ACTION DE L'ÉTHER NITRIQUE
La volatilité assez faible de l’éther nitrique, son odeur et sa saveur agréables, me faisaient croire à priori qu’il serait facilement supporté. Sept fois j'ai soumis des chiens à son inhalation. Voici les principaux résultats de mes expériences :
PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — Chien adulte, de petite taille, très-alerte et très-vigoureux. — Au bout de 9 minutes, mouvements violents, résistance extrémement vive. Ces mouvements diminuent peu à peu. À la 10° minute, l'animal se soutient avec peine sur ses paties, la sensibilité persiste; 1/4 d'heure : mouvements automatiques de la tête, tantôt d’avant en arrière, tantôt latéralement ; sensibilité entièrement abolie; 20 munuies : les muscles des membres antérieurs sont agités de soubresauts trèsrapprochés, les glandes salivaires sécrètent abondarament: insensibilité absolue : on cesse l’expérience. ;
L'animal reste couché sur le côté droit, ne donnant aucun signe d'intelligence quand on l'appelle. Les yeux sont hagards et brillants, les pupilles fortement dilatées ; des mouvements convulsifs roidissent les muscles des membres et ceux du cou. Ces désordres durent environ 8 minutes: Au bout de ce temps, l’animal tente de faire quelques pas, et retombe abattu ; 12 minutes après l'interruption de l'expérience, trois vomissements abondants ont lieu avec effort ; la sensibilité est obtuse; l’animal est obligé de s'appuyer sur son museau pour faire quelques pas; Sa tête a conservé un mouvement continu de balancement latéral, De 16 à 90 minutes après l'expérience, il éprouve deux nouveaux vomissements, et boit avec avidité une grande quantité d’eau. Au bout de 25 minutes, la sensibilité est revenue, les mouvements sont plus sûrs et l’intelligence nette,
Le lendemain, l'animal avait repris la gaieté et l'appétit qui lui étaient habituels.
DEUXIÈME EXPÉRIENCE, — Jeune chien grand et vigoureux.—Résistance vive, insensibilité complète à la 5° minute ; et cependant persistance des mouvements. À la 8 minute, les membres antérieurs sont roides et étendus, la pupille largement ouverte, l'œil fixe et injecté, la respiration très-fréquente, le pouls dur et serré, L'expérience est suspendue.
Démarche incertaine, mouvements de propulsion du cou en avant, régurgitations alimentaires :
2 minutes après, mouvements de progression plus assurés, sensibilité normale. — Une heure après l'expérience, tout est rentré dans l’état naturel.
TROISIÈME EXPÉRIENCE. — Un jeune chien griffon, de taille moyenne, présente les mêmes phénomènes que les précédents. — Au bout de 6 minutes, insensibilité complète et mouvements légers de la tête; — 8 ninutes, pupilles tellement dilatées qu’on cesse d'apercevoir l'iris; — 1/4 minutes, mouvements convulsifs des muscles du cou, émission involontaire d'urine et de matières fécales ; 50 inspirations, 110 pulsations par minute. Le doigt peut être porté sur la conjoncture, sans réveiller la moiïndre sensibilité, sans provoquer l’occlusion des paupières. L'animal est débarrassé de l’appareil à inhalations.
Sa démarche est vacillante : il lève les pattes comme s’il s’avançait dans l'obscurité, et s’il craignait de se heurter contre un corps qu’il n’apercevrait pas; vomissement alimentaire très-abondant. L'animal avale près d’un litre d’eau. — Au bout de 5 minutes, la sensibilité est normale et les mouvements plus faciles. — 2 heures après, on n'observe plus de traces de léthérisme.
QUATRIÈME EXPÉRIENCE. — Chez un petit chien adulte, les inspirations sont continuées pendant 9 minutes. — Insensibilité au bout de 6 minutes. Convulsions des muscles du cou présentant un véritable caractère tétanique. Après l'expérience, la-
nimal éprouve un mouvement rotatoire à gauche. Il n’y a pas de vomissements.
CINQUIÈME EXPÉRIENCE. — Jeune chien de taille moyenne. — Après 6 minutes, perte absolue de la sensibilité; dilatation pupillaire excessive. L’animal s’affaisse et ses muscles se relâchent. Au bout de 10 minutes on suspend l’expérience.
Prostration extrême , immobilité et insensibilité qui durent environ 1 minute 1/2 ; mouvements de progression faibles et incertains ; le train postérieur paraît beaucoup plus débile que lantérieur.
8 minutes après la cessation de l’expérience, le chien éprouve deux vomissements abondants, suivis d'efforts expulsifs considérables. I] boit avidement une grande quantité d’eau.
SIXIÈME EXPÉRIENCE, — On renouvelle les inhalations sur le chien qui a servi à la première expérience. La sensibilité n’est abolie qu’à la 9° minute. — À la 19e, les tendons des membres antérieurs sont agités de soubresauts très-rapides; de véritables spasmes roidissent les muscles du cou, l’animal fait une résistance extrêmement vive et pousse des gémissements plaintifs; 96 pulsations, 32 inspirations.
16° minute. Ces désordres des mouvements prennent plus d'intensité ; mais bientôt ils s’éteignent, les gémissements s’étouffent, la respiration se raréfie, le pouls se ralentit et s’efface. À la 48° mi-
nute, l'animal est entièrement anéanti; il retombe sans pouls et sans respiration comme une masse inerte. On lui enlève l’embouchure de lappareil.
Cet état de prostration ne dure que 75 secondes. Bientôt la tête se fléchit sur le côté gauche, l’animal agite ses pattes comme pour se relever. Au bout de 4 minutes, il peut se tenir quelques secondes sur ses jambes ; il éprouve ur vomissement peu abondant.
Une demi-heure après, les mouvements sont plus assurés , mais l’animal reste abattu. Le lendemain, il est entièrement rétabli.
SEPTIÈME EXPÉRIENCE. — Une jeune chienne de grande taille présente au début de l'expérience les mêmes phénomènes que j'ai déjà décrits : résistance vive, dilatation pupillaire progressive , injection conjonctivale, etc. De la 5° à la 6° minute, elle éprouve un calme de quelques instants, qui est suivi de mouvements plus violents, de cris aigus, d'accélération du pouls et de la respiration. Au bout de 18 minutes, cette résistance et ces cris continuent malgré l’insensibilité profonde où est plongé l’animal. Pendant lexpérience, quelques mouvements de régurgitation se sont déclarés. Je suspends l’inhalation au bout de 49 minutes.
Insensibilité et immobilité absolues pendant quelques secondes, puis, mouvements de latéralité de la tête. L’animal se relève, tourne sur lui-même,
d’abord de gauche à droite, puis de droite à gauche, et retombe abattu; ses membres postérieurs sont plus faibles que les antérieurs. Il a plusieurs vomissements extrêmement abondants; la respiration est très-fréquente, et va jusqu’à l’essoufflement.
Le soir de l’expérience et le lendemain, cette chienne reste couchée et refuse ses aliments. Son pouls est toujours fréquent, la respiration accélérée, la soif très-vive. Le surlendemain matin, elle meurt.
Autopsie, 8 heures après la mort. — Roideur cadavérique très-prononcée. — Les membres sont dans lextension. Appareil respiratoire. — La muqueuse du larynx, celle de la trachée et des bronches présentent une arborisation assez vive et une coloration rouge assez uniforme qui se prolonge aussi loin que le ciseau peut les suivre.
Les poumons sont, à leur surface, d'un rouge vif, interrompu sur plusieurs points par des taches irrégulièrement dessinées, mais nettement tranchées d’une couleur plus foncée. Ces taches, dont la grandeur peut, en somme, être comparée à celle d’une pièce de 50 centimes, sont nombreuses et paraissent siéger sous la plèvre. Le tissu pulmonaire est moelleux et crépitant sous la pression, présentant à la coupe une teinte uniforme d’un rouge vif, laissant suinter un liquide spumeux et rutilant. Une tranche de parenchyme jetée dans l’eau reste À sa surface,
Cœur. — Les cavités droites du cœur sont min-
:es, flasques et distendues par un sang très-noir et très-liquide. Les cavités gauches sont denses, épaisses, et renferment aussi, mais en moindre proportion, du sang qui présente les mêmes caractères que celui du cœur.
Appareil cérébro-spinal. — À, Cerveau. Les sinus de la dure-mère sont pleins de sang qui présente les mêmes caractères que celui du cœur. La piemère est très-fortement injectée, surtout à la base du cerveau, surtout encore au niveau de la protubérance annulaire et au point de jonction du mésocéphale avec le bulbe. — Les plexus choroïdes sont rougeâtres et volumineux, la pie-mère se dessine en belles arborisations sur les parois des ventricules latéraux. — Le liquide céphalo-rachidien est tirèspeu abondant.
La substance cérébrale est très - consistante. Lorsqu'on la coupe, on voit poindre à la surface de la section un sablé très-abondant, plus confluent sur les couches optiques, les corps striés, la protubérance et le bulbe, que sur les hémisphères céré- braux et le cervelet.
B. Hoelle épuuère. — Ses membranes présentent la même vascularisation que celles du cerveau. Sa consistance paraît moindre qu’à l’état normal. La substance grise est moins ferme que la blanche et présente une teinte rosée très-marquée. Une section transversale, pratiquée à diverses hauteurs,
dénote une injection beaucoup plus vive dans la région lombaire que dans les régions dorsale ou cervicale.
La muqueuse digestive, surtout celle de l’estomac, est finement vasculaire et présente des arborisations étendues. Le foie, la rate, les reins, sont sorgés de sang noir.
Bien que les inhalations d’éther nitrique n’aient jamais été suivies d'aucun accident sérieux chez les chiens qui lont respiré de 10 à 14 minutes, je n’ai point osé les respirer moi-même. J’ai tout lieu de croire que son action sur nos poumons serait très-prompte et réveillerait les mêmes sympathies du côté de l'estomac. Me trouvant obligé poursurveiller les expériences de me placer au-dessus de l'ouverture de l’appareil par laquelle les chiens mis en expérience exhalaient l'air respiré encore chargé de vapeurs d’éther nitrique, j'ai éprouvé à deux reprises différentes un vague sentiment de fatigue dans l’épigastre, des nausées indécises , analogues à celles que provoque une très-faible dose d’émétique. Dans la troisième partie, je poursuivrai la valeur de ce fait au point de vue de la thérapeutique. Administrer un purgatif par le poumon, serait une chose assez étrange ; et dans certains cas elle pourrait bien avoir son utilité.
Des expériences que je viens de citer il me semble résulter :