OBSERVATION XXVI
Phlébite de quelques veiucs variqueuses du mollet; mort rapide. A l'autopsie, oblitération des artères pulmonaires par des caillots lîbrineux.
Mme M , âgée de 80 ans, pensionnaire à l'hospice des Ménages,
avait, depuis une quinzaine de jours, des varices superficielles de la jambe droite, plus volumineuses et plus tendues que de coutume. A la partie supérieure du mollet, les veines variqueuses étaient sensibles, dures, entourées d'un peu de rougeur et d'empâtement; le bas de la jambe était légèrement œdématié. J'avais prescrit le repos et des cataplasmes.
Je la vis le 6 février 1861, au matin. Elle avait essayé de se lever,
(t) Klin^er, op. cit., p. 377.
malgré mes recommandations, ce qui avait un peu augmenté les douleurs; mais, sauf un peu plus de rougeur, je ne constatai rien de nouveau. Celte dame ne se trouvait d'ailleurs pas malade, et se résignait avec beaucoup de peine à garderie lit. Elle se leva encore dans la journée, marcha un peu, et se coucha le soir sans plus de malaise que de coutume. Dans la nuit, elle mourut assez subitement pour que personne dans la salle ne s'en aperçût. On la trouva morte en approchant de son lit pour l'éveiller. Autopsie le 9 février au matin.
Cavité crânienne, dure-mère très-adhérente aux os; glandes de Pacchioni très-développées. A la base du cerveau, à cheval sur la grande fente, et la par tie moyenne des nerfs olfactifs, une petite tumeur du volume d'une grosse aveline, de consistance un peu plus solide que la pulpe cérébrale, et formée de granulations analogues à celles de Pacchioni. Circonvolutions cérébrales et nerfs olfactifs légèrement déprimés à ce nîvea'u , mais nullement altérés; sérosité limpide en quantité très-notable dans les ventricules.
Cavité thoracique; plèvre gauche adhérente, dans toute son étendue, par des brides celluleuses blanches, résistantes et évidemment anciennes. Dans la plèvre gauche, 300 grammes d'un liquide jaune verdâlre. Point d'adhérences. Les deux poumons, souples et crépitants, sont un peu bosselés à la surface , et emphysémateux par places ; ils laissent sourdre à la surface d'une coupe un liquide grumeux, mais très-peu de sang; quelques mucosités dans la trachée et les bronches; point de rougeur.
Cœur de volume sensiblement normal, à parois flasques et chargées de graisse, mais non dégénérées. Dans le péricarde, une petite quantité de sérosité limpide, sans traces de péricardite; orifices normaux , sauf un léger épaississement de la valvule tricuspide, au voisinage de son bord libre.
Les oreillettes et les ventricules contiennent une assez grande quantité de sang en partie liquide, en partie coagulé, sous forme de caillots mous. Dans le ventricule droit, il existe un caillot en partie
fibrineux et décoloré , en partie mou et noir; il se continue dans l'arbre pulmonaire, où il est peu résistant. Dans la branche gauche de l'artère, un caillot un peu plus dense se prolonge dans quelquesunes de ses branches. Dans la branche droite, le coagulum est beaucoup plus volumineux et plus étendu ; il en remplit à peu près complètement l'extrémité, et envoie des prolongements qui, surtout dans le lobe inférieur, s'étendent jusqu'aux ramifications de troisième et quatrième ordre, qu'Us remplissent et distendent fortement. Cescaillots ne sont point adhérents à la paroi vasculaire, qui ne présente aucune altération à ce niveau.
Rien à noter dans la cavité abdominale.»
Celle observation fort intéressante présente malheureusement une grande lacune : les veines du mollet n'ont pas été examinées. ISous croyons toutefois qu'il s'agissait bien d'une obstruction produite par un caillot migratoire: on voit en effet que le coagulum pulmonaire distendait les vaisseaux , sans adhérer à leurs parois, ce qui ne peut guère exister que dans les cas d'embolie ; d'ailleurs les imprudences de la malade avaient évidemment favorisé la séparation d'un fragment de caillot veineux.
Nous devons à M. le Dr Vidal le récit d'un cas analogue, qui s'est heureusement terminé par la guérison. Au triple point de vue de l'étiologie, du pronostic et du traitement, cette observation présente un intérêt qui sera sans doute apprécié par tous nos lecteurs.