LA DIRECTION DES ÉCOLES DE L'ENFANCE
L’institution des écoles de l’enfance renferme, à mon sens, de tels germes de régénération sociale, elle porte de si évidens caractères de ces grands moyens providentiels qui procèdent de Dieu, pour avancer a certaines époques le perfectionnement de l’humanité , que je vous demande, respectables collègues, la permission de vous en parler une seconde fois. (1). Je n’en parlerai pas de nouveau pour vous en indiquer le but et pour vous en faire apprécier l’influence présente et future. Les paroles d’Aporti que j’ai fait entendre ici naguère vous l’ont dit déjà de telle sorte que je ne saurais rien ajouter qui ne fût superflu.
Je voudrais aujourd’hui vous exposer une condition de vie de ces écoles de l’enfance que je n’ai pu vous indiquer alors, je voudrais demander pour elles un de ces
( 1 ) Voyez le rappôrt sur les Écoles de l’enfance de Crémone.
appuis moraux qui, invoqués pour apporter un bien. en produisent mille ; qui jetés comme un pur don retournent à celui qui les accorde, ainsi que la vapeur, émanée d’une terre qui semble desséchée, revient à elle changée en rosée rafraîchissante. Celte condition vitale , cet appui salutaire, c’est la coopération des femmes des classes supérieures a l’œuvre pieuse de l'éducation des petits enfans du peuple.
Je ne chercherai point a me justifier de traiter ce sujet comme s’il était étranger au but de notre société. Notre entreprise est de travailler à la prospérité écono miqueet agricole de la Toscane; or, que produiront nos exhortations, nos efforts de tous genre pour répandre les bonnes idées en fait d’agriculture et d’économie ; nos tentatives pour introduire des méthodes plus raisonnables, pour conduire le peuple a cette richesse vers laquelle tendent les institutions économiques, si nous n’employons pas d’abord tous nos soins a former Un peuple intelligent, exempt d’erreurs et de vices, docile aux enseignemens, plié a la fatigue, sobre dispensateur de ses propres biens, désireux de perfectionner chaque jour l’ouvrage de ses mains, affectionné au foyer domestique, utile et paisible citoyen? Qui rendra le peuple tel si çe n’est l’éducation? et celle surtout qui, le prenant des bras maternels, vierge d’intelligence et de coeur, rend l’enfant docile par des paroles de tendresse, afin de n’ôtre pas forcé de dompter l’homme fait par la verge et le frein? Les écoles de l'enfance seront donc pour nous çe que sont les jeunes plants pour l’agriculteur, qui relire de la pépinière leurs tiges droites et saines pour les transplanter robustes et fertiles dans le, vignoble elle
verger. Loin donc de chercher à m’excuser je viens avec confiance vous entretenir encore de la première éducation des petits enfans du pauvre, et vous dire en quelles mains il est important de la remettre.
Or, ces mains, je l’ai dit, sont celles mêmes qui reçoivent le petit enfanta son entrée dans la vie, qui le soutiennent au sein maternel ou il puise son premier breuvage ; ce sont les mains de celle qui entend la première le langage de ses larmes et de ses vagissemens, qui la première éveille dans son intelligence une idée, dans son cœur un amour, et appelle la première sui ses lèvres l’affection et la pensée. Aux femmes Dieu a c ® n fié l’enfance; qui voudrait, qui pourrait la leur ravir
La femme porte dans son cœur des titres à la tutelle et a l’enseignement de cet âge si tendre. Deux vertus Lélèvent au-dessus de nous, s’il est vrai que nous la sur passions en force et en intrépidité ; et ces vertus sont 1 amour et la patience. Xj enfance est l’age de tous les besoins, de toutes les faiblesses. Mille petits soins pénibles, fatigans, de continuelles sollicitudes, suffisent a peine pour la préserver des périls , pour la garantir et guérir ses maux. L’homme, qui supporte les privations et les fatigues , ne saurait endurer l’ennui de ces soins minutieux; l'inépuisable faculté de s’oublier soi-même, dont est douée la fille de la douleur, peut seule résister à des épreuves si longues et si difficiles. Les nuits sans sommeil, les jours sans nourriture et sans repos, la lassitude, la vie languissante ne sauraient l’abattre ni l’irriter. Elle souffre, mais elle ne se décourage pas ; elle caresse, elle embrasse le petit être qui cause son martyre. Voila les ennuis qui découlent des imperfections physiques ét des besoins
physiques de l’enfance ; mais ceux qui naissent de ses infirmités morales, croyez-vous qu’ils soient moindres et moins graves?
L’innocence et les grâces de l’enfance sont des paroles trompeuses, qui peignent à notre imagination le contact des petits enfans comme aussi plein de douceur que la vie des bergers de Virgile, qui s’écoule entre les troupeaux et les amours. Mais les véritables bergers sont tout autres que Daphné et Mélibée; et les enfans en réalité sont tout autres que les petits anges du Bassan et les petits héros de Berquin. Non que beaucoup d’enfans ne soient doux et charmans, mais beaucoup plus encore sont grossiers, violens et remplis dç malice. Non que la société des enfans ne puisse offrir matière a de précieuses et consolantes observations, et inspirera l’âme un calme et une jouissance céleste ; mais ces découvertes sont le fruit d’une investigation longue et patiente , réduite souvent à chercher les diamans au milieu de la fange ; ces purs délices sont le triomphe de la vertu sur nos plus légitimes inclinations. Les imperfections de la nature humaine, du vieil homme, que la force régénératrice de la vertu doit changer en un homme nouveau , ne tardent pas a montrer dès les premières années leur aspect repoussant, et à exciter les désirs désordonnés ; pour un enfant docile, aimant, prompt a comprendre , appliqué au travail, vous en trouverez dix insubordonnés, audacieux, envieux, distraits, paresseux , turbulens. L’homme se prépare a la lutte contre ces passions naissantes, et se ploie pour un temps aux diverses intelligences, compatit aux défauts, répond avec tranquilité aux provocations, réprime avec bien-
veillance ; mais a la prolongation de cette épreuve de tolérance, à l’emporlement d’une volonté rebelle, a la résistance d’une obstination de fer, le cœur de l’homme à la fin se gonfle, s’agite et brûle ; et si, la main retenue par la générosité envers un faible ennemi, ou par la honte de l’opinion publique, il s'abstient de frapper, le y feu de la colère brille dans ses yeux et ses paroles tonnent menaçantes. L’enfant provocateur en rit peutêtre en secret, et les enfans innocens frémissent de crainte, ferment leurs cœurs et pensent a chercher dans le mensonge un abri contre une autorité fougueuse et re doutable. Mais la femme est patiente et douce, elle écoute avec attention les propos enfantins, répond sans ennui aux questions importunes, exhorte avec amitié , réprimande avec douceur, prévient les besoins , devine les désirs, et a cette indulgence, a cet amour, a cette longanimité, le cœur de l’enfant s’épanouit comme le calice des fleurs a la douce haleine du printemps.
C’est de cette bonté naturelle au cœur de la femme, que j’attends tout ce qu’exige l’éducation éclairée de la première enfance. Je sais bien a quelle faiblesse conduit une bonté aveugle ; je sais combien les enfans rusés et volontaires savent la plier a leur fantaisie , et secouant un joug si léger dominent leurs timides institutrices. Mais justement parce que je le sais, je dis qu’il importe d’initier les femmes aux secrets d’une éducation raisonnée de 1 enfance. Déjà préparées par leur patience h en supporter les sacrifices, déjà inspirées par le premier mobile de toute éducation, l’amour, elles n’ont besoin que d être instruites de la science, soutenues par l’assistance des bonnes méthodes, et formées dans une école vivante
uU l’expérience fortifie les théories, pour devenir des institutrices parfaites, d’un âge qui naturellement est confié h leurs soins, comme l’adolescence est remise aux soins des hommes. Or, cet enseignement de théorie et de pratique où le puiseront-elles plus aisément et plus amplement que dans les écoles de l’enfance? Dans lesquelles les méditations et l’expérience d’hommes distingués, et la sagesse de plusieurs nations, ont réduit en instructions régulières les moyens les plus délicats et les plus efficaces d’agir sur l’esprit des enfans. Le seul manuel d’4 porii, dont je me réjouis de pouvoir vous annoncer la publication , et que je voudrais voir dans les mains de chaque père et de chaque mère de famille, suffirait a lui seul, bien médité et suivi avec exactitude, pour diriger une institutrice et la préserver des dangers d’une condescendance peu judicieuse envers les enfans. La femme restera ce quelle est, et apprendra à devenir ce quelle n’est pas, en fréquentant et prenant en affection les salles d’asile ou écoles de l’enfance. Ainsi 1 éducation publique des pauvres petits enfans, non-seulement prospérera de plus en plus et fleurira comme la plante dans le sol natal, si les femmes des classes supérieures les visitent et les surveillent ; mais encore elle deviendra le modèle de l’éducation domestique des enfans de cette meme classe. Et combien cette éducation domestique de l’enfance n’a-t-elle pas besoin de corrections et de perfectionnement! combien puissans et trop souvent funestes ses effets ne sont-ils pas observés par les personnes qui acceptent la tâche difficile et sacrée d’instruire l’enfance et de la former aux bonnes et douces habitudes ! on exige tout alors de l'instituteur .
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comme s’il pouvait tout contre une volonté enhardie* contre des habitudes vicieuses et répréhensibles déjà fortifiées , contre des esprits énervés par l’oisiveté, sinon peut-être par le vice ; tandis que les parens n’ont rien pu sur des passions encore soumises et sur des cœurs innocens et flexibles.
Je ne parle point ici des mères qui, par sentiment de leur indolence , par amour de leurs jouissances personnelles, ou par l’effet d’un genre de vie mal réglée, qui n’admet aucune suite ni aucune préoccupation sérieuse, laissent leurs enfans livrés à eux-mêmes , ou, ce qui est pire encore , les confient a des personnes mercenaires, qui, lorsqu’elles ne sont pas dangereuses, sont au moins inexpérimentées. Je parle des mères qui veulent remplir les devoirs de la maternité et ne le savent pas. L'une est toute indulgence, parce qu’elle désire inspirer des manières douces ; l’autre est brusque et emportée, parce quelle blâme les mères trop faibles. L’une élève la voix à chaque mouvement et a chaque parole de l’enfant, veut diriger jusqu’à ses pensées , l’obsède de préceptes sentencieux et le décourage par des reproches continuels. Celle-ci réveille sans le savoir une folle vanité, en applaudissant des mots qui lui semblent spirituels et de futiles preuves de mémoire; ou bien elle s’extasie à son insçu, dit-elle, sur les grâces dont son imagination maternelle embellit des traits qui ne sont ni ceux de Narcisse, ni ceux de Psyché. Celle-là, dirigeant mal le dangereux mobile de l’émulation, verse dans des cœurs naturellement aimants les germes de l’envie, du dédain, delà haine, et il en est aussi qui, supposant par forme de badinage de (utures unions conjugales , viennent trou-
hier, par des paroles imprudentes, désaffections que la nature inspirait pures et candides. Je n’accuse point ces mères de mauvaise intention ; je les accuse de maladresse. Et je le dis, parce que l’expérience m’en donne le droit, entre un enfant élevé dès lage le plus tendre par une mère vigilante, prudente, tendre sans faiblesse, sachant instruire sans trop de discours, qui a pu de bonne heure accoutumer son fils à la règle, à l’activité, a la sincérité, a l’obeissance , à la vérité, (et plusieurs, je me plais a le reconnaître, ont de telles mères) ; entre un enfant ainsi disposé et un enfant élevé par une mère négligente , insensée ou pédante , la différence est immense ; et nous verrons s’améliorer l’éducation de l’adolescence a mesure que celle de l’enfance deviendra plus parfaite, lorsque les mères des classes supérieures viendront dans nos écoles faire l’apprentissage de l’éducation qu elles doivent donner a leurs propres enfans.
Si nous sommes assez heureux pour les introduire dans ces sanctuaires de la charité, et les initier, si j’ose parler ainsi, aux doux mystères du sacerdoce maternel, oh ! combien de résultats nombreux et importans nous obtiendrons par leur moyen pour la société toute entière! Permettez-moi de m’exprimer avec une franchise qui n’est point l’âpre rudesse d’un censeur, mais le regret de qui a compris à quels devoirs élevés Dieu a destiné les femmes dans la grande famille humaine 5 et de qui pleure sur la nullité a laquelle, par notre faute plus que par la leur, elles sont réduites parmi nous.
Que nous le voulions ou non, les femmes sont le lien de la société ; d’elles procède la force vivifiante qui la porte aux nobles entreprises, ou l’obstacle qui la retient
clans une blâmable inertie ; les inspirations de toute noble vertu, ou les instigations des actes bas et honteux. Que sont devenues les femmes aujourd’hui ? Je ne saurais le dire, et je demanderais que peuvent-elles être ? Dans une société qui n’a ni grands vices, ni grandes vertus; broyée en poussière par legoïsme, engourdie par les soucis des intérêts matériels ; non plus égarée par d’éblouissantes erreurs, mais non pas rendue sage ; non travaillée par de violentes passions, mais non tranquille; dégoûtée des choses anciennes, effrayée des choses nouvelles; fatiguée de détruire et non capable de réédifier ; avide de se reposer dans une idée commune et dans une commune foi, mais trop rebutée des études profondes pour acquérir en discutant d’intimes et fortes convictions, et trop orgueilleuse pour croire avec une humble simplicité ; non pacifique et non guerrière ; non athée et non religieuse ; dans une société ainsi gisante, ainsi ennuyée, ainsi inquiète, que seront jamais, je le répète, que peuvent être les femmes ? Si elles ne sont pas , ou ne sont pas toutes, le jouet de la frivolité, de 1 oisiveté , l’aliment et les victimes d’une lâche immoralité, occupées a parer une beauté altérée par la paresse et l’indolence , prodiguant sans mesure ces futiles ornemens, fragile symbole de leurs mobiles affections et de leurs frivoles pensées; si les femmes ne sont pas telles parmi nous, bénissons en leur nature même , mais pensons quelles peuvent le devenir et hâtons-nous de les secourir, hâtons-nous de les transporter dans une atmosphère moins impure, procurons-leur des occupations plus dignes de leur rapide intelligence et de leur ame aimante. Le développement de la civilisation euro-
péenite, le pli qu’ont pris nos mœurs ne permettent plus aux femmes de n’être que les dépositaires de l’ordre et du bien-être domestique, elles ont acquis une action sociale, indirecte à la vérité, mais puissante; elles sont devenues une force qu’on ne peut plus ne pas reconnaître et-ne pas apprécier. Si nous l’employons, si nous la dirigeons, elle contribuera, dans un heureux accord, à la prospérité delà société; si nous la négligeons, si nous l’abandonnons à elle-même, elle sera une force perturbatrice, un principe de dissentions, de désordre et de mort. Mais pour mêler utilement l’action des femmes a la vie sociale, il faut d’abord distinguer le caractère et les exigences particulières du siècle où nous vivons, et les devoirs assortis au génie féminin, dans lesquels la femme peut mettre aussi la main à l’œuvre immense de la gloire et de la félicité nationales. Regardons maintenant autour de nous, et considérons de quelle manière les femmes peuvent aujourd’hui préparer les mœurs sociales, adoucir les fa ligues sociales, exciter et devenir le prix des vertus sociales. Sommes-nous un peuple fier et belliqueux ; la mère doit-elle faire briller le glaive aux yeux de l’enfant qu elle alaite, et l’endormir couché sur un bouclier au lieu de berceau? Nos jeunes hommes devront-ils faire preuve de valeur en champ clos, parcourir ensuite le monde pour défendre et venger l’honneur des dames, ou aller en croisade a la conquête de la Terre-Sainte ; et nos jeunes filles doivent-elles encourager les pensées guerrières et les nobles sentimens, armant leurs chevaliers et les animant dans les tournois par leurs sourires et leurs modestes regards? ou bien nos femmes interviendront-elles au milieu des discordes civiles, pour ex-
citer ou pacifier, ainsi que dans les républiques du moyen âge ? seront-elles philosophes, seront-elles bergères d’Arcadie? Non, de nos jours leur mission n’ést point aussi frivole, et je dirai plus, aussi périlleuse ; elle est grande, elle est glorieuse, elle est sainte. Aux' femmes est confié l’avenir de la société ; a elles appartient de dissiper les tempêtes qui mugissent autour de nous; 'a elles d’interposer entre tant delémens qui flottent, se heurtent et se repoussent une influence amie qui les attire, les dispose, les lie, et réveille en eux la vie; aux femmes de régénérer la société, en acceptant la tâche de sëcourir et d’instruire le peuple. Voilà le besoin spécial de notre siècle ; la est le secret du malaise inquiet qui nous travaille ; de là dépend le calme et la prospérité, sinon de la génération qui tombe, mais de celle qui s’élève ; de l’éducation industrielle et morale du peuple ; de l’éducation et non de l’instruction seulement ; éducation du cœur, éducation de la main. La parole, Nous sommes frères , adressée aux pêcheurs galiléens est une de celles qui ne s’évanouissent pas en un vain son ; elle est une de ces paroles créatrices que Dieu prononce pour donner naissance à de nouveaux mondes moraux. Mais elle est en même temps une parole de puissance et une parole d’amour, qui rassemble et ne détruit pas; elle a fait disparaître l’esclavage, mais sans dire aux esclaves : « Révoltezvous contre votre 'maître. » Elle a dit au maître : «Aime et affranchis ton esclave. » Maintenant l’homme du peuple malheureux doit être affranchi d’un autre esclavage bien plus dur, bien plus difficile à secouer ; l’esclavage de l’ignorance, des passions, de la misère. Et la
liberté a laquelle il aspire, la liberté digne des enfans de Dieu , est écrite dans cet évangile, qui dans sa divine autorité contient en un seul code la sagesse de tous les siècles; qui successivement expliqué et appliqué, pourvoit h tous les besoins individuels et sociaux ; loi simple et immuable de l’humanité. Mais comme toutes les œuvres entreprises et conduites dans l’esprit de l’évangile , ce second et plus important affranchissement du peuple veut être achevé avec le calme, le désintéressement , avec l’amour que peut seule inspirer la charité chrétienne. Et quel cœur est plus capable de nobles sacrifices-, quel cœur est plus compatissant, plus tendre, et réunit mieux en un meme amour Dieu et les hommes, que le cœur de la femme? 11 me suffit que les femmes des classes supérieures entrent dans une de ces salles ou sont recueillis les petits enfans des épouses méprisées et délaissées des pauvres, et j’affirme que leur ame palpitera démotions inconnues, et sentira naître des pensées révélatrices de mystérieuse vérité, filles n’hésiteront pas a baiser ces fronts sur lesquels la pfdeur de la pauvreté ne voile pas entièrement les charmes de l’innocence et le rayon d’une vertu cachée ; elles n’hésiteront pas à prononcer sur ces infortunés la formule d’adoption et diront : vous êtes à nous. La sollicitude pour les enfans fera découvrir leurs mères. Là , elles verront sous quel abri se loge , se nourrit, l’artisan de tout ce qui rend notre existence commode ; celui a qui nous répondons s’il nous demande des secours, travaillez ; et s’il nous demande du travail; cherchez-en: la, elles verront si ce peuple qui se divertit sur les places, qui se montre affable et paré dans les
fêtes publiques, ce peuple que nous croyons heureux et dans l’aisance, l’est véritablement. Ah ! pour qui n’a jamais vu que des tables couvertes de mets succulens , et des demeures ornées de riches meubles et de tapis précieux ; pour qui se repose la nuit sur des couches molles et chaudes, quelle secousse, quel trouble pour lame, quelle leçon ineffaçable et salutaire l’aspect d’une chambre mal fermée aux vents, d’un plancher qui s’écroule , d’une table malpropre, d’un grabat hideux et peut-être d’un peu de paille fétide et dévorée par les vers, ne produira-t-il pas! Et celui des jeunes mères, aux joues creusées par l’abstinence et l’affliction, assises près du berceau d’enfans destinés au malheur et dont peut-être les infortunées déplorent en secret la naissance ! O femmes et filles du riche ! je ne vous demande que de voir de près les misères et les besoins du pauvre ; je ne vous demande que de sortir Une seule fois de vos boudoirs , de descendre de vos voitures, et de passer le seuil du malheureux ; je ne chercherai pas ce que vous direz, ce que vous ferez alors, mais je m’en rapporte à votre cœur. Je vous dis seulement que lorsqu avec l’argent que vous prodiguez maintenant en parures qui se fanent plus vite que la fleur, vous ouvrirez un lieu de refuge aux enfans du pauvre , et vous pourvoirez a leurs besoins; lorsque vous leur consacrerez un temps qui maintenant pèse sur vous comme une éternité, vous sentirez pour la première fois l’action et les jouissances de la vie du cœur. Lorsque vous verrez une mère, secourue dans ce qu’elle a de plus cher, verser des larmes de reconnaissance, tourner vers vous ses regards éloquens, et presque revêtue d’une dignité nouvelle, vous présenter avec at-
fection ces mains que d’abord elle étendait suppliantes vers vous ; lorsque vous serrerez de votre main délicate ces mains endurcies, oh 1 je vous le dis, dans ce jour vous serez d’autres femmes ; vous vous élèverez à vos yeux, vous vous sentirez chrétiennes, vous vous sentirez citoyennes. La réconciliation du puissant et du faible, du riche et du pauvre, s’accomplira par vous ; par vous la régénération du peuple avancera, certaine et bénie; et par vous les écoles de l’enfance deviendront une institution sociale.