OBSERVATION XI
Plaie pmétrante de poitrine . — Blessure du poumon gauche. Épanchement sanguin. — Guérison.
M. R..., entre le 21 juin 1879, dans le service de M. le professeur Guyon. C'est une fille de 24 ans, que son amant a frappée d'un coup
de couteau de poche. L'instrument a pénétré à l'extrémité interne du troisième espace intercostal gauche. Au moment où elle a été blessée, elle n'a pas perdu connaissance ; elle a porté la main sur la plaie et s'est sauvée en appelant au secours.
Lorsqu'on arriva près d'elle, sa camisole et sa chemise étaient ensanglantées. On la conduisit immédiatement chez un pharmacien. Là, elle toussa et rendit environ trois cuillerées de sang. Jugeant que •e cas était grave, on la transporta à l'hôpital.
Elle arrive à Necker, 2 heures après l'accident, sa pâleur est extrême. Le pouls petit, presque filiforme (100 pulsations). Sur les lèvres se voit un liséré de sang coagulé qui témoigne d'une hémorrhagie qui s'est produite presque aussitôt après la blessure, mais qui n'a point continué.
La malade est anxieuse, en proie à une dyspnée très grande; elle est inquiète, et se tourmente surtout parce que l'accident lui est arrivé pendant ses règles.
Sur le brancard qui a servi à la transporter, la malade se tenait assise. Lorsqu'on la couche dans un lit, elle se fait maintenir la poitrine élevée au moyen de plusieurs oreillers; elle respire ainsi plus facilement que lorsqu'elle est complètement étendue.
Examen. — Plaie obhque de haut en bas et de dehors en dedans, longue de I centimètre et demi, occupant l'extrémité interne du troisième espace intercostal gauche un peu en dehors du trajet de la mammaire interne. Un peu de sang s'écoule par l'orifice de la plaie.
Dans une étendue de quatre travers de doigt, tout autour de la plaie, existe une crépitation emphysémateuse très nette.
L'auscultation du cœur ne révèle rien d'anormal. Il est impossible ce jour même d'ausculter le poumon, le moindre mouvement déterminant une douleur violente dans le côté et arrachant des cris à la malade.
Occlusion de la plaie avec le collodion. Potion de Tood. Bagnol.
Dans la journée, la malade vomit toutes les fois qu'on veut lui faire prendre sa potion ou son vin de Bagnol. Le soir, il est encore impossible de la faire asseoir pour l'ausculter. On la fait se pencher légèrement sur le côté droit et l'on peut alors pratiquer l'auscultation. La matité est très nette dans la partie inférieure gauche du thorax, et cependant on entend la respiration clans toute la hauteur du poumon, quoiqu'elle y soit très affaiblie.
Le 24. Au moment de la visite, la malade est mieux et a passé une bonne nuit. Matité absolue à la percussion. Cette matité s'étend jusqu'à l'épine de l'omoplate. Souffle très marqué et égophonie dans la fosse sous-épineuse. Le murmure vésiculaire s'entend très mal à cet endroit et ne s'entend plus du tout dans la partie la plus déclive du thorax.