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OBSERVATION XXXV

Arrêt de la circulation veineuse dans le membre inférieur gauche. Traitement

par l'eau de Vichy; guérison rapide.

Un cultivateur, âgé de 30 ans, et qui avait toujours vécu dans de bonnes conditions hygiéniques, était sujet, depuis quelques années, à de violents maux de tête, et à des éruptions aux membres inférieurs, accompagnées de vives démangeaisons, et qui revenaient chaque hiver.

Pendant le mois de mai 1859, il fut atteint d'une maladie grave, sur laquelle on ne peut pas obtenir de renseignements précis. Au mois d'avril, il ressentit, pour la première fois, une douleur vive dans la région anale ; cette douleur était continue, et assez vive pour gêner considérablement la marche. Cet état durait depuis plusieurs jours, lorsque le malade fut pris subitement, et pour la première fois de sa vie, d'une perte de connaissance qui dura environ cinq minutes.

Effrayé de cet accident, il gardait le lit depuis quelques jours, lorsqu'il s'aperçut tout à coup qu'il éprouvait une certaine difficulté à mouvoir le membre inférieur gauche. En l'examinant, on trouva la cuisse et la jambe énormément gonflées et tout à fait violettes. Avant l'arrivée du médecin, douze sangsues furent appliquées sur la cuisse malade. M. le Dr Tixier, de Clermont-Ferrand , qui vit alors le malade pour la première fois, fit appliquer sur le membre tuméfié une soixantaine de sangsues en plusieurs fois ; les mercuriaux et un vésicatoire volant sur le triangle de Scarpa furent également employés, et au bout de six semaines le malade était assez amélioré pour se rendre à Vichy.

Lorsque M. Sénac le vit pour la première fois, la marche était impossible. Le pied, la jambe, et surtout la cuisse gauche dans sa moitié supérieure, étaient fortement tuméfiés ; nulle part les téguments ne gardaient l'impression du doigt; toutes les veines sous-

cutanées clu membre étaient très-développées, et d'autant plus saillantes qu'on se rapprochait davantage du pli de l'aine. En vidant les veines par une pression légère, on ne percevait sur aucun point de la résistance. Vers la partie supérieure du triangle de Scarpa, on constate Facilement une résistance diffuse et de la douleur à la pression, surtout sur le trajet des vaisseaux fémoraux; mais les doigts n'y rencontrent aucun cordon solide; au reste, la tuméfaction qui existait sur ce point rendait l'exploration difficile.

A droite, la cuisse et la jambe n'offrent rien d'anormal; seulement il y a de ce côté de la faiblesse, accompagnée de douleurs vagues et d'un sentiment de pesanteur du membre tout entier.

L'urine examinée ne contenait aucun principe anormal.

On prescrivit un régime léger et tonique à la fois; l'usage de frictions sèches avec un linge rude, de bains à une basse température, pris à l'établissement de l'hôpital, et deux verres d'eau de l'hôpital par jour.

Après six jours de traitement, on eut recours à l'emploi de douches en arrosoir sur le membre malade. Une amélioration notable en fut la conséquence : l'œdème des extrémités inférieures disparut presque entièrement, les veines sous-cutanées reprirent leur volume normal; seulement il se manifesta un empâtement douloureux au creux poplilé.

Le traitement fut arrêté au bout de vingt-sept jours, des signes de saturation s'étant manifestés. A ce moment, le malade marchait assez facilement avec une canne; les forces étaient revenues; l'empâtement du creux poplilé avait disparu; seulement il existait un peu de roideur des deux côtés à la fois.

Le malade est revenu deux fois à Vichy pour renouveler son traitement; il est aujourd'hui parfaitement guéri.

Il s'agit évidemment, clans celte intéressante observation, d'une oblitération veineuse, bien qu'il soit assez difficile d'en préciser anatomiquement le siège. Le traitement a dissipé les symptômes de

congestion veineuse que le malade avait présentés. Est-ce en dissolvant l'obstacle qui fermait le passage au sang, ou en développant la circulation collatérale, comme le veut M. le professeur Schutzenberger? En tout cas, ce succès doit encourager les médecins à insister sur le traitement alcalin dans les cas d'oblitération veineuse ; nous rappellerons, à ce sujet, les résultats obtenus, dans un cas analogue, par M. le Dr Vidal (obs. 27).

Le choix de l'agent employé n'est peut-être pas indifférent. Guidé par des considérations théoriques, M. le DrRichardson donne la préférence au sesquicarbonate d'ammoniaque ; d'autres médecins attribuent une plus grande efficacité au bicarbonate de soucie, à l'eau de Vichy, etc. Ce n'est là sans doute qu'une portion accessoire : mais nous pensons, avec M. le Dr Cohn, qu'il importe toujours de tonifier le malade, et de préparer de la sorte une oblitération celluleuse des vaisseaux obstrués, de toutes les terminaisons la plus favorable. Le fer, le quinquina , les aliments toniques, seront donc utilement employés; par les mêmes motifs, il faut proscrire l'usage des mercuriaux , dont les effets bien connus sont trop à redouter chez les sujets cachectiques.

L'emploi de la digitale, que nous croyons inutile dans la période aiguë des accidents emboliques, peut rendre de grands services, à une époque plus avancée, pour prévenir les récidives.

Enfin il est un conseil pratique, dont l'importance ne peut échapper à personne: c'est de respecter, autant que possible, le repos des sujets atteints de phlegmatia alba dolens, de les maintenir rigoureusement dans la position horizontale, et d'éviter, sur le trajet des veines enflammées, des explorations trop prolongées, souvent utiles au diagnostic, mais toujours dangereuses pour les malades par les raisons que nous venons de déduire.

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