OBSERVATION XXI II
Mort presque subite pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde; caillots anciens dans l'artère pulmonaire; thrombose de la veine iliaque gauche.
Garçon de 24 ans. Fièvre typhoïde assez grave. Le malade paraît convalescent depuis quelques jours ; il a bien dormi; ventre mou, indolent; encore un peu de toux et quelques râles sibilants dans la poitrine; le pouls est intermittent sans être faible; l'intermission a lieu après 3 battements; 80 pulsations.
A onze heures du soir, le malade, qui jusque-là avait bien dormi, se réveille, demande le bassin, fait une selle liquide, et rend toule son urine. A peine avait-il fait cela et échangé quelques mots indifférents avec son voisin , qu'il est pris tout à coup de mouvements convulsifs du bras, fait quelques inspirations bruyantes et profondes, et meurt au bout de quelques minutes.
Autopsie. Ulcérations des plaques de Peyer et des follicules isolés presque entièrement cicatrisés ; gonflement des glandes mésenlériques, surtout au voisinage du cœcum. Dans la branche principale de l'artère pulmonaire qui conduit au iobe inférieur du poumon droit, on trouve un caillot de 1 pouce et demi de long, en partie décoloré, ridé à l'extérieur, mou à l'intérieur, composé de couches concentriques, avec une sorte de bouillie rougeâtre entre les couches : ce caillot n'adhère nullement aux parois du vaisseau qui sont tout à fait saines. A deux autres endroits, productions analogues. Les deux poumons sont congestionnés et œdémateux. Dans la veine iliaque droite, au-dessous de l'embouchure de l'iléo-lombaire , on voit adhérent à la parois interne un caillot aplati, déchiqueté, correspondant, par l'aspect et la forme, avec le caillot contenu dans l'artère pulmonaire; au-dessous de lui, la membrane intérieure de la veine est fortement injectée. La veine iliaque gauche est remplie par un bouchon fibrineux de texture spongieuse, caverneuse, lequel
se prolonge jusqu'à l'embouchure de l'hypogastrique sous forme d'un caillot encore récent, décoloré à la surface, mou au centre. On trouve aussi des caillots dans l'hypogastrique et l'iléo-lombaire gauche.
F. Phlébite simple.
La phlébite oblitérante, aiguë et sans complications, est sans contredit l'une des causes les plus fréquentes des coagulations veineuses; on doit donc s'attendre souvent à rencontrer dans cette maladie des caillots métastaliques dans l'artère pulmonaire. C'est à un accident de ce genre qu'il faut sans doute attribuer la mort dans l'intéressante observation de Lediberder; citée par Baron (1).
Une jeune fille de 17 ans mourut subitement après avoir éprouvé des syncopes répétées. A Y autopsie, on trouva des caillots décolorés dans l'artère pulmonaire, sans altération des parois de ce vaisseau; les veines jugulaires internes, crurales, hypogastriques, etc., étaieut le siège de caillots analogues et plus ou moins adhérents. Il est donc extrêmement probable que la migration d'un ou plusieurs fragments fibrineux a fait succomber la malade, bien qu'il soit impossible de l'affirmer positivement, en présence de lacunes regrettables qui privent l'observation d'une grande partie de sa valeur.
Nous trouvons dans les auteurs allemands des faits plus concluants à cet égard; on pourra en juger par l'exposé sommaire que nous allons en donner.
(1) Archives générales de médecine, t. III; 1838.