OBSERVATION X
Ablalion d'une exostose de l'humérus ; gangrène consécutive ; formation de plusieurs foyers gangréneux dans le poumon.
Une jeune fille de 18 à 19 ans entra dans le service de Ph.Boyer, alors chirurgien de l'hôpital Saint-Louis, pour se faire opérer d'un tumeur sous-deltoïdienne qu'elle portait au bras droit. Une incisio verticale découvrit une exostose de la partie supérieure de l'humé rus; la scie à chaîne détacha une masse éburnée du volume d'u petit œuf de poule. Au bout de quelques jours, la gangrène enva hissait ces parties ; les téguments de la partie antérieure droite d la poitrine étaient intéressés dans toute leur étendue : la mort sur vint au milieu d'accidents adynamiques.
L'autopsie fut pratiquée par M. Racle. On découvrit plusieur foyers gangréneux, offrant tous la forme d'un cône dont la bas était dirigée vers la surface du poumon, et le sommet vers le centre Ces gangrènes étaient caractérisées par un peu d'affaissement de I substance pulmonaire, et par une teinte grise, sans odeur putride.
Nous ferons observer que dans ce cas, comme dans l'observation 8, il n'existait aucune fétidité spéciale dans les excavations pulmonaires ; c'était pour ainsi dire une gangrène sans odeur. Faudrait-il généraliser ce caractère, et regarder la momification du poumon comme appartenant d'une manière habituelle aux gangrènes métastatiques, ou à celles qui résultent de l'oblitération de l'artère pulmonaire ? On voit cependant que dans les observations 7 ^et 9, l'odeur putride était fortement caractérisée. Il faudrait donc disposer d'un plus grand nombre de faits pour résoudre la question.
\ous insisterons davantage sur une autre partie du sujet. On peut sans doute admettre que l'oblitération complète d'un rameau pulmonaire entraine le sphacèle du lobe correspondant ; mais, dans les cas que nous venons de signaler, l'hypothèse d'un transport en nature des matériaux septiques puisés au sein d'une plaie extérieure €st la seule qui puisse rendre raison des faits observés. Telle est d'ailleurs l'opinion de M. Foville(l), qui attribue la gangrène pulmonaire, si souvent observée chez les aliénés dont les déjections sont involontaires, «au transport du fluide qui baigne les eschares du sacrum. »
Il est d'ailleurs évident que les parcellei fibrineuses détachées d'un foyer gangreneux, qui vont se fixer dans les capillaires d'un organe, sont douées de propriétés septiques qui n'existent point dans les embolies ordinaires : aussi, loin de provoquer une simple inflammation des parties, ou des exlravasations sanguines, elles ont une tendance à déterminer la fonte putride des tissus envahis (2). 31. Cohn, qui attache avec raison une grande importance à la nature des caillots emboliques, fait observer qu'à la suite d'une injec-
(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. 1, p. 556.
(2) Virchow a obtenu des résultais semblables chez des animaux d'ailleurs bien portants, en introduisant des fragments de matières organiques dans les veines. On ne saurait invoquer une dialhèse en pareil cas.
tion de mercure dans les vaisseaux, on obtient plus rapidement la gangrène qu'en y introduisant des caustiques solides, tels que le chlorure de zinc : il y a là une action désorganisante entièrement distincte d'une simple irritation mécanique (1).
On pourrait rapprocher de ces faits les opinions de P. Bérard sur la pénétration du cancer dans les veines (2); les recherches de M. Broca (3) sont venues leur donner plus tard une consécration définitive. Un grand nombre d'observations viennent à l'appui de cette hypothèse. Dans un cas de cancer du foie, M. Broca a vu une tumeur de ce genre pénétrer dans l'intérieur de la veine porte ; dans un autre cas, le ganglion de Cloquet, devenu cancéreux, péné trait aussi à travers la paroi de la veine iliaque externe ; enfin l'on a vu (4) les ganglions du petit bassin, devenus cancéreux, envahir les veines iliaques externes, restées perméables.
M. le professeur Cruveilhier a vu la veine porte complètement obstruée par de la matière encéphaloïde chez une femme, morte d'une affection cancéreuse du foie ; et dès l'année 1827, il avait observé un cas de cancer pédiculé, dans la veine axillaire (5).
Il est aisé de comprendre que dans de pareilles conditions, des parcelles de la tumeur pourront être entraînées dans le courant sanguin ; et l'on conçoit fort bien, en pareil cas, la présence d'éléments cancéreux dans le sang. Il est probable que dans de pareilles conditions, la diathèse carcinomateuse, et les dépôts multiples qui en sont la conséquence, se développent beaucoup plus rapidement ; Virchow croit même pouvoir attribuer, d'une manière exclusive, la généralisation du cancer à ce mécanisme. Nous laissons à l'illustre
(1) Op. cit., p. 678.
(2) Archives générales de médecine, lre §érie, t. XXII , p. 51 2 ; 1830.
(3) Mémoire sur le cancer, p. 604.
(4) Bulletins de la Société analomiquc, t. XXVII, p. 272.
(5) Traité d'analoinie générale pathologique, t. II, p. 338.
aanatomiste la responsabilité de cette opinion, que nous sommes fort
(éloigné de partager.
Nous trouvons dans le mémoire de Paget (1), déjà cité, de3 observations fort curieuses de ce genre ; on nous saura gré d'en reproduire les principaux traits.