‹ Des éléments de pronostic chez les tuberculeux-pulmonaires traités par le pneumothorax artificielChapitre 49 sur 51 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Alors que les résultats immédiats du pneumothorax artificiel sont souvent favorables, quelquefois même brillants, les statistiques de résultats éloignés accusent un déchet important, d'autant plus considérable qu'elles portent sur une période plus longue.

Dans le présent travail nous publions une staustique hospitalière, portant sur une période de près de dix années, et comprenant 135 cas de pneumothorax entre-

pris pour des formes graves de tuberculose pulmonaire.

IL. — Un grand nombre de facteurs peuvent en pareil cas engager le pronostic et conditionner le succès ou l'échec de la cure : les uns tiennent au malade, c’est-àdire au terrain, les autres à la maladie pulmonaire ellemême.

III. — Parmi les premiers, il faut faire intervenir l'âge, le sexe, la condition sociale, la plus où moins

grande docilité du sujet, la grossesse, la puerpéralité,

Jopse

ete... — D'autre part, un état général trop déficient. l'existence de tares (alcoolisme, syphilis), l'association de diverses affections (diabète, néphrites, lésions valvulaires, etc... sont des conditions aggravantes.

Il en est de même de la coexistence d'une localisation tuberculeuse extrapulmonaire, laquelle, d’ailleurs, contr'indique habituellement l'intervention, à l’excephon toutefois de la laryngite, susceptible de guérison à la suite du traitement.

IV. — Les éléments de pronostic tenant à la maladie elle-même, dans les formes fibro-caséeuses communes, ulcéreuses ou non, de la tuberculose, et considérés à priori, avant la création du pneumothorax, sont nombreux.

En règle générale, le pronostic sera meilleur si l'intervention est plus précoce par rapport au début apparent de la maladie.

Il sera également meilleur si l'unilatéralité est plus rigoureuse au début du traitement. Nous trouvons toutefois, dans notre statistique, un assez grand nombre de résultats favorables chez des unilatéraux douteux, qui présentaient des signes cliniques ou radioscopiques d'interprétation discutable au niveau de leur poumon opposé,

Le plus important élément de pronostic est constitué, à notre avis, par la tendance évolutive de la maladie. De l'étude de nos observations il ressort que les résullaits les meilleurs et les plus durables ont été obtenus dans les formes peu évolutives, à allure torpide, qu'elles

soient ulcéreuses ou non (70 % de résultats favorables, el 30 % d'échecs). Les résultats sont déja moins brillants, dans leur ensemble, dans les formes moyennement évolutives (32,5 % de succès, 67,5 % d'échecs). Dans les formes très évolutives, ou à marche extensive rapide, les succès sont bien plus rares {15,79 % des cas), les insuccès nombreux (84,21 %).

La constatation de signes cavitaires (souffle caverneux, gargouillement) engage également le pronostic ; il est à présumer, en effet, que la caverne, située au milieu d'un parenchyme très condensé, sera difficile à affaisser et continuera à suppurer.

L'examen radioscopique, par les renseignements qu'il nous fournit sur le siège et l'étendue des lésions, intervient également dans le pronostic. Celui-ci sera moins bon dans le cas de lésions trop denses ou trop massives, difficilement affaissables.

V. — Certaines formes cliniques comportent un pronostic spécial. C’est ainsi que dans les formes aiguës, pneumoniques et broncho - pneumoniques, les résultats dans leur ensemble, sont loin d'être brillants ; on peut observer cependant en pareil cas de beaux succès, malheureusement trop rares. |

Dans les formes hémoptoïques, les résultats favorables sont très nombreux (70,59 % des cas chez nos malades) : ce sont là de très bonnes formes au point de vue des résultats éloignés du pneumothorax, et cela lient sans doute à la bénignité relative de beaucoup d'entre elles. Beaucoup de nos malades n’ont plus pré-

senté d'hémoptysies depuis la création de leur pneumothorax, qui remonte, au moins pour quelques-uns,

à # ou b'ans.

VI. — Au cours du traitement, on peut rer des éléments de pronostic a). Tout d'abord, de l'étendue du pneumothorax : le pronostic est en général d'autant meilleur que le collapsus pulmonaire est plus parfait.

Cette règle toutefois n'est pas absolue. Il est des pneumothorax partiels qui sont suivis d'amélioration notable de l’état du malade, alors que certains pneumothorax sublolaux peuvent rester inopérants (cela surtout dans les formes aiguës ou subaiguës).

b) Ensuite, des modifications qui se produisent, sous l'influence de la compression, dans l'intensité des signes généraux, fonctionnels et physiques pulmonaires.

c) Enfin, des incidents ou complications qui peuvent se produire au cours de la cure, £es complications élant constituées surtout par la bilatéralisation et par’

les pleurésies.

VIT. — La bilatéralisation est la cause principale de: l'échec de la méthode. — Précoce ou tardive, elle s’est produite dans 41,17 % des cas chez nos malades.

Les complications pleurales, très fréquentes, se rencontrent dans la proportion de 72,4 % des cas dans notre statistique.

En règle générale, l'apparition de la pleurésie est un incident fâcheux ; il vaut mieux que le pneumothorax reste pur (27, 600%)

La précocité d'apparition de la pleurésie, un début à grand fracas, la transformation purulente rapide de l'épanchement sont des conditions aggravantes.

Il faut savoir que certaines pleurésies à grand épanchement peuvent être parfaitement tolérées, comprimer utilement le poumon d'un manière continue, et comporter, de ce fait, un pronostic favorable.

Chez un assez grand nombre de nos malades, la constitution, consécutivement à la pleurésie, d'une pachypleurite rétractile, immobilisant l'hémithorax malade, fut suivie d'une amélioration tellement prononcée qu'on pourrait presque parler de guérison.

La perforation pulmonaire, avec production de vomiques répétées, complication de la plus haute gravité, s'est malheureusement rencontrée chez nos malades avec une plus grande fréquence qu'on ne l’admet habi- , tuellement.

VIT. — Le clinicien ne doit pas abandonner volontairement un pneumothorax, même au bout d’un grand nombre d'années, mais continuer les insufflations tant que la chose est possible, parce que la guérison anatomique complète des lésions tuberculeuses, si tant est qu'elle existe, : doit être très longue à obtenir.

IX. —— En envisageant d’une façon globale tous nos cas de pneumothorax dont la création remonte à plus d’une année (127 cas sur 135), nous trouvons à ce

jour

19,68 % de résultats très bons, remarquables.

20,47 % de résultats satisfaisants.

59,85 % de résultats mauvais ou d'échecs.

Mais si nous ne retenons que les malades dont le début de traitement remonte à plus de 5 ans, nous trouvons que 71,74 % sont décédés, et qu'il n'y en a plus que 28,26 % encore en vie actuellement, et parmi ceux-ci 4,36 % sont en mauvais état, 10,87 % sont en élat satisfaisant, et 13,04 % seulement sont, ou paraissent guéris.

(En somme, un malade sur 8 environ, paraîil guéri au bout de 5 ans).

Le Doyen, Le Président de la Thèse, J. LÉPINE. : COURMONT.

Vu et permis d'imprimer Lyon, le 18 Novembre 1929.

Le Recteur, GHEUSI.

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