ÉCRITS AUTHENTIQUES CATALOGUÉS MAIS DISPARUS
L'étude du catalogue officiel des écrits de saint Thomas nous a mis en présence de ce fait, assez inattendu, que plusieurs commentaires sur les Evangiles étaient demeurés inédits 1. D'après le catalogue officiel, indépendamment de l'Exposition continue sur les quatre Evangiles, universellement désignée par le nom de Catena aurea, saint Thomas a composé des commentaires littéraux sur les quatre Evangiles (35-38) ; en outre, un commentaire incomplet sur saint Matthieu reporté par Pierre d'Andria (69) et un commentaire sur saint Jean reporté par Raynald de Piperno (62). De ces six commentaires, nous possédons un commentaire complet sur saint Matthieu, lequel est distinct de la reportation incomplète de Pierre d'Andria, et la reportation de Raynald de Piperno sur saint Jean, ainsi qu'en témoigne la note finale que nous avons déjà reproduite 2. Il nous manque donc les commentaires sur Marc, Luc et Jean, de la première série, et la reportation de Pierre d'Andria sur saint Matthieu, soit au total quatre commentaires sur les Evangiles.
Les informations fournies par le catalogue du procès de canonisation sont pleinement confirmées par le catalogue Harléien et celui de Nicolas Trevet. Ces deux catalogues étant des dérivés du pre-
1 Supra, p. 43.
2 Supra, p. 39.
mier ne lui ajoutent pas une grande autorité ; en tout cas, cela suffit pour nous assurer que la teneur primitive du texte officiel sur ce point est hors de doute. Cette donnée, d'ailleurs, est confirmée par le catalogue indépendant de la Tabula. Celui-ci nous apprend que Thomas d'Aquin a écrit deux fois sur les quatre Evangiles, dupliciter : per modum postille et glosse (58-65). Une série est celle de la catena aurea, l'autre celle des commentaires littéraux. La Tabula connaît, en outre, un commentaire incomplet sur saint Matthieu ; elle nous dit même que le commentaire comprend quinze chapitres, selon toute vraisemblance, les quinze premiers : Super quindecim capitula Mathei (67). C'est à peu près la moitié du premier Evangile qui a été commentée. La Tabula, par contre, ne connaît pas la reportation sur saint Jean par frère Raynald de Piperno.
Doit-on ajouter foi à l'indication des catalogues sur les quatre commentaires disparus ? Il n'y a pas pour nous le moindre doute. L'autorité des sources est trop absolue et l'affirmation trop précise pour qu'on puisse récuser ces informations.
Pourra-t-on retrouver ces écrits aujourd'hui inconnus ? Je n'en doute guère davantage. Il est vrai que les manuscrits qui contiennent les commentaires scripturaires de saint Thomas sont incomparablement moins nombreux que ceux de la Catena aurea ou des autres grands ouvrages théologiques, et on en comprend sans peine la raison. Le travail considérable que réclamait la copie d'un manuscrit et le prix élevé qu'il fallait le payer faisaient porter le choix sur les ouvrages de nécessité plus immédiate. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on fera le dépouillement rationnel des manuscrits innombrables qui contiennent des écrits de saint Thomas dans les bibliothèques de l'Europe, il est de toute vraisemblance que l'on retrouvera les écrits perdus. Mais personne ne s'avisait aujourd'hui de découvrir des œuvres inédites de saint Thomas. Il en reste cependant, on vient de le voir.
Il a existé un autre écrit authentique aujourd'hui disparu. Ptolémée de Lucques nous apprend, dans son catalogue, que saint Thomas, au temps de son séjour à Rome (il y arriva en 1265) l,
1 Le chapitre de la province romaine, tenu à Anagni le 8 septembre 1265,