‹ Des embolies pulmonairesChapitre 48 sur 49 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

INous nous sommes efforcé de démontrer que le déplacement des

concrétions sanguines du système veineux , et leur transport dans l'artère pulmonaire, était un phénomène bien plus fréquent qu'on n'est généralement disposé à l'admettre : nous avons cherché à signaler les moyens les plus sûrs de reconnaître ces lésions, lorsqu'elles existent. C'est au lecteur qu'il appartient de peser la valeur de nos arguments; qu'il nous soit permis toutefois de faire observer que pour arriver à une démonstration rigoureuse, il importe de bien classer les matériaux que la science possède aujourd'hui. II existe des faits certains, des faits probables, et des cas douteux.

Les faits certains sont ceux où l'origine étrangère de l'embolie est si clairement indiquée, que le doute n'est plus permis à cet égard. Les débris de tumeurs cancéreuses, les acéphalocystes, les caillots ramifiés qu'on rencontre quelquefois dans le cœur droit, sont pour ainsi dire des expériences instituées par la nature elle-même, pour démontrer la migration des caillots. Nous rangeons dans la même catégorie les cas où l'extrémité anfractueuse d'un tampon fibrineux logé dans l'artère a pu s'adapter exactement à l'extrémité d'un thrombus veineux. 11 nous est impossible de ne point apprécier de même les cas où des masses fibrineuses, détachées de leurs adhérences, flottaient librement dans l'intérieur de vaisseaux situés entre la veine oblitérée et le cœur droit. Comment nier, en pareil cas, le déplacement primitif du caillot logé dans l'artère ?

Les faits probables sont ceux qui, sans offrir un tel degré de certitude, réunissent les indices les plus frappants en faveur de l'embolie. Nous avons décrit avec soin le mode de terminaison du thrombus veineux, pour nous réserver le droit de conclure à la séparation d'un fragment toutes les fois que son extrémité présenterait une forme anfractueuse. Nous avons étudié les transformations successives de la fibrine coagulée, pour constater autant que possible l'âge des caillots ; nous avons décrit les dispositions parliculièresaux masses emboliques, pour mieux les distinguer des caillots autochlhones. Lorsque nous trouverons au sein des vaisseaux pulmonaires des caillots

anciens arrêtés sur des éperons vasculaires, entourés de toutes parts de coagulurns noirâtres et mous ; lorsque des thrombus situés dans les veines périphériques présenteront des traces évidentes d'une perte de substance; lorsque 1 âge du caillot pulmonaire et celui du thrombus veineux coïncideront parfaitement , nous ne croirons pas commettre un abus de logique en concluant à l'existence d'une embolie pulmonaire.

Si les faits de la première espèce sont destinés à convaincre les incrédules, ceux de la seconde, infiniment plus nombreux, s'adressent aux observateurs impartiaux qui savent apprécier les difficultés d'une démonstration rigoureuse en pareille matière. Il est bien évident que les caillots ne peuvent pas conserver, dans la majorité des cas, les traces évidentes de leur origine : on comprend à merveille qu'un corps aussi fragile ne résiste pas impunément aux causes mécaniques, qui tendent à lui imprimer une forme nouvelle, ni au travail organique qui tend sans cesse à le modifier. Les formes anatomiques ne pourront donc être conservées que dans des circonstances fort exceptionnelles. Il faut donc admettre un autre genre de démonstration, si l'on ne veut pas méconnaître la nature de la grande majorité des obstructions emboliques.

11 existe enfin des cas douteux, dont il faut réserver l'analyse pour une époque ultérieure. Mais il est évident que pour apprécier, même approximativement, le rapport de fréquence entre les caillots migratoires de l'artère pulmonaire, et les concrétions spontanées de ce vaisseau, il faudra continuer longtemps encore à recueillir des faits, pour les soumettre à une critique aussi impartiale que sévère.

Nous croyons, en attendant, pouvoir formuler les conclusions suivantes :

1. Les obstructions de l'artère pulmonaire, dans les cas où il n'existe aucune lésion locale du vaisseau, sont le plus souvent occasionnées par des caillot primitivement développés dans le système veineux ou le cœur droit.

IL II est quelquefois possible de reconnaître cet accident pendant la vie.

III. Il est presque toujours possible d'en constater l'existence après la mort.

IV. L'obstruction d'une branche, même assez volumineuse, de l'artère pulmonaire, ne doit point exclure tout espoir de guérison.

V. Abstraction faite des embolies spécifiques, c'est-à-dire cancéreuses, septiques ou purulentes, la gravité du pronostic est subordonnée au volume du caillot migratoire.

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