‹ Des embolies pulmonairesChapitre 35 sur 49 · OBSERVATION XXVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVII

Inflammation d'une veine variqueuse ; invasion secondaire d'accidents de suffocation, bientôt suivis d'apoplexie pulmonaire. Traitement fluidifiant; jyui'risou complète.

M. X , âgé de 48 ans, homme actif et d'une constitution vigoureuse, avait autrefois été sujet à des épistaxis, qui , depuis quelques années, étaient remplacées par un flux hémorrhoïdal assez ir-

régulier ; il portait depuis longtemps une dilatation variqueuse de la saphène interne à droite.

Au mois de juillet dernier, étant aux eaux de Bade, M. X

éprouva, à la suite d'un bain froid, un malaise général, accompagné d'un mouvement fébrile; pendant la nuit, une douleur vive se manifesta dans le mollet droit , et le médecin appelé constata , sur le trajet de la saphène interne, un noyau d'induration sur le point même de la douleur. Pendant les jours suivants, la douleur s'étendit vers le pli de l'aine, et le médecin reconnut sur le trajet de la saphène un cordon dur, s'étendant jusqu'à son embouchure, au niveau du repli falciforme. OEdème du membre; traînées rougeâtres sur le trajet des lymphatiques; mouvement fébrile irrégulier, sueurs abondantes.

Trois semaines environ après le début des accidents, le malade fut pris subitement d'une anxiété épigaslrique avec dyspnée extrême ; état lipotliymiquc, fréquence, faiblesse et irrégularité du pouls. Cet état dura environ une heure et demie. Le lendemain, le pouls était encore faible et irrégulier; le malade expectorait des crachats sanglants. Celte hémoptysie persista cinq ou six jours ; elle était accompagnée d'un certain sentiment de gêne dans les inspirations profondes.

Au mois d'octobre suivant. M. X revient à Paris; il marche

avec difficulté, le membre inférieur droit étant encore tuméfié ; sur le trajet de la saphène on sent un cordon induré: exposé à l'air, le membre se refroidit facilement, et présente des marbrures violacées. Le malade est obligé de se tenir chaudement enveloppé de flanelle.

Sous l'influence d'un repos presque absolu, et de quelques frictions stimulantes, le membre diminue peu à peu de volume, et la marche devient plus facile. Cependant, d'après les recommandations •de M. Vidal, le malade ne prenait que fort peu d'exercice.

Le 14 novembre, M. X sort à pied, éprouve un refroidissement, et ressent une douleur contusive au sacrum pendant la nuit ;

l'application d'un sinapisme la fît disparaître pendant la journée ; mais, à sept heures du soir, le malade fut pris d'un sentiment d'anxiété, accompagné d'une douleur vive du côté droit de Ja poitrine. Il existait deux points douloureux : le premier , sous le sein droit; le second, dans la région dorsale, que le sujet désignait luimême comme étant le siège du mal. Bientôt la douleur devient intolérable; il se manifeste des accès violents de suffocation. Appelé sur-le-champ, M. Vidal trouve le malade pâle, couvert d'une sueur froide, en proie à une dyspnée extrême; il se produit une douleur intolérable à chaque mouvement respiratoire. Cet état se prolonge pendant quinze minutes environ. Des boissons stimulantes (sirop d'élher) raniment le malade, et deux applications de chloroforme rendent le point de côté supportable. On administre alors 20 centigrammes d'opium à doses fractionnées; on réussit ainsi à procurer un peu de calme au malade.

Le 15. Dyspnée intense; râles crépitants vers le tiers inférieur et postérieur du côté droit de la poitrine ; matité correspondante ; mouvement fébrile. — On applique sur le point affecté des ventouses scarifiées.

Le 16, pendant la nuit, le malade a rendu des crachats de sang presque pur.

Le 17, le mouvement fébrile a disparu; mais l'hémoptysie persiste.

Le 24. L'expectoration ne contient plus que quelques stries de sang ; deux jours plus lard , l'hémoptysie avait complètement cessé.

Les accidents inflammatoires du côté des veines s'étant renouvelés, on prescrivit le repos avec extension du membre sur un plan incliné ; des frictions furent pratiquées avec l'onguent napolitain, et le malade prit une bouteille d'eau de Vichy par jour.

Grâce à cette médication énergique, tous les accidents se dissipèrent; aujourd'hui M. X est en pleine convalescence.

Bien que le diagnostic soit toujours douteux, pour ce qui touche aux embolies pulmonaires, dans le cas où l'autopsie ne vient pas confirmer les prévisions de l'observateur, nous croyons que chez le sujet dont nous venons de raconter l'histoire, il est difficile de ne point admettre la migration d'un caillot primitivement situé dans la veine enflammée. L'invasion brusque des accidents, la dyspnée sans obstacle au passage de l'air dans les bronches, enfin la sensation très-nettement prononcée d'un corps étranger, sensation notée à plusieurs reprises par les auteurs allemands, nous paraissent offrir à cet égard des preuves d'un grand poids : et l'apparition subséquente d'une apoplexie pulmonaire est entièrement en rapport avec ce que l'on pouvait attendre et de la nature des lésions, et du tempérament du malade.

On voit que les individus qui ont une fois subi de pareils accidents sont fort exposés aux récidives, tant que l'oblitération veineuse ne s'est point dissipée : dans le cas présent, la disposition anatomique des parties enflammées était évidemment de nature à faire prévoir des rechutes. La saphène interne étant complètement oblitérée jusqu'à son embouchure, c'est évidemment sur le prolongement de caillot, qui pénétrait dans les veines fémorales, que devait agir le courant sanguin : deux fois de suite le caillot a été décapité pour ainsi dire, et chaque fois des accidents de suffocation en ont été la conséquence.

On voit par là qu'il ne faut jamais désespérer de la guérison, même en présence des symptômes d'une obstruction de l'artère pulmonaire, portés au plus haut degré d'intensité; on voit aussi qu'on ne peut obtenir une guérison durable, qu'à la condition de modifier la crase du sang, et de le rendre moins susceptible de se coaguler. Aussi l'emploi des fluidifiants, qui ont obtenu, chez le malade qui nous occupe, un si grand succès, est-il le seul mode de traitement rationnel que nous possédions jusqu'à présent.

H. Cancer,

Nous avons déjà fait observer que les vaisseaux qui traversent des foyers gangreneux et des tumeurs eneéphaloïdes deviennent quelquefois le point de départ d'une embolie rétrograde; mais les tumeurs cancéreuses agissant par compression sur les veines, sans pénétrer dans leur cavité, peuvent y déterminer la thrombose, et par conséquent l'embolie. M. le Dr Morel (de Strasbourg) a publié un fait qui présente un exemple curieux de ce genre d'oblitérations (1); nous en donnons ici le résumé:

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