‹ Des effets physiologiques et thérapeutiques des éthersChapitre 9 sur 48 · ACTION DE L’ÉTHER ADMINISTRÉ PAR LA MÉTHODE RECTALE · texte numérisé non relu

ACTION DE L’ÉTHER ADMINISTRÉ PAR LA MÉTHODE RECTALE

Il paraîtrait que c’est à M. Roux que l’on doit la première idée des injections d’éther dans le rectum pour anéantir la sensibilité. Le 19 février , le docteur $S. Vicente y Iedo, médecin de l’hôpital général de Madrid (1), constata sur des lapins le fait que M. Roux avait annoncé. L'Académie de médecine reçut le 16 mars la première communication des expériences de M. le docteur Marc Dupuy sur le même sujet (2). À peu près à la même époque, M. Pirogoff, professeur de clinique chirurgicale à Saint-Pétershbourg, employait le même moyen chez les malades qu’il voulait insensibiliser avant de les opérer.

Les conclusions de l’expérimentateur espagnol sont : 4° Que l’éther injecté dans le rectum a pu anéantir la sensibilité, mais qu’il en a fallu des doses énormes.

(1) La Facultad, n° 10, p. 156.

(2) Bulletin de l Acad. de méd., t. XIL, p. 468.

Re à

« #0 1 PARTIE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE | % Que l’insensibilité s’est prolongée une heure

et plus, que la respiration a été affaiblie au point de faire croire que les animaux allaient mourir, et qu’une véritable asphyxie a été produite comme l’a démontré l’état du sang. ; ne

5° Que l’éthérisme par inhalation a eu lieu après quelques inspirations, alors qu’il avait fallu quatre à cinq minutes pour que l’éther injecté dans le rectum en développât les phénomènes au même degré.

L° Que l’inflammation du grosintestin a ététrèsprononcée.

M. Vicente y ledo ne se passionnait pas pour une idée parce que cette idée était la sienne, il priait les chirurgiens d’expérimenter le nouveau mode d'administration de l’éther, et leur recommandait une prudente réserve dans son emploi.

Le prétendant à la priorité des injections rectales, le docteur Marc Dupuy n’a pas usé envers le docteur Vicente de la même modération, etn’a pas craint de trancher vigoureusement ses conclusions. Et d’abord, le plus grand tort du médecin espagnol, c'est d’avoir injecté le premier de l’éther dans le rectum et de ne pas l’avoir mêlé à son poids d’eau, en d’autres termes, de n’avoir pas imité la modification de M. Marc Dupuy, qui n’était pas encore éclose, du reste.

Les autres conclusions sont que l’insensibilité peut se développer, que l'injection d’éther dans le

ty

rectum ne peut pas produire l’asphyxie, et qu’elle

n’enflamme pas la partie inférieure du gros intes-

tin. Des expériences de M. Aubanel, de Marseille, citées par M. Marc Dupuy, il résulte que l’éthérisme par le rectum se développe à peu près dans le même temps que par le poumon, c’est-à-dire, en trois à six minutes, mais il est beaucoup plus long à se dissiper et dure le plus souvent de vingt à vingt-cinq minutes. Une ou deux minutes après que l'intestin renferme le mélange d'éther et d’eau, la respiration prend une forte odeur du liquide injecté et les glandes salivaires sécrètent avec énergie. M. Aubanel n’a vu que de faibles accidents signaler lemploi de la méthode rectale. Il la croit en tout. semblable à la méthode pulmonaire ; l’uneet l’autre ont produit des effets identiques sur deux chiens.

M. Pirogoff, de Saint-Pétersbourg, a aussi modifié l'injection d’éther dans le rectum, pour obvier au ballonnement énorme qui suivait toujours l'introduction de l’éther liquide ; il a porté dans l'intestin la vapeur toute formée. Il n’a eu qu’à se louer du résultat chez ses opérés, sur lesquels il a expérimenté en grand. Il a été moins heureux dans ses vivisections ; sur neuf expériences où les animaux n’ont subi aucune mutilation, trois sont morts. L’éther avait été injecté communément à la dose de 1 à 2 gros (1).

(1) Pirogoff, Recherches prat. et physiol. sur l’éthérisation. Saint- Pétersbourg, 1847, in-8.

J’apprécierai les indications de la méthode rectale, et je discuterai ses avantages et ses inconvénients par rapport à la méthode pulmonaire, quand je parlerai de l’action thérapeutique de l’éther. «3

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