PRONOSTIC
Le pronostic de l'endocardite en général est très sérieux ; soit parce que la mort peut survenir dans le cours d'une endocardite aiguë, soit par suite des lésions chroniques qui en sont la conséquence. En outre il faut tenir compte de ce fait, c'est que les sujets qui ont été atteints une fois de cette affection, possèdent une fâcheuse prédisposition à la contracter de nouveau. Du reste, il est très difficile de donner des bases sur les-
quelles on puisse l'établir d'une manière certaine. Nous ne pouvons nous en tenir qu'à des g-énéralités, tant sur l'endocardite que sur les endocardites. En effet, le pronostic varie selon un g-rand nombre de circonstances relatives à la maladie elle-même ou bien aux conditions individuelles, aux complications, etc.
Une endocardite lég-ère, qui ne s'accuse que par un bruit de souffle lég-er, rémittent, dont l'intensité diminue au bout de quelques jours , se termine ordinairement par la g-uérison, eL permet, par conséquent d'établir un pronostic favorable. Lorsqu'elle s'accompag-ne, au contraire, d'un bruit rude, fort, persistant, annonçant une lésion assez prononcée des valvules, et que le traitement n'a pu être institué d'une manière énergique, dès le débuts le pronostic est défavorable non seulement pour le présent, mais encore pour l'avenir. Nous avons vu toutes les altérations qui surviennent dans l'état chronique, et qui produisent la mort au milieu des plus grandes souffrances.
Dans le pronostic, il faut considérer la nature et le siég-e des complications. Celles qui affectent le poumon et le cœur, comme la pleuro-pneumonie , lapéricardite, la cardite, l'hypertrophie, rendent le pronostic très g'rave, parcequ'elles apportent encore plus de g-êne aux fonctions respiratoires et circulatoires. Chez les sujets affaiblis par des lésions chroniques du poumon ou des intestins, lepronostic est encore défavorable, par suite des difficultés que le médecin éprouve à instituer un traitement convenable. En outre, il ne faut pas oublier, que c'est dans ces circonstances que survien nent les symptômes g-énéraux que l'on rattache à la forme ulcéreuse. Lorsqu'il existe, en effet, des symptômes typhoïdes ou ceux d'une infection purulente, le pronostic est de toute gravité, la terminaison habituelle est la mort.
Nous venons de voir que la Corme de la maladie, sou acuité ou sa chronicité, ses complications devaient être prises en g^rande considération pour établir le pronostic. Disons maintenant quelques mots relatifs aux différentes variétés d'endocardite, et à l'âg-e des sujets. D'après ce que nous avons vu dans l'étude des endocardites, le pronostic ne présente pas g-énéralement une g-rande différence. Quelles qu'en soient les causes, l'endocardite fût-elle même idiopathique le pronostic se tirera de l'état du sujet, des causes de l'endocardite, de l'intensité de l'inflammation, de ses conséquences, de sa persistance; toutes choses réservées, l'endocardite qui surviendra dans l'état puerpéral pourra être reg^ardée comme plus g*rave que l'endocardite, franchement rhumatismale ou franchement inflammatoire; car, si I on peut dans ces dernières instituer un traitement énerg'ique, et prévenir^ peut-être, les accidents consécutifs, il n'en est plus de même dans l'endocardite puerpérale; en outre, nous avons vu que si dans les cas de M. Lotz, la terminaison avait été heureuse, il n'en avait été de même dans ceux de Virchow, l'état puerpéral, d'après cet auteur prédisposant à la forme ulcéreuse.
L'âgée, avons- nous dit, doit être pris en considération. Nous avons vu, en effet, que West et Latham ont rapporté plusieurs cas de terminaison heureuse chez des enfants, même lorsqu'il existait tous les sig-nes de l'état chronique. Nous avons reproduit l'explication que ces auteurs ont donnée; à ce point de vue donc, on pourrait dire que chez l'enfant les lésions valvulaires sont d'un meilleur pronostic que chez l'adulte; toutefois quoiqu'il puisse paraître que le temps produit une amélioration dans l'état des enfants, il ne faudrait pas croire que les cas heureux fussent la règ'le. Même dans les cas les
plus lég-ers, on peut voir survenir la mort, dit West; et dans ce cas, à l'autopsie, il arrive assez souvent que les lésions valvulaires ne correspondent pas à l'intensité des symptômes reconnus pendant la vie. « En présence de cette différence dans cette terminaison, ajoute West, on peut se demander la cause de cette différence , il l'attribue à la présence ou à l'absence de la dilation du cœur; suivant que cette dilatation, ditil, sera plus ou moins prononcée, la g-ravité des symptômes sera plus ou moins grande ; par conséquent, c'est à elle qu'il faut attribuer la mort dans un très-grand nombre de cas. »
Si l'endocardite rhumatismale, chez l'adulte, d'après M. Bouillaud et Latham , se termine heureusement, en ce que la mort est rare dans cette variété d'endocardite; chez l'enfant, suivant M. le D"" Glaisse, elle comporte généralement un pronostic fâcheux. «Elle peut, dit cet auteur, se terminer par la guérison, comme dans les deux cas que j'ai observés et deux autres qui ont été signalés par MM. RiUiet et Barthez ; mais ce n'est pas ce qui arrive le plus ordinairement : l'endocardite est la cause ordinaire- des maladies du cœur chez les enfants. » Ainsi, sur les 14 cas que M. Glaisse signale, six enfants présentaient une lésion organique du cœur résultant d'une attaque antérieure de rhumatisme avec endocardite; chez six autres, l'endocardite est survenue pendant leur séjour à l'hôpital, et ces malades sont sortis présentant un bruit de souffle persistant et les signes d'une affection définitive du cœur. « Ge qui rend, dit M. Glaisse, le pronostic plus sérieux encore, c'est la rapidité de la marche des maladies du cœur et leur gravité dans l'enfance. »