CHAPITRE VI
Traitement.
Le traitement des endocardites présente plusieurs difficultés. Et d'abord, chacune des variétés que nous avons admises mérite-t-elle un traitement particulier ? Nous ne le croyons pas, car nous avons essayé de montrer qu'une fois l'endocardite déclarée, quelle que soit sa cause, c'est toujours à une endocardite que nous avons affaire, et non à une endocai'dite particulière, parce que celle-ci se sera développée sous l'influence de telle ou telle cause. Peut-être faudrait-il faire une exception en faveur de l'endocardite syphilitique. Nous avons dit que certains auteurs l'admettent; pour nous, dans l'état actuel de la science, on n'est g*uère fondé à en admettre l'existence. Toutefois, s'il existait des phénomènes syphilitiques bien avérés, et si l'absence de toute autre cau'se permettait de supposer que l'endocardite s'est développée sous l'influence de la syphilis, on donnerait le traitement usité en pareil cas. Quant aux autres variétés d'endocardite, le traitement sera celui de l'endocardite ordinaire; seulement il pourra se faire que l'existence d'une de ses maladies, l'état du malade, empêchent jusqu'à un certain point le traitement direct.
A propos du traitement à instituer dans l'endocardite aig-uë, franchement inflammatoire, M. le professeur Bouillaud s'exprime ainsi : « Plus encore que la péricardite, l'endocardite intense réclame impérieusement le prompt et puissant secours de la nouvelle formule des émissions sang-uines; l'urg-ence d'un traitement énere-ique est plu s g'randp s plus flag-rante dans le cas d'en-
docardite que dans celai de la péricardite ; car la pi'emière de ces maladies, lorsqu'elle est très-violente, entraîne des altérations immédiates bien plus dang-ereuses, bien plus prochainement mortelles que celles produites par la seconde. Toutefois, le nombre et la dose des émissions sang'uines g'énérales et locales seront déterminés par l'intensité de la maladie, la force, l'âg'e des sujets, la complication. Lorsque les émissions sang-uines ont été poussées assez loin, si la maladie n'est pas complètement enlevée, il faut avoir recours aux larg'es vésicatoires sur la rég-ion précordiale, que l'on panse ensuite avec 0,20, 0,30 ou 0,40 de poudre de dig-itale. En même temps, on prescrit une diète sévère et des boissons rafraîchissantes. »
Tous les auteurs n'ont pas accepté le traitement préconisé par M. Bouillaud. Les uns emploient, il est vrai, les émissions sang-uines plus souvent locales que g'énérales, mais jamais en aussi g-rande quantité et aussi répétées que celles indiquées par le professeur de la Charité. D'autres les proscrivent complètement et se bornent à traiter la maladie qui coïncide avec l'endocardite; ainsi, M. le professeur Trousseau institue le traitement du rhumatisme sans se préoccuper de l'endocardite. Walsh , de même, repousse les saig-nées; il conseille l'application de la g-lace sur la rég-ion précordiale, afin, dit-il, de diminuer l'excitation du cœur. Bamberg>er est allé plus loin encore ; il pense que la plupart des malades morts dans le cours de l'endocardite ont succombé non à la maladie, mais au traitement. J'ai cité ce passag>e poui- montrer jusqu'où peu! aller l'aberration de l'esprit. Contre l'endocardite on emploiera encore la dig-itale sous forme de poudre, à la dose de 5 à 40 centig'rammes, ou bien sous forme d'extrait alcoolique ou éthéré, à la dose de 10 à 20 g-outtes
Chez les enfants, on diminuera la dose de trois quarts. Les purg-atifs, les diurétiques, aideront l'action des révulsifs cutanés.
Dans l'état chronique, il faudra surtout s'adresser à l'hyg'iène; une bonne alimentation, un exercice modéré, quelques préparations toniques, tout en ayant bien soin de surveiller l'action de ces dernières, constitueront tout le traitement. « Mais chez l'enfant, dit West, plus que chez l'adulte, il sera d'autant plus nécessaire de conseiller le repos long-temps continué, d'éviter toute cause qui tendrait à exciter la circulation, que chez lui la rapidité de la circulation et la facilité avec laquelle elle peut être excitée par la moindre cause tend à favoriser la production d'une dilatation du cœur.
Quant au traitement des phénomènes g-énéraux d'infection ou de pyohémie, il est nul; nous sommes désarmés devant ces accidents foudroyants. Pour les autres phénomènes consécutifs à une lésion valvulaire trèsavancée, le traitement variera suivant ces accidents ; nous ne pouvons formuler une thérapeutique précise.
EXPLICATIOiN DE LA PLANCHE.
Fit;. F*. — Anévrysmes des valvules sygmoïdes de l'aorte.
A , anévrysnie recouvert de végétations.
B, B, poche de l'anévrysrae proéminant dans la cavité veiitriculaire.
C, anévrysme ouvert par suite de la section d'une des valvules sygmoïdes.
FiG. IL — Anévrysnie de la valvule mitrale.
A, ouverture de l'anévrysme sur la face supérieure de la valvule.
B, Poche de l'anévrysme proéminant dans la cavité ventricuiaire.