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ÉCRITS AUTHENTIQUES CATALOGUÉS MAIS DISPARUS

composa un commentaire sur le premier livre des Sentences (71). Ptolémée, pour justifier son affirmation, ajoute qu'il a vu cet ouvrage à Lucques, son couvent d'origine, mais qu'il a été enlevé et n'a plus jamais reparu.

On ne peut mettre en doute le témoignage si autorisé et si précis de Ptolémée de Lucques. La question est de savoir pourquoi les catalogues les mieux informés et les plus sûrs ignorent l'existence de cet ouvrage, pourquoi aussi l'exemplaire de Lucques a disparu. Nous croyons que l'on peut répondre avec beaucoup de vraisemblance à ces questions.

Le commentaire des Sentences de saint Thomas est sa première grande œuvre théologique et elle est une œuvre de jeunesse. Sa composition se rattache aux années scolaires 12 53- 1255, ainsi que je l'établirai plus tard, et saint Thomas était vers sa vingt-septième année quand il commença à écrire ce commentaire qui représente son enseignement comme bachelier à l'Université de Paris. Dans cette œuvre déjà pleinement personnelle, Thomas d'Aquin subit encore l'influence de ses maîtres augustiniens, car Albert le Grand lui-même était loin d'être entièrement émancipé de cette influence. Quand Thomas se fut assimilé Aristote et eut pris clairement conscience de l'ensemble des problèmes philosophiques, il vit clairement toute la distance qui séparait l'état présent de sa pensée de celui qui était contemporain de la composition sur les Sentences. Il y trouva un écart suffisant pour songer à reprendre un nouveau commentaire1. Tous les grands travaux de théologie qu'avait produits le treizième siècle conservaient la forme de commentaires ou de questions sur le Maître des Sentences, le texte classique des

assigne Thomas d'Aquin au studium de Rome. Douais, A cta capitulorum provincialium, p. 522.

1 Une étude comparée de quelques questions du Commentaire sur les Sentences avec les mêmes matières prises dans la Somme théologique suffit à mettre ce fait en évidence. Il échappa si peu aux adversaires de saint Thomas qu'ils composèrent, après sa mort, une liste des questions où il leur paraissait y avoir contradiction entre son Commentaire sur les Sentences et la Somme théologique. On la trouve dans divers manuscrits. Dans le n° 1455 1 , latins, Nationale, Paris, elle porte en titre : Conclusiones in quibus sanctus Thomas videtur contradicere sibi ipsi (fol. 103). J'espère revenir sur cette question en traitant des écrits polémiques relatifs à la doctrine de saint Thomas au treizième siècle.

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écoles de théologie. Thomas, lié par les usages scolaires, reprit la composition d'un nouveau commentaire sur les Sentences et le premier livre fut achevé. Quelques exemplaires entrèrent en circulation. C'est ainsi que Ptolémée put voir à Lucques la nouvelle publication de Thomas d'Aquin. Le maître, au cours de son travail, dut fréquemment sentir les difficultés qu'il y avait à emprisonner sa pensée dans les cadres déjà désuets et insuffisants que Pierre Lombard avait tracés un siècle plus tôt. Il renonça à son projet et entreprit, pour son compte personnel, une exposition méthodique de la théologie où il retrouvait toute la liberté de ses mouvements : la Somme théologique était née. Le nouveau commentaire sur le premier livre des Sentences devenait superflu. Thomas fit retirer les quelques exemplaires déjà mis en circulation dans l'ordre. Et c'est ainsi, selon toutes les vraisemblances, que l'exemplaire vu par Ptolémée à Lucques disparut. La matière de ce premier livre, élaborée par Thomas d'Aquin, dut trouver place, en grande partie sinon en totalité, dans la Somme théologique. On ne s'expliquerait pas autrement le fait de la composition de ce commentaire connu de Ptolémée de Lucques, et sa disparition, non plus que l'ignorance où sont tous les catalogues d'une œuvre aussi importante. La date de 1265 fournie par Ptolémée pour la confection de ce commentaire coïncide d'ailleurs assez exactement avec les débuts de la composition de la Somme théologique. Dans cet état de choses, il n'y a guère de probabilité qu'aucun exemplaire du second commentaire sur le premier livre des Sentences subsiste encore.

Nous ne pouvons clore ce travail sans dire quelques mots des écrits apocryphes attribués à saint Thomas.

On a vu que l'étude comparée des anciens catalogues des œuvres de saint Thomas nous a permis de constituer avec sécurité la classe nombreuse des apocryphes. Le tableau général en indique soixantedouze (80-146). Il y aurait lieu de faire une classification de ces ouvrages au point de vue de leur dépendance plus ou moins directe d'avec les écrits et la doctrine de saint Thomas. On pourrait sommairement établir trois catégories. La première comprendrait les apocryphes qui sont composés avec des fragments littéraux ou des résumés empruntés aux écrits mêmes de saint Thomas : ceux qui sont redevables au Docteur angélique de leur matière et de leur doctrine. Une seconde catégorie serait constituée par les écrits qui sont simplement thomistes de doctrine et appartiennent ainsi à l'école. La troisième catégorie embrasserait les apocryphes qui ne sont pas apparentés par un rapport doctrinal manifeste, et dont l'attribution à Thomas d'Aquin est due à une confusion ou à un accident quelconque.

Ce serait dépasser le but de cette étude que d'entreprendre un examen détaillé de cette collection d'apocryphes. Nous nous étions simplement proposé de tracer une ligne de démarcation aussi ferme que possible entre les véritables écrits de saint Thomas et ceux qui n'ont pas le droit d'y prétendre. Cela est fait, dans la mesure où nous en étions capable.

Cependant, comme une étude de détail sur la dépendance possible entre les apocryphes et les œuvres de saint Thomas est fort

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désirable, je fournirai quelques informations en vue d'indiquer l'état de la question sur ce sujet. Je les ferai suivre de courtes annotations sur un bon nombre d'apocryphes, ce qui aura l'avantage d'indiquer à quelques personnes qui utilisent volontiers quelques-uns d'entre eux de quels endroits des œuvres de saint Thomas ils ont été tirés.

Deux travaux modernes, d'ordre analytique, ont été exécutés en vue de déterminer l'authenticité de plusieurs des opuscules attribués à saint Thomas. Leurs auteurs n'ont pas procédé par l'étude comparée des catalogues, ainsi que nous l'avons pratiqué. Ils se sont spécialement arrêtés à l'étude interne de ces écrits et ont tenté de déterminer leurs rapports avec les écrits indubitablement authentiques de Thomas d'Aquin. Leurs conclusions sont parfois restées flottantes ou n'ont pas abouti à des conclusions fermes. Mais l'intérêt de leurs recherches, pour nous qui sommes maintenant fixés sur la question de l'authenticité, réside dans la constatation de la dépendance de certains apocryphes d'avec les œuvres authentiques, et nous utiliserons les résultats de leurs recherches en passant en revue un bon nombre d'écrits apocryphes.

A. Galea a soumis à l'étude, en 1880, six opuscules attribués à saint Thomas 1. Il a rejeté l'authenticité de cinq d'entre eux, et l'a admise pour le De mixione elementorum (Tableau gén. n° 16). Ce résultat est confirmé par les indications des catalogues. Galea aurait pu hésiter en reconnaissant que le De Mixtione est composé de pièces et de morceaux empruntés à d'autres œuvres de saint Thomas, tout comme certains apocryphes. Mais la critique interne exercée sur ce traité par Galea, avec une grande finesse de jugement, lui a fait reconnaître qu'il était bien l'œuvre de saint Thomas, ce que nous savons déjà par les catalogues. Il est intéressant, toutefois, de voir saint Thomas tailler dans ses écrits pour en tirer les matériaux nécessaires à une consultation, et les souder ensemble avec une dextérité qui témoigne de la main du maître. L'opuscule est tiré, en effet, des commentaires sur le De gêner atione et corruptione (lib. I, lect. XXIV, du milieu à la fin) et le De Physico auditu (lib. VI, lect. VI, vers le milieu) et, en outre, de la Somme théologique (I Pars, quaest. 76, art. 4, ad 2).

1 De fontibus quorumdam opusculorum Sancti Thomae Aquinatis, Melitae,

I. Wild a publié une étude, analogue à celle de Galea 1, où il examine aussi l'authenticité de plusieurs opuscules en déterminant les emprunts matériels faits par ces opuscules aux écrits de saint Thomas, ainsi que les divergences doctrinales qu'ils présentent 2. Nous indiquerons, lorsqu'il y a lieu, les résultats obtenus par Galea et Wild dans les observations sommaires que nous allons présenter sur un certain nombre d'apocryphes.

Dans cette rapide revue, notre dessein est simplement de fournir quelques indications aux personnes qui désireraient connaître quel est l'état de la question dans ce domaine. Pour plus de commodité, nous passerons en revue les apocryphes dont nous voulons parler en suivant leur ordre de numérotation sur le Tableau général que nous avons dressé plus haut.

81-82. Summa totius logicae. — Cette somme de logique éditée dans les œuvres complètes (Vives, XXVIII, p. 95) me semble être identique avec l'ouvrage indiqué de Ptolémée de Lucques sous le nom d'Introductoria ad logicam (64). C'est la seule indication fournie par les catalogues. Wild (pp. 69-71) nous dit que l'auteur a eu sous les yeux, pour son travail, les commentaires de saint Thomas sur le Perihermenias et les Postérieurs analytiques. Wild fournit différentes considérations utiles. J'observerai cependant que le nom Brunellus employé par l'auteur pour désigner un individu quelconque ne trahit pas un Italien comme auteur. Le Clausum Brunelli est à Paris et dans le quartier des écoles (Chart. Univ. Paris., I, pp. 267, 429), et cela indiquerait une composition parisienne. Si la Summa s'identifie avec les Introductoria de Ptolémée, l'écrit ne serait pas postérieur aux premières années du quatorzième siècle. P. Duhem a bien reconnu que l'ouvrage est apocryphe (Le mouvement absolu et le mouvement relatif Montligeon, 1909, p. 265 et suiv.).

86. De demonstratione. — Prantl avait affirmé dans sa Geschichte der Logik (III, p. 119) que cet opuscule procédait du commentaire d'Albert le Grand sur les Postérieurs analytiques. Wild pense que cette dépendance n'est pas démontrée (p. 71).

1 Wild ne connaît pas directement les résultats du travail de Galea. Il les a cependant trouvés indiqués dans les Opuscula selecta, Paris, éd. Lethielleux, qui les ont utilisés sans indiquer leur source.

2 Ueber die Echtheit einiger Opuscula der hl. Thomas, dans Jahrbuch fur Philosophie und spekulative Théologie, t. XXI (1907), PP- 61-71, 290-310.

87. De inventione medii. — Prantl estime encore ici qu'il existe une dépendance étroite entre cet opuscule et les Postérieurs analytiques d'Albert le Grand (/. c, p. 119). Wild ne la reconnaît pas (p. 71).

88. De universalibus. — Une partie de cet écrit, depuis les mots : « Et ideo dicit Avicenna, quod rationalitas non est differentia » (Vives, XXVII, p. 77), est emprunté souvent mot à mot, quoique dans un autre ordre, au chapitre IV du De ente et essentia (Wild, p. 71).

92. De natura generis. — Cet apocryphe est emprunté dans ses éléments aux ouvrages de saint Thomas, spécialement à la Métaphysique. Wild a noté avec soin les détails de ce rapprochement (pp. 291-308). Je citerai à titre d'information le jugement de Cajétan sur cette pièce : « Nec mihi obiiciatur quod sanctus Thomas in tractatu de natura generis dicit Philosophiam naturalem propter accidentalitatem huiusmodi subalternari Metaphysicae : quia tractatum illum forte nunquam vidit sanctus Thomas. Stylus enim eius non est ; et multa ibi sunt quae doctrinae eius non consonant. » (De subjecto naturali philosophiae, ad finem), Opuscula, Lugduni, 1587, p. 211.

94. De differentia verbi divini et humani. — Galea (pp. v-xvm) et Wild (pp. 62-65) ont étudié cet opuscule. Il est tiré avec quelques modifications du chapitre 1 du commentaire sur l'Evangile de saint Jean.

95. De natura materiae. — A titre d'information, voici le jugement de Cajétan: «Ad evidentiam autem secundae dubitationis de formis partialibus, sciendum quod in quodam tractatu attributo sancto Thomae, cuius titulus est de natura materiae, invenitur quod formae partium homogenearum ut sunt caro, ossa, et similia sunt in eodem animali multae secundum essentias et non secundum esse... Répugnant quoque doctrinae sancti Thomae : et idcirco non est acceptandus tractatus ille tanquam sit sancti Thomae. Habemus sanctum Thomam in hac materia in suis operibus certis semper unitatem formae tenuisse. » In libros Aristotelis de anima, lib. II, cap. 1, Bononiae, 1573, pp. 129-130.

97. De natura loci. — Le début de l'opuscule est tiré du commentaire de saint Thomas sur les Physiques, livre IV, leçon VI. La suite est empruntée au commentaire d'Albert le Grand sur le même ouvrage et au même endroit. La fin du traité est tirée de nouveau de saint Thomas, leçon VIIe (Wild, pp. 62-65; Galea, p. lv). P. Duhem a aussi montré que la doctrine de cet opuscule ne s'accorde pas avec celle de saint Thomas. Le mouvement absolu et le mouvement relatif, page 51.

98. De natura luminis. — Cet opuscule est tiré à peu près littéralement du commentaire de saint Thomas sur le De anima, lib. II lect. XIX, du milieu à la fin. (Galea, pp. xxv-xxxv ; Wild, p. 62.)

99. De tempore. — Les trois premiers chapitres de l'opuscule sont tirés du commentaire de saint Thomas sur les Physiques, livre IV, ainsi qu'il suit : cap. 1, lect. xv et xvm ; cap. 11, lect. xvi, xvm et xix ; cap. m, lect. xx (extrait). Le quatrième chapitre est emprunté à Albert le Grand, dans le Tractatus de aeternitate qui accompagne le quatrième livre des Physiques (Wild, pp. 65-69 ; Galea, p. lv).

101. De quo est et quod est. — Ce court opuscule est tiré du commentaire de saint Thomas sur les Sentences, lib. I, dist. vin, quest. v, art. 2 (Galea, pp. l-liii). Zigon, qui ne connaissait pas le travail de Galea, a fourni les mêmes indications dans Zeitschrift fur Philosophie und spekulative Théologie, t. XXIX (1904).

103. De fato. — Cet opuscule se trouve dans le ms. Paris, Sainte- Geneviève, 238 (XIVme siècle), parmi les opuscules de saint Thomas, avec cette indication : « Incipit tractatus de fato secundum Albertum (fol. 196). Albert a traité ce sujet dans le livre II des Physiques, tract. II, cap. 19 et 20.

104. De principio individuationis. De potentiis cognoscitivis. — Signalons sur ce pseudépigraphe l'information fournie par Cajétan : « Est S. Thomae expresse in tractatu qui De principio individuationis vocatur, qui secundum veritatem et antiquum titulum vocatur De potentiis cognoscitivis, ut habetur in Bibliotheca Summis Pontificis in qua sola tractatum illum completum vidi : est enim truncatus ille qui communiter habetur. De ente et essentia, quaest. V, quod quartum. Opuscula, Lugdini, 1587, P. 234-

105. De motu progressivo animalium. — Cet écrit ne se trouve pas dans les éditions de saint Thomas. Il est indiqué par la Tabula. C'est sans doute une confusion avec le traité du même titre d'Albert le Grand.

106-108. De somno et vigilia. De somniis. De divinatione per somnum. — Ces trois trait's sont édités parmi les commentaires de saint Thomas sur Aristote. Le catalogue officiel n'en faisant pas mention, nous avons cru devoir les rejeter parmi les apocryphes. La Tabula mentionne le premier, et elle peut entendre sous ce titre les deux traités suivants, qui sont très courts. Le manuscrit de la Marciana, latini, classe X, cod. 57, contient le De somno et vigilia ac de divinatione per somnium, libri duo. Valentinelli observe qu'ici les deux traités (les trois, sans doute) ne sont pas séparés. Bibliotheca ad sancte Marci Venetiarum, t. IV, p. 42.

109. De morte et vita. — Cet apocryphe, qui est indiqué par la Tabula et qu'on ne rencontre pas dans les éditions des œuvres de saint Thomas, n'est sans doute que l'écrit de ce titre qu'on trouve parmi les œuvres d'Albert le Grand.

110. De sensu respectu singularium et intellectu respectu universalium. — Il est tiré du commentaire de saint Thomas sur le De Anima, lib. II, lect. 12, circa médium. (Galea, pp. xviii-xxiv ; Wild, p. 62.)

112. De potentiis animae ac peccato in ipsis. — Galea a indiqué que cet opuscule est apparenté de très près à certaines questions de la Prima Pars de la Somme théologique (p. lv). Wild en a indiqué le détail. Les emprunts sont faits aux questions 75 à 83 (pp. 290-291).

113. De beatitudine. — Cet apocryphe se trouve dans le ms. 239 (fol. 1 16-156) de la bibliothèque publique de Marseille sous ce titre : « Incipit tractatulus sancti Thomae de Aquino de Dei cognitione, dilectione, fruitione, unione, laudatione, gratiarum actione, congratulatione animae beatae » (fol. 116). Le ms. est du quinzième siècle.

115. De usuris in communis. — Ce traité est l'œuvre de Gilles de Lessines O. P., un contemporain et un disciple de Thomas d'Aquin. Script. Ord. Praed., I, p. 371 ; De Wulf M. Le traité de unitate formae de Gilles de Lessines, Louvain, 1901, p. 87.

117. De scholastica disciplina. De disciplina scholarium. — Charles Jourdain, ayant observé que le pseudo-texte de Boèce qui porte ce titre est cité par Nicolas Trevet au commencement du quatorzième siècle, écrit : « Ne sommes-nous pas autorisés à conclure de là que cet écrit De scolastica disciplina, cité ailleurs par Triveth sous son vrai titre De disciplina scolarium, n'a commencé à se répandre qu'au treizième siècle, et que la composition n'en doit pas être reportée avant le douzième ? Excursions historiques et philosophiques à travers le moyen âge, Paris, 1888, p. 50. Quant au commentaire de ce pseudépigraphe attribué à saint Thomas, il cite plusieurs fois Albert qu'il qualifie deux fois Albertus Magnus (Opéra Vives, t. XXVI, pp. 570, 619). Il renvoie à Thomam, Secunda secundae (p. 632) et à Raymond Lull in suo opère Astrologiae (p. 624).

118. De eruditione principium. — Echard estime que cet ouvrage appartient à Guillaume Perraud, un dominicain lyonnais mort vers 1250. Scriptores ordinis Praedicatorum, I, pp. 134-35. Je crois, pour des raisons qu'il serait hors de propos de faire valoir ici, que l'ouvrage est de Vincent de Beauvais.

119 bis. In cantica canticorum. — Sur les diverses attributions relatives à cet apocryphe voyez De Rubeis, Diss. II, cap. II, n° 11.

124. InIVlibros Sententiarum ad Hannibaldum. — Cet écrit n'a jamais été attribué à saint Thomas au moyen âge. C'est Thomas Nerius O. P. qui le publia, le premier, avec cette fausse identification dans l'édition

qu'il en donna à Paris, en 1560. Cet ouvrage est passé depuis dans les œuvres complètes. La raison qui dut conduire Nerius à cette démarche, c'est que les Sentences d'Hannibald sont un résumé des Sentences de saint Thomas. Ptolémée de Lucques avait depuis longtemps fourni des informations exactes dans son Histoire ecclésiastique sur cet ouvrage et son auteur, et dit en peu de mots ce qui était nécessaire. En parlant de la promotion de cardinaux faite par Urbain IV (décembre 1262), Ptolémée écrit, touchant Hannibald : « Alter fuit nepos D. Ricardi de Hannibaldis, qui vocatus est F. Hannibaldus de ordine Fratrum Praedicatorum, qui fuit magister in theologia, et fuit vir magnae humilitatis et veritatis, et sanctus homo, quem F. Thomas valde dilexit, fecitque scripta super sententias, quae intitulantur Domino Hannibaldo, quae nihil aliud sunt, quam abbreviato dictorum Fratris Thomae. » Muratori, Scriptores rerum italicarum, t. XI, col. 1153 ; Scriptores or à. Praed., I, p. 261.

Frère Hannibald a été maître à Paris et y a enseigné peu de temps, pendant les années scolaires 1261-1262, puisqu'en 1260 les deux chaires dominicaines étaient occupées par Pierre de Tarentaise et Guillaume de Altona. Gerardus de Fracheto, Vitae fratrum ordinis Praedicatorum, éd. Reichert, Lovanii, 1896, p. 335, n° 8. La composition du commentaire d'Hannibald sur les Sentences est de 1260 ou 1261. Ce religieux, qui appartenait à la célèbre famille sénatoriale des Annibaldi de Rome, était destiné à la pourpre, et il ne resta à Paris que le temps nécessaire pour être fait maître en théologie. Il était très lié avec Thomas d'Aquin. Script. Ord. Praed., I, pp. 261, 326.

125. Compendium theologicae veritatis. — Cet écrit, attribué à divers auteurs, est en réalité l'œuvre du dominicain strasbourgeois, Hugues Ripelin, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut (supra, p. 86).

126. Supplementum IIIae Partis Summae theologicae. — Les nouveaux éditeurs de saint Thomas ont étudié en détail la question du supplément ajouté à la Somme théologique. Ils écartent avec raison les noms de Pierre d'Auvergne et de Henri de Gorcum, sans en proposer un autre. Cependant, pour eux, l'auteur est italien. La Tabula scriptorum ordinis praedicatorum, dont nous avons parlé à l'occasion de la liste des écrits de saint Thomas, nous fournit une précieuse indication, la plus ancienne connue, puisqu'elle est antérieure à 1312 : « Frater Reinaldus Romanus complevit ultimam partem summe fratris Thome. » Archiv fur Litt.-und Kirchengesch., II, p. 229. Qu'il s'agisse ici, dans la pensée de l'auteur, de Raynald de Piperno, religieux de la Province romaine et compagnon de Thomas d'Aquin, c'est ce qui ne fait pas de doute. La troisième partie de la Somme fut écrite, tout au moins continuée à Naples, tant que le saint put travailler. On conçoit que Raynald désirât mettre la dernière main à l'œuvre de son

maître. Or, deux manuscrits, l'un de Brescia, l'autre de l'Ambrosienne de Milan, qui contiennent la troisième partie et le supplément, nous offrent une curieuse note. L'auteur y renvoie, à différentes reprises, à l'autographe de la troisième partie de la Somme, pour en signaler de menues particularités. Cela confirme étonnamment l'attribution du Supplément à Raynald de Piperno ; car qui donc, sinon lui, pouvait avoir sous les yeux l'autographe de saint Thomas demeuré à Naples ? Les savants éditeurs des œuvres de saint Thomas se sont montrés sévères pour l'auteur anonyme du Supplément. Mais Raynald n'avait pas le génie de son Maître, et il semble bien que la tradition représentée par les deux manuscrits en question soit la plus ancienne, mais non la tradition définitive. On trouvera les informations sur cette question dans les tomes XI (pp. vin, xiv et suiv.) et XII (pp. xvin et suiv.) de l'édition romaine en cours de publication.

127-130. Pseudo-commentaires sur Denis V ' Aréopagite. — Le couvent de Saint-Dominique, de Naples, posséda, jusqu'au moment de l'occupation française, un manuscrit réputé autographe de saint Thomas. Il était déposé dans la cellule du saint et offert à la vénération, dans une châsse précieuse, le jour de sa fête. Quand l'occupation fit main basse sur les objets de valeur, la châsse fut enlevée et le manuscrit jeté parmi les livres de la bibliothèque qui furent vendus. Un Jésuite, le P. Andres, l'ayant rencontré et ayant reconnu sa valeur, l'acheta pour 50 sous et l'offrit au roi, Joachim Murât, qui le fit déposer à la Bibliothèque nationale où il se trouve encore actuellement. C'est un manuscrit en parchemin écrit, croiton, de la main du Docteur angélique, en cursive peu lisible. Il renferme cinq commentaires sur les écrits de Denis l'Aréopagite, dont celui sur les Noms divins.

Uccelli, dans ses recherches, trouva ce manuscrit et le fit connaître dans deux communications : Di un codice autografo di S. Tommaso d'Aquino conservato nella Biblioteca nazionale di Napoli. dans La Carità, anno II (1867) et tirage à part, Napoli, 1867, 32 pp. ; Notizie storico-critiche circa un commentario inedito di S. Tommaso sopra il libro di S. Dionigi de nomi divini, dans La Scienza e la Fede, série 3, t. V (1869).

Uccelli croit à l'authenticité du commentaire sur les Noms divins contenu dans ce manuscrit, et autre que l'ouvrage de même nom qui figure déjà parmi les écrits authentiques de saint Thomas. En réalité, le commentaire est d'Albert le Grand. Cet ouvrage est inédit, mais il en existe plusieurs manuscrits. Uccelli a tiré du De Divinis nominibus un fragment qu'il a publié sous le titre De Pulchro. Ce fragment se trouve effectivement dans le commentaire inédit d'Albert. Si le manuscrit en question est réellement de saint Thomas, nous aurions une preuve directe de l'étude que le disciple a faite des œuvres de son maître, et il aurait vraisemblablement copié ces écrits pendant qu'il était à son école. Mais

cela demande vérification. En tout cas, ce manuscrit étant au couvent de Naples, où fut dressé le catalogue officiel des écrits de saint Thomas, les rédacteurs l'ont connu, mais ne se sont pas laissé induire en erreur, même par ce fait, s'il est exact, que le manuscrit est de l'écriture de saint Thomas. Plus tard, quand on ne fut plus au clair sur l'héritage littéraire du maître napolitain, on crut qu'il était l'auteur d'écrits dont il n'était que le copiste, vrai ou supposé. C'est de cette source, vraisemblablement, que l'information est passée dans le catalogue de Louis de Valladolid, qui attribue ces commentaires sur l'Aréopagite à saint Thomas, ainsi que nous l'avons constaté en étudiant plus haut ce catalogue.

131. De humanitate Jesu Christi. — « Veterum nemo tribuit Aquinati, Auctor recentior est, qui Tertiam Sancti Thomae Partem Summae de Christo Domino ejusque mysteriis, et ultimas quaestiones in Librum Quartum Sententiarum de Judicio totidem pêne verbis defloravit, quibusdam additis hac et illac Sanctorum Patrum Sententiis. » De Rubeis, De gestis et Scriptis S. Thomae, dissert, XVII, cap. iv, n° 4.

132. De venerabili sacramento altaris. — Il se trouve édité parmi les œuvres complètes d'Albert le Grand, avec un prologue et est divisé non en 32 chapitres, mais en sermons. De Rubeis, Diss. XXI, cap. v, nos I-II.

136. De officio sacerdotis. — Je signale un autre traité qui porte ce même titre et qui est emprunté aux écrits de saint Thomas, ainsi que son auteur le déclare dans le prologue : « Ego frater Albertus de Brixia de ordine Fratrum Praedicatorum... hune librum compilavi ex verbis et quaestionibus et tractatibus F. Thomae de Aquino de ordine supradicto Fratrum Praedicatorum. » Scriptores Ord. Praed., I, p. 526. Cet écrit existe dans les bibliothèques de Gray, n° 5, écrit en 1333 ; de Chartres, n° 230, écrit en 1302 ; de Rouen, n° 601.

Albert Mandagasino de Brescia était un disciple dévoué de saint Thomas : « Specialis imitator doctrinae Fratris Thomae. » C'est lui qui fut honoré de la vision dans laquelle saint Thomas lui apparut portant une pierre précieuse sur la poitrine qui illuminait l'Eglise : « In pectore habebat magnum lapidem preciosum, qui Ecclesiam illuminabat. » Acta Sanctorum, t. I Martii, p. 708 (Procès de canonisation, n° 66). C'est sans doute de cette vision que procède l'usage de représenter saint Thomas avec une pierre précieuse ou un soleil sur la poitrine.

142. De adventu et statu et vita Antichristi. — D'après Galea, cet apocryphe provient en partie du pseudo-commentaire sur l'Apocalypse (123) attribué à saint Thomas (Galea, p. lv). De Ferrari a conduit son édition (Rome, 1840) de cet apocryphe et du suivant (143), d'après un ms. de

la Casanate. Il se trouve aussi dans le ms. Vatican latin 808, sans nom d'auteur, après d'autres écrits de saint Thomas. Uccelli, S. Thomae Aquinatis in Isaiam Prophetam, Romae, 1880, p. 365, n. 1.

144. De concordantiis in se ipsum. — Cet apocryphe est ancien. Ptolémée de Lucques écrit déjà dans son catalogue (58) : « Item, dicitur fecisse concordia dictorum suorum. » La Tabula nous révèle sans doute le véritable auteur quand elle écrit : « Frater Thomas de Sutona scripsit librum de concordia librorum Thomae. Arch. fur Litteratur-und Kirchengeschichte, II, p. 233, n° 58 ; Script Or à. Praed., I, pp. 464, 595.

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