‹ Des épanchements de sang dans les plèvres consécutifs aux traumatismesChapitre 19 sur 61 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Plaie pénétrante de 'poitrine. — Épanchement sanguin, — Évacuation du foyer par les bronches. — Guérison.

Balade (Charles), 23 ans, entré le 31 décembre à l'Hôtel-Dieu.

Cet homme s'est tiré un coup de revolver, calibre 7, dans le côté gauche. Au moment de l'accident, il était assis dans une voiture; il n'a point perdu connaissance, et s'est senti mouillé par du sang qui s'échappait de la plaie en abondance.

Apporté à l'hôpital vers une heure du matin; il est couché au lit n° 20 de la salle Saint-Landry.

Pendant la nuit, il éprouve une gêne extrême de la respiration et une douleur très vive du côté gauche, augmentée par des efforts de toux qui reviennent fréquemment. Vers quatre heures du matin, il a une crise de dyspnée très forte que l'on calme par l'injection de six gouttes d'une solution de morphine au cinquantième.

A la visite, nous le trouvons dans l'état suivant :

Il est étendu sur le dos, très agité, très inquiet; sa respiration est brève, mais sa parole n'est point gênée. Dans le sixième espace intercostal gauche, au-dessous du bord inférieur de la sixième côte et à 12 centimètres de l'appendice xyphoïde, est un orifice arrondi, noirâtre, par lequel s'écoule du sang à chaque effort du malade. Point d'emphysème autour de la plaie, point d'ecchymose.

Percussion. — Matité absolue jusqu'à 2 centimètres au-dessous de l'épine de l'omoplate gauche; point de bruit de skoda.

Auscultation. — Abolition du murmure vésiculaire et des vibrations thoraciques; pas d'égophonie.

Nous avons assis le malade assez facilement pour pratiquer cet examen et nous avons constaté qu'il respirait plus librement assis que couché. Pendant les différents mouvements qu'il a exécutés,- il s'est écoulé par la plaie la valeur de cinq à six cuillerées à bouche de sang.

L'auscultation du cœur ne révèle rien d'anormal; T. 39°.

Diagnostic : Plaie pénétrante du poumon gauche. — Épanchement sanguin thoracique, fourni probablement par les vaisseaux du poumon. Occlusion. Repos.

Dans la nuit du 31 au l""", le malade éprouve dans le côté une douleur très vive; il ne dort point de la nuit. Potion avec 30 grammes de sirop diacode. T. m. 38°, T. s. 39 degrés.

La nuit du 1^^ au 2 est meilleure, l'oppression est moindre.

Le 2, à la visite, le malade se sent mieux; pas de modification dans les sj^mptômes locaux. T. m. 39°2, T. s. 39 degrés.

3 janvier.— T. 39°2 — 38°4.

L'épanchement semble plutôt un peu augmenté, bruit de skoda, matité en arrière jusque dans la fosse sus-épineuse. A la percussion, absence d'élasticité de la paroi thoracique.

Auscultation. — Absence de murmure vésiculaire; on recherche vainement le bruit de succussion. Pas d'œdème de la paroi; pas d'ecchymose lombaire. État général bon, pas de suffocation, un peu d'appétit. Épistaxis. Repos. Lavement le soir.

4 janvier. — T. 38''4 — 38°o.

Léger malaise, pas d'appétit, bouche mauvaise, découragement, diarrhée toute la nuit précédente.

'6 janvier. — Le malade se trouve mieux que la veille, les signes d'épanchement ne se sont aucunement modifiés, il y a un peu d'égophonie, teinte subictérique de la peau. T. 38° — 39°.

7 janvier. — 39°2 — 39°i. Fièvre assez vive, pouls fréquent dicrote. La nuit est très agitée, le malade se plaint d'une douleur très intense qu'il ressent au-dessous des fausses côtes gauches, douleur exagéréepar lapression. On applique sur cepoint six ventouses scarifiées.

8 janvier. — La douleur est encore plus vive, dyspnée très légère.

11 janvier. — Dans la journée, le malade a reçu une visite qui l'a contrarié; le soir, la température s'élève, il est très agité et est pris de délire.

12 janvier. — Le lendemain, l'agitation et la fièvre continuent; pas de modification du côté de l'épanchement.

Cependant, malgré cette crise qui avait donné lieu à de sérieuses inquiétudes, le 14 janvier, la fièvre tombe et le malade se trouve de nouveau dans un état satisfaisant.

Le 16, l'état général est bon, l'appétit se développe. Rien de nouveau du côté de l'épanchement.

A partir de ce jour, le malade va de mieux en mieux, il prend des forces, la confiance et la gaieté reviennent, l'appétit est bon. La température reste vers 38 degrés. Les signes del'épanchementparaissent stationnaires ou môme il semble que la quantité de liquide diminue.

Les choses allèrent ainsi jusqu'au 31 janvier. Ce jour-là, le malade se sentit mal à l'aise dans la soirée ; toute la nuit il eut une fièvre violente et déclara le lendemain qu'il pensait avoir attrapé froid la veille. La température monta brusquement de 38 à 39 et à 40 degrés. La dyspnée reparut avec des accès de suffocation pendant la nuit.

Le 6 février, la fièvre est très intense. T. 40° — 40° 1 ; la face pâle, l'anxiété très grande, les symptômes du côté de l'épancbement sont toujours les mêmes. Pas d'œdème de la paroi, pas d'ecchymose lombaire.

Le 8, dans la nuit, le malade est pris d'un accès de toux, il rend une grande quantité de sérosité sanglante mélangée à du pus. T. 39°4 — 40 degrés.

Le 9, T. 38° — 40 degrés.

Même expectoration ; il remplit deux crachoirs.

Percussion. — La matité est diminuée dans le tiers supérieur de la poitrine.

Auscultation. — Souffle tubaire dans les deux tiers inférieurs, amphorique, au niveau de la fosse sous-épineuse.

Le 10. T, 370—38 degrés.

Le 11. 37°3. L'état général est bien meilleur. L'oppression a disparu, l'expectoration continue.

On recherche vainement le bruit de succussion.

Jusqu'au 18 février, le malade va de mieux en mieux, il a expectoré encore trois ou quatre fois une grande quantité de ce même liquide ; il peut être considéré comme en voie de guérison.

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