AVANT-PROPOS
Exposé du sujet
Il y a déjà- plus de vingt-cinq' ans, M. le Professeur A. Malherbe, de Nantes, entreprenait des recherches sur les tumeurs dites ossiformes de la peau, et d’après l’examen histologique, de quinze pièces recueillies dans son laboratoire établissait l’existence d’une nouvelle espèce de néoplasme, non décrit dans les livres classiques : « l’épithéliome pavimenteuxà cellules calcifiées ».
Celle tumeur se développerait soit au milieu d’un kyste athéromateux, plus ou moins ancien, soit même aux dépens d’une glande sébacée saine. Caractérisée au point de vue histologique par un tissu épithéliomateux dont les éléments cellulaires subiraient d’une façon constante l’envahissement calcaire, elle présenterait une trame de nature conjonctive, qui échappant à la calcification, deviendrait dans certains cas, osseuse, sans passer par le stade cartilagineux.
L’accroissement des masses épithéliales se ferait et au dedans de la tumeur, et (mais non constamment) en dehors d’elle : intus, 1 ° par prolifération des cellules glandulaires, tendant à devenir métatypiques et à revêtir le caractère de l’épithéliome lobulé ordinaire; 2° par des cellules géantes, ou cellules à noyaux multiples, donnant naissance par segmentation de leur protoplasma, à des cellules épithéliales subissant immédiatement la calcification : extra, par infiltration cellulaire du tissu conjonctif voisin, comme il arrive pour les autres tumeurs épithéliales (épithéliomes lobulés, tubulés, carcinome) ; mais,
fait important à noter, la néoplasie qui nous occupe ne récidiverait jamais, et, peut-être faudrait-il voir, la cause de cette bénignité, dans la calcification de l’épithéliome véritable processus nécrobiotique de l’élément cellulaire cancéreux ».
Tels étaient les principaux caractères de l’épithéliome calcifié établis par Malherbe, dans un mémoire adressé à la Société de Chirurgie en 1882 (1) ; depuis cette époque, vingt nouvelles tumeurs ont été recueillies au laboratoire de l’école dont un cas avec récidives multiples.
Cette particularité, et aussi les travaux des différents auteurs contestant l’existence ou la nature épithéliale de la nouvelle tumeur, incitèrent le Professeur Malherbe à reprendre la question ; il voulut bien, alors que nous eûmes l’honneur d’être son préparateur, nous associer à ses travaux et nous fournir ainsi le sujet de notre thèse
(1) Mémoire couronné par la dite Société (Prix Laborie).
inaugurale : grâce à son inépuisable obligeance et à sa connaissance approfondie des tumeurs, nous avons pu mener à bonne fin ce travail ; nous lui exprimons ici tous nos remerciements et notre profonde et sincère reconnaissance.
Nous prions M. le Professeur Gornil de recevoir l’assurance de notre gratitude pour l’honneur qu’il nous fait, en acceptant la présidence de notre thèse.
Nous diviserons ainsi notre travail :
Dans un premier chapitre, nous exposerons l’historique qui nous fera connaître les diverses théories des auteurs sur l’épithéliome calcifié ; dans un second, nous relaterons les observations avec examen histologique de toutes nos tumeurs bénignes et malignes ; l’anatomie pathologique fera l’objet de la troisième partie ; dans une quatrième, nous dégagerons après les avoir exposées, des différentes pathogénies invoquées par les auteurs, celle qui nous semble la plus conforme aux faits observés; enfin, nous terminerons par l’étude clinique du néoplasme.