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Des écoles et salles d'asile d'Italie en 1834

L’Italie, la belle Italie, n’est plus seulement la terre classique des beaux-arts ; elle aussi s’éveille à la vie morale, et le feu de la charité a fait germer de son sein ces institutions dont l’influence peut seule assurer aux générations naissantes un avenir de paix et de bonheur. Il est réjouissant de l’apprendre, mais il est triste de penser que jusqu à ce jour nous l’ayions ignoré. D’où vient que le bien est si lentement connu? c’est que le monde n’y prend point d’intérêt de cœur, et que la véritable philantropie est encore chose peu commune. Il ne faut pas cinq ou six ans pour qu’une partition brillante soit transplantée d’une contrée dans une autre. Mais les

idées chrétiennes et charitables n’ont point encore acquis assez de popularité pour quelles puissent en naissant se répandre au loin comme les rayons d’un jour pur. C’est une des conditions de l’état actuel de la société encore agitée par tant de violentes passions. Les intérêts politiques absorbent l’attention des esprits, sérieux 3 celle des gens légers se concentre sur les plaisirs3 pourtant, les uns et les autres ont un égal besoin de connaître quelque chose de meilleur, de plus satisfaisant pour lame, de plus salutaire, pour les souffrances qui courbent si souvent notre tête, et de plus puissant pour opposer aux craintes et aux maux qui font gémir l’humanité.

Les écrits dont nous publions l’imparfaite traduction révèlent, avec énergie et avec une touchante éloquence, des secrets de science morale et de pures jouissances, qui peut être sont encore inconnus à un grand nombre d’àmes. Puissent-elles ne les point repousser , mais au contraire les méditer attentivement, et s’il plaît à Dieu , essayer de les mettre en pratique. En leur présentant ces écrits, nous ne pouvons nous empêcher de leur dire que naguère les noms d’Aporti et de Lambruschini nous étaient aussi étrangers, et que maintenant,

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nous pensons à eux comme à des amis, nous jouissons de leurs succès, et nous éprouvons toute la force et toute la puissance de la plus réelle des sympathies, celle qui procède d’une meme espérance, et qui unit dans une même pensée et dans un même désir des êtres destinés peut-être à ne jamais se rencontrer icibas.

L’institution des Ecoles de l’enfance, appelées ici Salles d’asile, est à présent appréciée comme elle mérité de l’être ; cependant nous osons attendre pour elle, d’heureux résultats de la lecture de ces écrits. Leurs auteurs sont des ecclésiastiques catholiques, remplis de foi, de piété et de dévouement à leurs devoirs. Nous aimons à penser que leur voix persuasive saura pénétrer dans des cœurs , que d’autres voix n’avaient pu toucher encore j que leurs paroles si sages, si chrétiennes, dissiperont de tristes préventions , inspireront la confiance et la sécurité. Les membres du clergé de France croiront aux assurances que leur donnent des ministres de l’Evangile, membres du clergé d’Italie. Et combien n’aurons-nous pas à nous réjouir encore davantage de ce qu’il leur a été donné d’accomplir à la gloire de Dieu , et pour le bien de l’humanité, si leur exemple sert d’encourage-

aient aux timides, etapplanit quelques-uns des obstacles qui arrêtent dans notre patrie l’essor de 1 éducation religieuse et morale de l’enfance.

Nous avons lu avec tant de plaisir et d’émotion les écrits qui suivent qu’il nous en coûte de faire une observation qui pourrait revêtir la plus légère apparence de critique ; pourtant , ils contiennent une assertion que nous croyons devoir relever. 11 n’est nullement douteux que le pieux Aporti ait donné a l’œuvre des salles d asiïe ou écoles de Fenfance une grandeur morale , qui, jusqu’à ce jour, n’a pas été suffisamment comprise parmi nous; et rien n’est plus touchant et plus sublime que de voir ce digne prêtre se mettre à la portée des petits, et les élever en même temps jusqu’à lui. Mais nous pensons que lorsque M. Lambruschini a dit qu’il avait fait en cela « une chose nouvelle (1) », il n’avait point connaissance de ce qui s’est fait dans d’autres pays. En Angleterre et en Ecosse, le système d’instruction adopté dans les « Infant schools »est aussi complet que peut le permettre l’àge des en fans. Cette instruction est aussi forte que variée, l’on pourrait même trouver que dans quelques parties, la géométrie,

( 1 ) Voyez page 4,

par exemple , elle est poussée trop loin. A Lan-* sanne, il existe une école pour les petits enfans (i), qui réalise tout ce qu’on peut souhaiter à cet égard. Ce que nous disons ici, ne diminue en rien le mérite d’Àporti, pour avoir découvert quel doit être le véritable but des écoles de 1 enfance. Mais nous sommes d’autant plus frappés de cette simultanéité de pensées et d’efforts ; et nous répétons avec Lambruschini, que' de telles idées « sont des révélations de la sagesse « et de la charité. »

Comment ne le penserait-on pas lorsqu’on se rappelle de quelle manière l’institution des Infant Schools, salles d’asile, écoles de l’enfance, a pris naissance, et a pu s’aggrandir ? Il nous sera doux d’en rapporter un jour les détails, mais comme ils dépasseraient les bornes que nous nous prescrivons , nous n’indiquerons ici que deux circonstances se rapportant à son origine , et sans doute peu connues.

Au sein des vallées les plus élevées des Vosges,

(1) Nous espérons pouvoir bientôt publier des renscigncmens plus précis et plus détaillés sur cette École de Lausanne, que l’on peut appeler école modèle; et faire paraître aussi des extraits des ouvrages de Wilderspin, Wilson, Pôle, Mayo, etc., qui feront connaître quels hommes sc sont dévoues, en Angleterre, à l’éducation de l’enfance.

au milieu d’une population à demi-sauvage cl dépourvue de toute civilisation, fut placé en 1767 Oberlin, pasteur protestant, homme dont toute la vie fut consacrée au soulagement et au progrès de l’humanité. Son dévouement lui suggéra tant de puissantes inspirations, que, dans l’espace de quelques années, l’aspect des lieux confiés à ses soins , fut entièrement changé! L’agricujture dont, en travaillant de ses mains, il enseigna les secrets produisit la fertilité , et avec elle l’aisance. Des écoles furent ouvertes, et les progrès intellectuels des habitant du Ban-de-la-Roche furent aussi rapides qu’étonnans. « Mais ce n’est pas seule- « ment aux hommes faits, et aux jeunes gens « que se bornaient ses soins ; les petits en fans , » eux-mêmes, y avaient part ; il les préparait, « dès le berceau, à devenir des citoyens utiles , « des chrétiens. Comme les parens , occupés à « leurs métiers ou à la culture de leurs champs, « ne pouvaient veiller, sur eux, Oberlin eut « l’idée de les réunir dans des chambres spa- « cieuses qu’il loua , et fit arranger dans ce « but, où les enfans s’amusaient entre eux «sous la surveillance douce et maternelle de « conductrices dont il fit choix, et qu’il prit « soin, ainsi que sa femme, de former en les

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« faisant passer par une sorte d’apprentissage. « Elles devaient diriger leurs jeux d’une ma- « nière utile , enseigner aux plus grands à filer, » à tricoter, à coudre ; leur expliquer des cartes « géographiques ou des estampes coloriées re- « latives à l’histoire sainte et à l’histoire natu- « turelle, dont la vue fixait davantage, dans « l’esprit des enfans, les faits et les observations « qui s’y rapportaient (i). Une femme, dont le nom ne peut être prononcé qu’avec respect, Louise Scheppler, servante d’Oberlin , partagea ces travaux charitables, et contribua puissamment à la création et à la prospérité de ces élablissemens. Mais l’idée qui les avait inspirés resta long-temps renfermée dans les vallées du Champ-de-Feu. Enfin le commencement de l’année 1816 vit se développer cette même idée qui, depuis six ans, préoccupait vivement un habitant du nord de l’Ecosse, Robert Owen, de New-Lanark, chef de nombreux établisse^ mens d’industrie. U11 simple tisserand, James Buchanan, comprit et mit à exécution le plan conçu par son maître. Eclairé par l’amonr des enfans, il sut créer le système d’instruction maintenant en usage dans les Infant Schools.

(1) Notice. sur Oborlirii

vu,

Appelé plus tard à Londres par lordBrougham et ses amis, il organisa et dirige encore avec le plus grand succès iecole de Brewers à Westminster.

Nous ne rapportons que ces deux exemples qui semblent révéler quelle part la main de Dieu n’a cessé d’avoir dans l’œuvre régénératrice qui s’étend chaque jour davantage ; et nous revenons aux écoles et aux salles d’asile d’Italie. L’établissement des écoles du dimanche , destinées à développer l’entendement spirituel (s’il est permis de s’exprimer ainsi), et à familiariser les enfans et les jeunes gens avec les idées et les préceptes de la doctrine et de la morale chrétiennes, est un fait d’une grande importance, et nous osons tout espérer, pour l’avenir de l’Italie, des effets de l’instruction donnée si généralement au peuple, puisque cette instruction s’appuie sur la religion, et que l’Evangile éternel est la pierre fondamentale de l’édifice. L’exemple donné par la 4 Lombardie sera suivi certainement dans les autres parties de l’Italie. Depuis la publication des écrits de Lambruschini 5 Florence aussi a ouvert des écoles de l’enfance. Ce sera avec joie que nous suivrons leurs progrès et que nous les ferons connaître en France. Est-il un lien plus fort

entre les nations que ce sentiment de fraternité, que cette émulation dans les œuvres utiles et saintes? Et qui peut hâter l'accomplissement des promesses de paix et de félicité appuyées par les oracles divins, si ce n’est l’union des efforts dirigés contre l’ignorance et l’impiété, si ce n’est l’avancement du règne de Dieu dans les âmes? La tâche est immense ; mais prenons courage : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » Et n’a-t-il pas promis son secours à tous ceux qui travaillent pour lui en s’appuyant sur lui?

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