APERÇU HISTORIQUE
J'ai, déjà donné la raison de cette ardeur si vive et de cet enthousiasme si passionné qui accueillirent à leur apparition les inhalations de la vapeur de l’éther.
La médecine opératoire fut la première à profiter des bénéfices de la découverte américaine. Pariout la question s'enrichit de faits nouveaux et d'applications imprévues. Je ne puis m'empêcher de donner une idée du mouvement rapide qu’elle a suivi dans les diverses parties de l’Europe et du nouveau monde, de résumer en quelques mots l’histoire thérapeutique de Péther.
En Amérique, le dentiste Morton, après avoir arraché plusieurs dents sans faire éprouver aucune douleur à ses patients, se décida à divulguer un agent thérapeutique qui ne pouvait rester secret.
Il le comuuniqua aux chirurgiens de l’hôpital de Massachusetts, et le vendredi 16 octobre 1846, le docteur J. CG. Warren éthérisa un malade, auquel il devait enlever une tumeur du cou. Les docteurs Hayward, Thownsend, Bigelow, Pierson de Salem l’imitèrent. J. Masson Warren publia ses observations sur l’éthérisation, le docteur Parkmann réduisit une luxation de l’humérus, après avoir relâché le système musculaire de son opéré par l’éther inhalé, et le 3 novembre, M. Bigelow lut devant la Société de médecine de Boston, le premier Mémoire étendu qui ait été imprimé sur l’éthérisation (1).
J’ai déjà tracé dans mon introduction l’évolution rapide qu'avait subie la question en Angleterre et surtout en France, où elle a reçu dans sa dernière impulsion, ses derniers perfectionnements. Pour en donner une idée, je vais énumérer les opérations qui avaient été déjà pratiquées avec le secours de l’éther, le 26 janvier ; il y avait à peine un mois que la découverte était connue en Europe.
Désarticulalion d’un doigt (Malgaigne). .........,,.. 1 de quatre doigts (Mac’-Murdoch)........ 1 de la main (Guyot et Duval)........... 1 Amputations de l’avant-bras (Liston)........,...... 1
de la cuisse (Liston, Lansdown, Malgaigne, Jobert de Lamballe, Duncan, Laugier). 6
(1) Boston medical and surgical Journal.
Amputations de la jambe (Adams (Londres), Knowles). 2
Taille (Morgan. etGuthrie). #2." 1 Hernie inguinale étranglée (Morgan)... 1
— crurale (Patridge)......... ee (ls Hÿdrdcèle, (Ricord) msi tétons de 1 Phymosis (Thomson et Fergusson)...... 2 Extirpations de condylomes (Idem). .... 2
— de tumeurs au cou (Malgaigne) 2 ee de tumeurs au rectum (Roux). 1
— arlaieulsee (VÉIDEAU Le de. 1 — au pli du coude (Clément et Péreshavhe tu ets née 1 Fxtracuon sunple LISION) 1... 1 Cathétérisme dans un cas de rétrécissement (ldém)at. sa etes, |. 1 Fisiule à l’anus(P::Guersant)..…....... 1
Ouverture d’abeès à l’anus (Fergusson)... 1 — phlegemoneux (Malgai-
BNC) res. 0 I Formation de bouche (Liston).......... 1 Application du cautère actuel (Blandin).. 1 Extirpation de cataracte. Î Blépharoptose. Brett (Londres) 1 Strabisme. 1 Extirpation de l'œil (Lawrence)... ...... 1 opérat.
Total... 36 opérat.
Sans compter de nombreuses extirpations de dents, pratiquées par M. Robinson, de Londres (1). Toutes ces opérations avaient été généralement suivies de succès. Depuis, leur nombre s’est multiplié à l'infini ; il estinutile d’en relever le chiffre, les propriétés merveilleuses de l’éther sont maïntenant reconnues.
En Allemagne, la question ne fut connue qu’un
(1) Gazette médicale, 6 février 1847, p. 103.
peu plus tard; partout les chirurgiens cherchèrent à l’étendre et à l’éclairer.
À Vienne, le professeur de Wattmann réséquait le maxillaire inférieur sur un malade éthérisé, et le docteur Schuh obtenait trois succès complets dans une amputation de cuisse, l’extraction d’une dent et l’ablation d’une tumeur.
À Munich, le professeur Rothmund pratiquait une opération d’autoplastie à la joue, et portait le cautère actuel sur une fistule stercorale de l’abdomen. Il signalait un cas de congestion vers le cerveau, provoquée par l’éther, et pouvait réduire par le simple taxis, une hernie étranglée depuis trois jours, qui avait résisté à tous les autres moyens de traitement.
À Augsbourg, le docteur Reisinger employait avec succès l'éthérisation dans l'application du cautère actuel pour une coxalgie chez une jeune fille, dans l’opération du phimosis et une amputation de la jambe.
À Erlangen, le professeur Hevyfelder adoptaïit avec empressement le nouvel agent anesthésique, et l’employait dans cent vingt cas diflérents. Il notait les singulières aberrations de Pintelligence et les variétés infinies de l’insensibilité et des altérations de la motricité.
À Hombourg-les-Bains, le docteur Trapp enlevait trois tumeurs enkystées sur la tête d’un malade qui était tombé dans l’assoupissement
DE L'ÉTHER SULFURIQUE. 167 après huit ou dix inspirations de vapeur d’éther. A Manheim, le docteur Hammer débarrassait un homme d’une énorme tumeur de la paupière supérieure, et opérait un jeune garçon du strabisme. Chez une primipare de 18 ans, il constatait une inertie momentanée de l'utérus, suivie de contractions plus énergiques et d’une délivrance exempte de tout accident.
À Berlin, les professeurs Dieffenbach et Jüngken faisaient participer leurs opérés au bénéfice de la nouvelle découverte et encourageaient par leur exemple, la hardiesse des médecins allemands (1).
À Gœættingue, le professeur Sieboldt appliquait hardiment les inhalations d’éther dans les cas d’accouchements difficiles et d’accouchements naturels (2).
En Suisse, M. Mayor, de Lausanne ;
En Russie, M. Pirogoff ;
En Jtalie, le successeur de Scarpa, M. Porta, de Pavie, et le professeur Buffini, de Milan, interprétaient l’action thérapeutique de l’éther et tâchaient de la rallier à l’école Rasorienne.
Si j'ai peu insisté sur l'historique des applications de l’éther qui ont été entreprises par les chirurgiens français, c’est que j'aurai le plus souvent à les citer dans le cours de ce travail.
(1) Aronssohn, Gazette méd. de Strasbourg, 1847. (2) Comptes rendus de l’Université de Gœttingue, mai 1847.
J’examinerai d’abord les conditions générales qui contre-indiquent l’usage des vapeurs d’éther.
J’apprécierai ensuite successivement les applications thérapeutiques qu’elles ont fournies à la chirurgie, à la médecine, à l’art obstétrical et à la médecine légale.