Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, la
Les écrivainB du xtif* siècle avaient une habitude admirable : c'était de n'avoir cd vue, en composant leurs ouvrages, que l'approbation des honnêtes gens. Ecoutez Molière, il défînit pour ainsi dire la comédie l'art de faire rire les honnêtes gens. Boileau, Racine, La Bruyère, Descartes même, et Leibnilz, dans leurs préfaces et dans le corps de leurs livres, s'adressent aux mêmes juges, ambitionnent les mêmes suffrages; et certes, dans leur pensée et dans le langage de leur époque , cette expression , un honnête homme , n'avait pas le caractère de bafialilé qu'elle a pris depuis ; elle avait quelque chose
Tl ÉLÉMENTS DB l'ÉTAT.
(le relevé, (le rare, et qui comprenait à la fois Us qualités de Tâme el celles de l'esprit. Un si beau titre ne se donnait qu'h l'instruction, la dtlicalcsse , le goût et la probité réunies. En se soumettant donc à un tribunal composé de pareils arbitres , les gens de lettres du grand siècle évitaient deux fautes où tombent la plupart des écriialas , celle de dédaigner le public ou celle d'être son esclaie. Par là, on ne les voyait pas , dans des préfaces puant la vanité , s'insulter eux-mêmes et manquer à tout le monde par la morgue d'une sufOsancc ridicule. Tar IJi encore ils n'étaient point tentés de se jeter à plat ventre devant leurs lecteurs , et n'oubliaient pas leur dignité dans l'excès d'une fausse modestie. Qu'auraient dît eneffet les honnétesgensdansl'un ou dans l'autre cas? De quel œil auraient-ils vu ces jilirases de matamore dans lesquelles l'auteur impose i\ tous l'adoration de son génie, el qui ne dénotent pas moins la petitesse du cœur que la maladie de l'intelligence ? Auraientils ri ou se Beraient-ils indignés de cette bassesse enflée de la bonne opinion sans masque ou de la bassesse hypocrite de la bonne opinion déguisée en humilité ? C'était donc une garantie de pudeur littéraire que celle ambition de contenter les bonn(jtcs gens, et si forte que fût la vanité d'auteur (et elle est forte chez tout auteur), du moins on travaillait à la réprimer, et le vicen'osait se produire en se glorifiant lui-même.
FleiQ de l'excellence en toutes choses de ces mat-
i.Goo'^lc
FIIFÀCB. VII
très du gËQÎefrai)çaia,j'uTOuIules imiter en ce point surtout , oii pour les imiter il n'y a qu'à la TOuloir. Si la foule des écrivains de ce temps-ci semble plus se soucier d'aToir beaucoup de lecteurs qu'un choix de lecteurs d'élite , si le nom même d'honn Jte homme ne parait plus un titre considérable k juger les œuvres d'esprit , je ne veux pas croire qu'il n'y ail plus de CCS honnêtes gens dont on parlait tant, en lïttélature, au xviie siècle, ni qu'ils aient abdiqué leur droit d'arbitrage souverain. Quoiqu'ils forment nécessairement une troupe moins compacte que jamais en C(.t âge de division et d'inccrtJudc, j'aime 11 voir cependant çà et Ib dans notre France de ces hommes dignes et graves , simples et éclairés , modestes et de grand jugement, qui ne prostituent point leur vie aux petites intrigues ni aux petites passions ; de ces hommes qui , sans tomber dans une indifférence coupable, tout en conservant pour leurs devoirs la mfmc foi et le même respect, pour leur pavsleméme amour, se défendent de l'esprit de coterie , jugent avec kur bon sens et non selon leur intérêt , et ne mettent pas leurs idées en commandite ; en un mot qui , dans un moment oii tant de publicains vendent et dèahono> renl leur pensée, conservent comme le plus noble à la fois et le plus inaliénable privilège de notre nature, le droit de penser librement.
C'est k ceux-là que je m'adresse , c'est de ceuxlà quej'ambitionne t'estime et que je crains le blAme, Tous mes efforts ont tendu à mériter Tune et 4 iritet