OBSERVATION XIII
Plaie pénétrante. — Blessure du poumon. — Léger épanchement sanguin. — Guérison.
(Observation inédite. A. Bérard.)
Régnier (Hippolyte), 24 ans, serrurier, entré le 2 juin au n° 9, de la salle Saint-Jacques (service de M. Bérard).
Le 2 juin, se trouvant à la barrière Montparnasse, où il dînait au restaurant, Régnier descendit dans une cour pour uriner. Il était eir train de satisfaire la nature, lorsqu'un individu^ se plaçant derrière lui, se mit à pisser sur lui. Le serrurier, comme de juste, l'apostropha vivement, mais loin d'obtenir des excuses de la part de l'insolent, il n'en reçut qu'un coup de canne. Une rixe s'engage, et bientôt Régnier reçoit un coup de couteau sur l'épaule droite. Il remonte alors avertir ses amis qui dînaient avec lui. Ceux-ci descendent aussitôt, et dans une lutte engagée entre les amis du serrurier et ceux de l'urineur, Régnier reçoit cinq nouveaux coups de couteau, un sur chaque épaule et trois dans le dos. (Il n'était pas ivre.) On le porte, — privé de connaissance, — au poste voisin, et deux heures après on l'apporte à l'hôpital, étendu sur une table d'auberge. Il a perdu une grande quantité de sang; ses haliits, sa chemise en étaient entièrement imprégnés. Au moment de l'accident, le sang sortait, paraît-il, par jet. Pendant le trajet, perte de connaissance qui continue à son arrivée ; ce n'est que le lendement matin, vers huit heures, que le malade s'est aperçu du lieu où il était. Il ressentit alors de la douleur dans le côté et au niveau de ses blessures. Vers cinq heures, dans la journée du lendemain, il vomit. Point de sang dans les matières rendues,
3 juin. — Le malade est pâle, s'évanouit dès qu'on Je bouge ; il ne peut cracher malgré des efforts répétés. A droite, crépitation emphysémateuse dans une assez grande étendue. A gauche, matité absolue à la percussion dans la région la plus déclive du thorax. La respiration est difficile. Une plaque de diachylon, placée sur la plaie la plus large au moment de l'accident, n'est point enlevée.
ijuin. — Le malade a eu de la fièvre hier presque toute la \ ournée, ainsi que des sueurs très abondantes. Il a, avec beaucoup de peine, expulsé quelques crachats renfermant de petits caillots noirâtres, et s'est plaint de douleurs vives dans le côté et l'épaule gauches. Cette nuit, ilapeudormi.'Lafaceestmeilleure.Matitéetsouffleàgauche. Saignée.
ojidn. — Le malade a peu dormi, a souffert de son épaule et craché du sang en petits grumeaux. Il ne peut tousser sans éprouver une douleur très vive au milieu du tiers inférieur du sternum. Ce matin, les conjonctives sont un peu jaunes, ainsi que le fond du teint de la face.
A l'auscultation, matité et souffle à gauche, A droite, quelques bulles de râle crépitant. On ne trouve plus d'emphysème.
— lit; —
6 juin. — iBeaucoup moins de sang dans les crachats, respiration plus facile, point de fièvre, l'appétit commence à revenir.
7 juin. — Le malade va bien, mais la toux et l'expectoration sont toujours douloureuses et difficiles, — Râle crépitant et sous-crépitant de l'etour; à gauche, on n'entend plus de souffle.
8 juin. — Même état.
{{ juin. — L'amélioration continue.
12 juin. Le malade s'est levé sans permission, il se plaint d'un point de côté à droite et souffre en respirant. Application de sangsues sur le point douloureux.
13 juin. — Mieux. Le point de côté a diminué; encore un peu de douleur cependant dans les mouvements respiratoires.
13 jui7i. — Le malade va bien; les plaies sont guéries.
il juin. — On le laisse se lever, et, le 22 juin, il sort guéri.