CHAPITRE PREMIER
Définition et Historique
Avec Rüindflech nous définirons l’endothéliome «une tumeur formée par la multiplication et l’agelomération des cellules endothéliales ». Or, puisque les cellules endothéliales revêtent toutes les cavités de l'appareil nourricier intermédiaire, les séreuses, les tuniques internes des vaisseaux, la cavité sousarachnoïdienne seront le siège ou le point de départ de ce genre de tumeurs.
I] serait intéressant d'étudier la stracture des endothéliomes sur chacun des organes sur lesquels ils sont susceptibles de se développer, et ces organes sont de plus en plus nombreux, mais ce serait de de beaucoup dépasser notre but. Nous nous proposons simplement de décrire les endothéliomes des méninges.
ges
Mais, avant de donner la description des endothéliomes méningés en général, et de l’endothéliome probablement arachnoïdien que nous avons eu l'occasion d'examiner, nous croyons qu'’ilest nécessaire de faire l’historique de ces tumeurs, confondues d’abord avec les fongus, puis appelées de noms si divers.
Les fongus de la dure-mère étaient, au début du XIXesiècle et même jusqu’en 1835, le terme général sous lequel on englobait toutes les tumeurs de la région crânienne. On ignorait alors que les os, le cuir chevelu, et même la substance cérébrale pouvaient être l’origine de certaines tumeurs, et on les attribuait toutes à la dure-mère.
Espinoza, Bérard, puis Louis nous ont donné de longues dissertations sur les fongus, mais il est probable qu'on devrait en retrancher et des ostéo-sarcomes et des épithéliomes.
. Lassus, Walter, Chelius, par des observations concluantes, démontrèrent la réalité du cancer débutant par les os du crâne.
Un pas en avant était fait, et Lebert et Cruveilhier donnèrent de bonnes descriptions de tumeurs précédemment inconnues ou mal comprises. Nous citerons celles qui se rapportent à notre sujet: les tumeurs fibro-plastiques ou sarcomateuses du premier, les fibrophytes et les cholestéatomes du second; ces derniers avaient été considérés, par Müller, comme des tumeurs d’origine épithéliale. |
Dans le Bulletin de la Société Anatomique de 1864, il est dit, d'une tumeur de Bouchard, que ce
FN Nes n'est qu'une tumeur fibro-plastique, un véritable épithélioma de l’arachnoïde ; ce langage nous semblerait aujourd’hui renfermer une contradiction.
Plus loin, Bouchard signale une autre tumeur de la dure-mère comme étant un épithélioma formé de cellules pavimenteuses et de globes épidermiques très distincts.
Hayem en décrit deux autres comme des tumeurs fibrino-plastiques, surtout formées de corps fusiformes.
Avec Potain, Prévost et Vulpian, on voit des épithéliomes de la dure-mère. Avec Fischer, Schwartz, Lucas, James Hinton, des cholestéatomes de la membrane du tympan.
C’est aussi un épithéliome que Lacroisille à observé avec des cellules libres ou disposées en couches épidermiques, tumeur qu'il note être comme celles de la plupart des tumeurs de la dure-mère. Dans un excellent rapport sur cette observation, Bouchard montre que ce sont ces tumeurs que Lebert a décrites sous le nom de fibro-plastiques. Il fait connaître les conditions de situation alternativement de champ et de face des cellules épithéliales, ainsi que le mode d’altération des cellules, dispositions qui ont fait prendre ces tumeurs pour des corps fibro-plastiques fusiformes. Il parle des grains calcaires qu’on trouve souvent dans les globes épidermiques de ces tumeurs, ainsi que des faisceaux de fibres lamineuses interposées à ces globes.
D'après Charles Robin (Journal d'Anat. et de Physiol., 1869) la plupart des tumeurs des ménin-
ges sont bien des épithéliomas. On trouve, en effet, au dire de cet auteur, d’une façon constante, dans les néoplasmes méningés, des globes épidermiques ou épithéliaux qui se distinguent par le manque de conduits sanguins et leurs stries concentriques indiquant l'imbrication des cellules comparativement aux minces couches de tissu lamineux ambiant vascularisées. La même disposition existe, dans l’arachnoïde, que pour les épithéliomas de la peau, de la langue, du corps de l'utérus.
Il décrit la forme des cellules, tantôt rondes ou polyédriques, tantôt allongées et curvilignes, ou plissées par pression réciproque; ce sont surtout les cellules centrales des globes épithéliaux qui prennent cette dernière forme, mais elles ne restent pas souvent à ce stade et il est fréquent de les trouver infiltrées de sels calcaires qui sont dissous par les acides faiblement dilués. Après l’action des acides, les grains calcaires ont disparu, et le globe présente nettement la structure cellulaire.
Il existe cependant un genre de tumeurs dans les- ‘ quelles Ch. Robin n’a pu déceler des globes épithéliaux, nous voulons parler des tumeurs à myélocytes qui sont une production hétéropique de substance nerveuse aux dépens de la pie-mère.
Vers la même époque, Virchow publiait son Traité des Tumeurs. Il réfute les ‘dées de Louis Meyer, de Hambourg, qui avait publié précédemment une série d'observations desquelles il résultait que les tumeurs à grains calcaires procédaient de cellules et
HaS FRE
même d'éléments du revêtement épithélial de l’arachnoïde.
Virchow pense, au contraire, que les tumeurs
qu'il appelle psammomes, appartiennent non aux épithéliums, mais au tissu connectif, et il essaie dele prouver en montrant la différence de circulation dans les deux cas et en ajoutant qu’on trouve souvent des tubercules crétifiés du tissu conjonctif dans des points où il n'y a pas de cellules épithéliales ou endothéliales.
Quant au cholesteatome, Virchow (1) est de l'avis de Müller et il le classe dans les formations hétérologues, parce qu'il se développe sur des endroits qui, normalement, ne sont pas constitués de l’épiderme.
En 1869, Charcot donne, dans les Archives de Physiologie, la description d’une tumeur des méninges médullaires, constituée : 10 par des globes calcaires ; 20 par une zone de cellules concentriques ; 30 par une masse de stries parallèles parsemées de noyaux. [1 lui donne le nom de tumeur arénacée, psammome de Vichow, sarcome angiolithique de Cornil et Ranvier. Ces derniers en effet, dans leur Traité d'Anat. pathol., ont repris et complété les idées de Virchow, et admis que les épithéliomes de Robin et Meyer étaient des sarcomes. Mais ils ajoutent que ces sarcomes prennent leur origine dans l’endothélium des vaisseaux sanguins et qu'ils revè-
(1) Archives de Virchow, 1885.