‹ Des embolies pulmonairesChapitre 40 sur 49 · L. Causes diverses · texte numérisé non relu

L. Causes diverses

Si des concrétions sanguines ou des débris de tissus dégénérés forment dans l'immense majorité des cas le noyau de la coagulation pulmonaire, chez les sujets qui succombent à l'embolie, il est des cas tout à fait exceptionnels, où des phlébolithes, des entozoaires, ou d'autres corps étrangers, ont été trouvés dans l'arbre vasculaire des poumons; ce dernier genre d'accidents est plus commun chez les animaux que chez l'homme. M. le professeur Andral a vu le ventricule droit et l'artère pulmonaire d'un marsouin remplis d'entozoaires, et chez un homme, mort à la Charité, on trouva des acéphalocystes dans les veines pulmonaires (1).

M. Davaine (2), dans son excellent ouvrage sur les entozoaires de l'homme et des animaux, a rassemblé quelques observations de ce genre : sur 4 cas cités par cet auteur, il en est 2 où la mort fut subite ou presque subite; dans les 2 autres, la vie s'est prolongée quelque temps; elle a même duré trois jours dans l'observation rapportée par Wunderlich. — L'origine de ces entozoaires est très-variable : tantôt ils proviennent du cœur lui-même ou de l'artère pulmonaire; tantôt ce sont des kystes hydatiques du foie ouverts dans la veine cave inférieure.

lYoublions pas, enfin, que l'air introduit dans les veines se comporte comme une véritable embolie ; parvenu clans l'oreillette et le ventricule droit, il les soumet à une distension forcée; dans les rameaux de l'artère pulmonaire, il joue le rôle d'un obstacle au cours

(1) Anatomic pathologique, t. II , p. 4 13.

(2) Traité des entozoaires et des maladies verniineuses de l'homme et des animaux, p. 213.

du sang, grâce à la propriété bien connue des gaz, de ne jamais circuler dans des tuyaux étroits simultanément avec des liquides.

Nous croyons avoir pleinement démontré que l'oblitération de l'artère pulmonaire, avec toutes ses conséquences, peut résulter du transport d'un caillot développé sur un point quelconque du système veineux; cetaccident, nous croyons pouvoir l'affirmer, est nonseulement possible, mais encore plus fréquent qu'on ne l'avait supposé jusqu'ici. Dix ans se sont à peine écoulés depuis que l'attention du public médical s'est dirigée sur ce point, et déjà quelques centaines d'observations sont acquises à la science : l'avenir ne pourra qu'en grossir le nombre.

Mais nous n'avons envisagé jusqu'à présent qu'un seul côté de la question; il est indispensable de l'examiner sous toutes ses faces. Les causes qui ont amené la thrombose dans le système veineux ne peuvent-elles point donner naissance à des coagulations nées sur place, dans l'artère pulmonaire? Cette opinion, soutenue avec talent par le Dr Humphrey (1 ) dans un mémoire récent, repose sur plusieurs observations personnelles à l'auteur ; c'est d'ailleurs un retour aux anciennes idées. M. le Dr Humphrey est d'ailleurs un esprit trop distingué pour nier la possibilité des embolies pulmonaires; mais il attache évidemment peu d'importance à la doctrine de la migration des caillots ; il préfère attribuer la formation des obstructions pulmonaires à des causes générales agissant localement.

L'instantanéité des accidents mortels a fait supposer dans bon nombre de cas que le déplacement d'un obstacle solide, venant boucher le tronc pulmonaire, pouvait seul expliquer une mort aussi imprévue. A cet égard, M. Humphrey rappelle les vues fort ingénieuses de Paget. Les coagulums pulmonaires, dit-il, peuvent exister longtemps sans révéler leur présence par des signes bien manifestes;

(1) On ihe coagulation of ihc b'.ood in the venous spstem ditring lifc\; Cambridge,

l'obstruction n'étant jamais bien complète, le sang continue à se frayer un passage; la circulation générale étant un peu retardée, Ja circulation pulmonaire un peu accélérée, l'équilibre se maintient; mais, lorsque le malade, habituellement immobile dans son lit, vient à faire un effort brusque, la quantité de sang oxygéné qui circule dans les vaisseaux se trouve tout à coup insuffisante pour stimuler le cœur : une syncope mortelle en est la conséquence.

Cette manière de voir n'est pas sans quelque fondement ; on trouve en effet dans plusieurs mémoires des cas où l'artère pulmonaire était oblitérée par des coagulums sanguins, sans qu'il fût .possible d'attribuer l'origine de ces tampons fîbrineux a des caillots migratoires.

Dans un travail fort intéressant sur l'obstruction et l'inflammation des artères pulmonaires, M. le Dr Kidd (1) rapporte un cas de ce genre : il s'agit d'une femme récemment accouchée, qui, à la suite d'une imprudence, mourut presque subitement avec tous les symptômes d'une obstruction pulmonaire. A l'autopsie, on trouva un caillot blanc dans le tronc principal et les branches de bifurcation de ce vaisseau ; un autre caillot blanc remplissait le ventricule droit. M. Kidd attribue ces lésions à une inflammation urémique de l'artère pulmonaire; effectivement, les reins étaient malades. Malheureusement les veines n'ont pas été examinées.

La même objection ne pourrait cependant pas être adressée aux observations fort intéressantes de M. le professeur Simpson, dont nous donnons ici le résumé succinct (2).

(1) Dublin quarlerly journal of médical science, t. Il, p. 375.

(2) Obslclric mémoire and contributions, t. Il , p. 3-1.

Page 1