OBSERVATION XXXII
Mort subite peu de jours après l'accouchement; caillots anciens dans l'artère pulmonaire ; rien dans les autres vaisseaux.
Une dame accouche heureusement de son troisième enfant, le 4 juillet 1853. L'état fut très-satisfaisant pendant les huit premiers
jours qui suivirent. Dans l'après-midi du huitième jour, à deux heures, elle fut visitée par son médecin , qui la trouva très-bien et dans d'excellentes dispositions. Un peu avant cinq heures, elle se plaignit d'une légère douleur siégeant dans tune de ses cuisses. La malade attribua cette douleur à la position qu'elle avait gardée depuis longtemps. Elle se trouva soulagée en s'asseyant et se donnant un peu de mouvement pour uriner, suivant ce que rapporte la garde; au moment où elle reprenait la situation horizontale, elle pâlit tout à coup et s'écria : «Oh ! je meurs!» Un médecin du voisinage fui immédiatement appelé et arriva dix minutes après l'accident ; il nota les phénomènes suivants : Le pouls est insensible; pâleur extrême, respiration difficile; la mort eut lieu trente-cinq minutes après le début de l'attaque.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort. Tous les viscères sont sains, à l'exception du foie qui est un peu volumineux. II y a des calculs dans la vésicule biliaire. Le cœur paraît sain; cependant le tissu musculaire de ses parois est un peu pâle. Les artères pulmonaires son! distendues par des caillots cylindriques , résistants et fermes. Dans aucun autre vaisseau on ne trouve de caillot.
La veine cave inférieure est vide, et ses parois sont revenues sur elles-mêmes. Les artères pulmonaires sont saines; les caillots qu'elles renferment sont formés de couches superposées comme ceux qu'on rencontre dans les cavités anévrysmales ; mais ils n'adhéraient pas aux parois du vaisseau. Les couches extérieures étaient d'une consistance plus ferme que la partie centrale ; celle-ci était d'une couleur plus foncée, elle était plus molle et apparemment de date plus récente. On sut plus tard qu'avant l'accouchement la cuisse et la jambe gauche de la malade avaient été très-enflées; ce gonflement avait diminué graduellement après l'accouchement, et après la mort les deux membres inférieurs ne présentèrent aucune différence de volume.
Les faits rapportés par un observateur tel que M. Simpson ont une valeur que personne ne sera tenté de contester. Nous admettons
donc, avec réminent professeur, que chez les femmes dans l'état puerpéral des coagulations autoclilhones peuvent se former dans l'artère pulmonaire; nous l'admettons d'autant plus volontiers, que les savants distingués dont nous venons de citer les opinions ne contestent nullement la réalité des embolies pulmonaires. Dans une question de ce genre l'éclectisme est une nécessité pour tous les esprits vraiment philosophiques; il s'agit seulement de faire à chaque genre de lésions la part qui lui revient. C'est à l'avenir qu'il appartient de juger la question ; nous ne possédons pas encore les éléments d'une bonne statistique à ce sujet.