‹ Des effets physiologiques et thérapeutiques des éthersChapitre 30 sur 48 · DE L'ACTION DE QUELQUES AUTRES SUBSTANCES VOLATILES INHALÉES · texte numérisé non relu

DE L'ACTION DE QUELQUES AUTRES SUBSTANCES VOLATILES INHALÉES

Les expériences que j'ai entreprises sur les différents éthers m'ont porté à rechercher quelle serait l'influence des autres substances volatiles, substances susceptibles, par conséquent, d’être administrées par inhalation. Comme les résultats que j'ai obtenus n’ont eu rien de bien tranché, je vais les rapporter brièvement.

1° Acéione. — Je l’ai fait respirer pendant 2 minutes 1/2, à un petit chien faible, de petite taille. Il à opposé d’abord une résistance assez vive, puis sa respiration s’est accomplie normalement. Après l'expérience, il s’est accroupi et a manifesté une grande tendance au sommeil. La sensibilité a toujours été normale.

Une chienne de très-forte taille a été soumise aux mêmes inhalations pendant 8 minutes. A la 5° minute, elle a paru insensible ; le pouls, qui était très-fréquent au début de lexpérience, s’est

ralenti progressivement. Les inspirations sont larges et profondes. Après l’expérience, l’animal est agité, puis il se couche et les paupières s’abaissent, 11 paraît livré à un sommeil tranquille, mais il se réveille quand on l'appelle, et s’assoupit immédiatement après. — La sensibilité s’est rétablie aussitôt que les inhalations ont été discontinuées. Je ne suis pas certain qu’elle ait existé, à cause de la timidité de l’animal, qui n’osait pas réagir.

Le phénomène qui m’a frappé parmi tous ceux que produit l’acétone, c’est cette propension si remarquable au sommeil que tous les animaux ont manifestée.

2% Créosote. — J'ai fait d’abord respirer la créosote dans la proportion de 25 gouttes, puis de h5 gouttes pour 50 grammes d’éther. Dans les deux cas, je n’ai constaté que les phénomènes habituels de l’éthérisme ; la créosote ne m'a paru nullement les modifier.

Respirée pure, elle n’a produit aucun phénomène remarquable à la température ordinaire, après une inhalation d’une demi-heure.

À -- 95°, et au bout de 20 minutes, les résultats ont été nuls.

Enfin, à 60°, ils n'ont eu rien de bien tranché.

3° Uamphre.— À la température ordinaire, il n’a sur les chiens aucune action, même après avoir été respiré pendant une demi-heure.

À la température de + 80°, échauffé au point qu’il

se condensait en lames cristallines sur la paroi supérieure du réservoir de l'appareil, et inhalé pendant 25 minutes, il n’a produit qu’une accélération très-grande de la respiration et du pouls, qui battait 150 fois par minute. Cet effet doit, ce me semble, être attribué bien plutôt à la température de l'air inhalé qu'aux vapeurs qu'il renfermait. En effet, après l’expérience l’animal était essoufflé , Sa respiration était très-fréquente et sa soif excessive.

L° Essence de lavande. — Un premier chien la respire pendant 18 minutes, il présente quelques frémissements dans les membres postérieurs, une dilatation médiocre de la pupille, une sensibilité parfaite. Après l'expérience, il paraît seulement un peu étonné, il expire fortement deux ou trois fois, frotte son museau contre le sol et reprend toute sa gaieté.

Un autre animal beaucoup plus petit que le précédent, mais très-bien portant, présente absolument les mêmes phénomènes après une inhalation qui a duré 20 minutes.

9 Essence d'amandes amères. — Une jeune chienne, de grande taille, présente des alternatives de fréquence et de calme du pouls et de la respiration. Elle reste constamment dans une immobilité absolue. Après 15 minutes d’inhalation, elle n’éprouve aucun accident particulier (c’est le même animal qui a servi à la deuxième expérience faite

sur l’acétone).

6° Essence de moutarde. — Chien de petite taille, très-alerte. Résistance vive, cris étouffés, respiration retenue, courte, saccadée , fréquente; pouls rapide en raison de la multiplicité des mouvements. Ces désordres continuent pendant les 7 premieres minutes; l'animal à quelques moments de calme, mais les cris plaintifs ne cessent pas. Bientôt il recommence sa résistance, jusqu’à ce qu’on le débarrasse de son appareil, au bout de 14 minutes.

Le soir et le lendemain, ce chien refuse ses aliments et reste couché. Il éprouve une toux sourde, fréquente, humide. Le surlendemain, il succombe. L’autopsie démontre une vive inflammation des bronches et un engouement pulmonaire double très-considérable.

OBSERVATIONS. — On voit qu’à part l’essence de moutarde qui tue, et l’acétone qui provoque la somnolence, toutes les autres essences inhalées sont parfaitement innocentes, du moins elles ne produisent pas d'effets appréciables chez les chiens. Je suis loin de dire qu’elles auraient la même innocuité chez l’homme. On ne peut apprécier chez les animaux que les grands effets qui résultent des profondes perturbations subies par les grands appareils sensitif ou locomoteur, mais on ne peut pas saisir une foule d’influences plus délicates que l'homme peut traduire par ses paroles, et que les animaux ne peuvent manifester.

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