins un milligramme. Cependant, avec le procédé de Nogier, M. le Professeur Rollet en a décelé de l’ordre de un demi-milligramme. A ce sujet, nous renvoyons le lecteur aux thèses de Malot, de Lapillonne et de Mme Ristitch.
c) L’électro-aimant géant est l'instrument de choix.
En présence d’un éclat oculaire, il donne les trois symptômes suivants :
1° La douleur provoquée par le passage du courant:
2° Le bombement de l'iris (ne se produit que pour les corps inclus, ou situés sur la face postérieure de l'iris) ;
3° L'hémorragie de la chambre antérieure,
De ces trois signes, le premier seul est constant et suffit à porter le diagnostic.
D'autres instruments, tels que le sidéroscope d'As- -mus, et le sidérophone de Jansen peuvent aussi être employés pour déceler les éclats magnétiques. Mais ces instruments très délicats, très coûteux, sont insuffisamment sensibles et exigent trop de précautions pour pouvoir servir à un usage clinique.
IL. — DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL. — Différentes lésions de l'iris peuvent être prises pour des corps étrangers de celui-ci.
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1° Un pertuis irien d'origine traumatique peut simuler un corps étranger noir. Un examen attentif et la radiographie permettent d'éviter l'erreur.
2° Un petit abcès, d'origine spontanée, donne parfois lieu à des phénomènes d'’iritis parenchymateuse. C'est surtout là qu'il faut chercher la plaie cornéenne, les signes de l’aimant et la radiographie.
3° Il ne faut pas confondre les corps étrangers iriens, et cela est important, avec une inégalité de répartition du pigment ou mélanose congénitale, constituant un iris tigré, c’est-à-dire avec des taches isolées, ardoisées sur un fond bleu clair ou brun foncé sur un iris fauve clair. Cette anomalie pour ainsi dire physiologique, connue sous le nom d'iris Vairon, est utilisée par le service de la police (tableau des nuances de Bertillon).
La notion de bilatéralité et de non-perforation de la cornée sont en faveur de la mélanose.
4° La polycorie : ou orifice pupillaire supplémentaire congénital ; l’orifice est ordinairement à contour régulier, il y en a souvent plusieurs. L’aimant est très utile dans ce cas, pour faire le diagnostic.
5° Un petit caillot sanguin peut en imposer pour un éclat irien alors que cet éclat est plus profondément situé.
6° Les tumeurs bénignes de l'iris.
a) Les kystes perlés, séreux ou épithéliaux sont d'autant plus difficiles à différencier, qu'ils sont consécutifs à un éclat oculaire ; la couleur, l’accroissement progressif de la tumeur sont des indications précieuses pour le diagnostic.
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On à aussi décrit des granulomes de l'iris ou angiomes, Mais ils sont rares.
b) Tumeur osseuse : elle se voit, à la suite de phéno- mènes septiques après lésion traumatique et inflammation de l'œil. Elle résulte de l’envahissement des exsudats de l'iris, par les ostéoblastes, avec formation de tissu osseux. Les ossifications de l'iris, consécutives à celles du cristallin ou de la choroïde, ne sont pas très rares. Ces cas ont été bien étudiés par Bussy (thèse de Lyon, 1913). Les ossifications primitives de l'iris SOnt tout à fait rares, Lagrange en signale deux cas. Un cas de MM. Rollet et Aurand, Dans ce dernier cas, il ÿ avait une petite tumeur irienne à 7 heures, grosse comme une tête d’épingle, blanchâtre. à bord anfractueux.
Cette tumeur est constituée par une masse osseuse, entourée par une sorte de membrane conjJonctive, avec quelques points osseux au centre du tissu fibreux. Le diagnostic avec les Corps étrangers de l'iris est des plus délicat. On se basera sur l’évolution Progressive, sur Ja dureté de l'œil et sa sensibilité en dehors des poussées inflammatoires, ainsi que Sur son atrophie. La radiographie est souvent insuffisante, L'aimant tranchera le diagnostic.
7° Les tumeurs malignes de l'iris :
a) Le sarcome : est presque toujours secondaire il se développe sur la face antérieure de l'iris : il est plus fréquent chez la femme ;: Son évolution est rapide.
b) Le lymphome est une tumeur nodulaire d’un gris transparent, Généralement multiple entouré d’un ré-
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seau nettement visible, accompagné de signes d'iritis chronique avec exsudats pupillairés. Les anamnestiques, la plaie cornéenne, sa tendance à la non-suppuration, sa multiplicité permettent de le différencier des éclats iriens. Dans le sarcome, comme dans le lymphome, la radiographie et l’aimant lèveront le doute.
8° Tubercule de l'iris, gris jaunâtre, situé le plus souvent à la partie inférieure de l'iris, coexiste généralement avec des ganglions et des signes pulmonaires. Il donne des symptômes d’iritis plastique, et des suppurations. La réaction à la tuberculine et l’inoculation de l'humeur aqueuse au cobaye peuvent être utilisées pour le diagnostic.
9° Les tubercules et gommes syphilitiques sont des lésions circonscrites, siégeant de préférence sur le bord pupillaire (condylome), parfois à la base de l'iris (gomme), rarement dans la portion moyenne. Ces lésions. débutent par une saillie brun rouge qui devient jaunâtre ; elles peuvent être accompagnées de signes discrets d’iritis, contribuant à égarer le diagnostic. L'hypopyon et l’hyphéma sont rares. Les synéchies postérieures au contraire sont fréquentes. La disparition d’une gomme peut laisser une cicatrice formant une tache claire par raréfaction de pigment.
Nous rappelons à ce propos l’histoire d’un malade, blessé vingt ans auparavant à l'œil droit par un éclat de capsule. Ce malade vient en 1914 consulter à Lyon le Docteur J... Celui-ci, en présence de douleurs vives, d’une masse jaunâtre irienne, songe à la tuberculose ou à la syphilis et prescrit un traitement intensif à l’iodure de potassium.
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Le 20 décembre 1914, M. le Professeur Rollet voit le malade et pense à un corps étranger. La radiographie est positive. A l'examen, petite masse Jaunâtre pendante à la racine de l'iris vers 11 heures : petit hypopyon,. douleurs ciliaires. Le 25 décembre 1914, M. le Professeur Rollet extrait un grumeau purulent contenant un point noirâtre métallique. On voit combien peuvent être faciles les erreurs de diagnostic, en présence de tels symptômes.
10° Le léprome donne dés signes d'iritis plastique ou séreuse, il aboutit à la cécité. C’est une affection rare en France.
11° Cyslicerque : vésicule diaphane de la grosseur d’un grain de chènevis ou d’un pois, s'accompagne d’exsudats et de synéchies, A la loupe, on peut voir les mouvements d'expansion et de retrait de la tête.
Dans toutes ces affections qui simulent plus ou moins un corps étranger enkysté, il sera facile d’en faire le diagnostic par l’aimant et la radiographie.