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CHAPITRE PREMIER. — Influence des circumfusa

Hippocrate, le premier, a étudié, d’un point de vue général, l’influence des circonstances météorologiques sur la production des maladies qui attaquent à la fois un grand nombre de personnes; et, parmi ses titres à l’admiration, l’honneur d’avoir ouvert ce vaste horizon à l’observation, est un des plus beaux. De l’analyse de ces circonstances, résultent des faits étiologiques d’une importance capitale. Soit dit contre une insinuation de rillustre commentateur de Boerhaave, qui, ayant noté pendant dix ans , trois fois par jour, la hauteur du baromètre, la direction des vents, la quantité de pluie, etc., conclut en ces termes : Inde circa morboruin epidernicorum originem doclior non evaserim. Sydenham est , là-dessus , du même avis que Van- Swieten. On va voir cependant que les circonstances météorologiques jouent un rôle, et un rôle important, je le répète, dans l’étiologie des épidémies.

Influences sidérales.

Dans la peste de Nimègue (i636), deux ou trois jours avant la nouvelle ou la pleine lune , la maladie s’exaspérait. (Ozanam, d’après Diemerbroèk.)

On sourit généralement à la pensée de ces influences

sidérales, dont les auteurs rapportent un assez grand nombre d’exemples. J’y ai réfléchi et je me suis demandé si la lune, par son influence sur les marées, ne pourrait pas, cependant, en découvrant, tantôt plus, tantôt moins de vases marines, à l’embouchure des fleuves, influer aussi, corrélativement, sur la production des effluves, et, partant, sur les grandes manifestations morbides qui s’y rattachent.

Influence de la composition de l’air.

Rarement on a pu constater une altération de la composition élémentaire de l’air atmosphérique. Je ne connais même en ce genre, cpie les résultats obtenus par M. P. Moyle, qui a trouvé dans quelques mines du comté de Cornouailles, sur loo parties d’air, 17,067 seulement d’oxygène, au lieu de 20,8; o,o85 d’acide carbonique, au lieu de o,oo4, et 82,848 d’azote au lieu de 79,2. Ces altérations s’offrent à l’esprit avec un caractère étiologique probable, lorsqu’on se rappelle l’épidémie des mineurs de Schemnitz, en Hongrie, qui eut lieu dans l’année 1 777, et dans laquelle, les malades, décolorés, se plaignant de douleurs rhumatoïdes excessives et de céphalalgie, finissaient par mourir exsangues. Une maladie analogue sévit parmi les mineurs d’Anzin, en i8o3 : c’est la fameuse anémie des mineurs d’Anzin, qui, jusqu’à ces derniers temps, a défrayé les articles anémie des Traités et des Dictionnaires.

Influence de la iempèralure.

Hippocrate a dit : Constiluti temporis peslilens annus austrinas et pluvias. La température chaude et humide est accusée unanimement. « Elle est appelée pourrissante, dit M. Reynaud, parce qu’elle réunit les

deux qualités les plus propres à favoriser la putréfaction, et à infecter l’air par les produits qui en émanent; elle accable, elle résout les forces. » La propagation du choléra est généralement en raison de l’élévation de températute. « Une température élevée, dit M. Double, fut toujours la condition d’existence et de propagation de tontes les contagions, et plus particulièrement des contagions exotiques. » Les médecins d’Odenbourg, particulièrement le docteur Licbtenstadt , conslatèrent que l’épidémie était plus forte et plus grave par les temps couverts, dans les jours humides et chauds, ou humides et froids, que dans les jours secs et chauds, et surtout qtie dans les jours secs et froids, pendant lesquels le nombre des nouveaux malades était fort réduit (Double). Rien ne serait plus facile à comprendre si, comme je le pense, le choléra est dû à des émanations miasmatiques. Dans un grand nombre de villes de France, en 1 83a, on nota la coïncidence des brumes avec l’invasion du choléra. Ailleurs, à Toulon, par exemple, le fléau éclata après le printemps le plus radieux , le plus tiède, le plus riant. Remarquons, en passant, et pour prendre acte, que le printemps est l’une des deux époques de l’année auxquelles correspond la plus grande évaporation à la surface du sol. Le soleil , suivant la parole du poète, fait une perle avec la fange. Malheureusement, il en fait aussi un poison.

L’épidémie de suette, qui sévit en Ravière en 1733, et cjui a été décrite par Granwal, s’établit à la $uite d’un grand changement de température survenu au solstice d’hiver, et qui fit fondre les neiges comme au printemps (Trinquier). Au rapport de M. Rayer, l’élévation de la température, une forte tension de l’électri-

cité ntmosphériqne, précédèrent l’apparition de la maladie dans plnsieiirs communes (suette de Seine-et-Oise). M. Arlin (suette de la Vienne 1 845) signale, au nombre des causes, les mutations extraordinaires dans les conditions de l’air.

La température, dans les épidémies, n’agit pas seulement par son élévation. M. Moreau, dans une récente discussion académique, a dit avoir vu survenir une épidémie de fièvre puerpérale, à la suite d’un brusque abaissement de la température produit par un violent orage. M. Malgaigne, à la même occasion, avait subordonné l’étiologie des pyréxies épidémiques de la phase puerpérale, au refroidissement : en quoi il a été contredit par M. Bérard, cpii croit, au contraire, à la nécessité d’une vive aéiation, et qui a vu « dans l’établissement dirigé autrefois par M. Chevreul, père de l’illustre académicien, une épidémie de fièvre puerpérale cesser sous la seule influence de la translation des femmes dans un étage supérieur, mieux aéré que celui qu’elles occupaient auparavant. »

Les brusques variations atmosphériques ontunebonne part dans l’étiologie des épidémies. « Les variations de l’atmosphère, dit M. Prus, exercent une grande influence sur le développement et les progrès de la peste épidémique. » Les changements furent tels,à Toulon, que certaines journées représentèrent la température des quatre saisons (Reynaud). Sous l’influence de ces rapides mutations, M. Jacquot, (lettres d’Afrique) a vu survenir, parmi les soldats d’une colonne expéditionnaire, en Algérie, une sorte d’épidémie d’œdème. Un cortège de circonstances débilitantes y avait concouru. « Chez les uns, il était général (l’œdème), mais peu considéra-

ble au tronc, et s’accompagnait quelquefois de sérosité dans le péritoine; chez le plus grand nombre, il était bien pliis marqué, mais local : il siégeait à la face et au cou, aux avant-bras et aux mains, aux jambes et aux pieds. Nous fûmes frappés des symptômes qui l’accompagnaient ; fatigue et brisement, inappétence ou même anorexie, langue saburrale, bouche amère ou pâteuse, pesanteur épigastrique, souvent céphalalgie, c’est-à-dire véritable embarras gastrique, moins un peu de constipation, mais avec un affaissement considéiable en plus. Quoique la diarrhée et lad}ssenterie ne nous aient point paru s’aggraver sous l’influence de cette maladie, et qu’on ne puisse conséquemment leur rapporter cet accablement retnarquable, nos œdématiés étaient si faibles, que nous étions obligés d’en faire monter chaciue jour un grand nombre sur les cacolets. » Ce qui mit fin à cette épidémie, et ce qui prouve bien l’influence des circonstances météorologiques sur sa production, ce fut le retour d’une température chaude et soutenue, sans gelées nocturnes bien notables. Il eût été curieux de savoir si, chez ces œdématiés, les urines étaient albumineuses.

Ailleurs, dans ses intéressantes et faciles épîtres, M. Jacquot parle d’une espèce de calcnlure de terre, ayant sévi sur un grand nombre de militaires, sous la double influence d’une chaleur étouffante et de l’ingestion, en quantité considérable, d’une eau saumâtre et salée, mais surtout, évidemment, de l’élévation de la température. « Quand on s’engagea dans le défilé, dit l’ingénieux narrateur, on crut entrer dans une fournaise; l’atmosphère était dans l’immobilité du calme plat, et le thermomètre devait bien marquer 65° au soleil. Ce fut alors qu’une

vraie déroute commença : les uns s’affaissaient et restaient étendus parterre dans une résolution complète des forces et de l’intelligence; les autres, se sentant mal, s’asseyaient sur le chemin; il y en eut qui tombèrent comme foudroyés pour ne plus se relever ; enfin, un certain nombre, en proie au délire, couraient çà et là, s’agitaient, vociféraient et finissaient par se laisser choir. Notre collègue, seul chirurgien du convoi, volait de l’un à l’autre, sans trêve, sans relâche. Il fit 70 saignées en quelques heures, et administra je ne sais combien de prises d’émétique pour leur faire rendre l’eau qui distendait leur estomac. Les cas ne furent pas raies où le sang, épais et plastique, ne sortait qu’à grand’peine, ou même ne s’échappait pas du tout de l’ouverture de la veine. Pour faire plus de besogne, il avait souvent 5 ou 6 saignées qui coulaient en même temps; il pouvait ainsi les surveiller par groupes. Un caporal, qui lui servait d’aide, se leva brusquement, bondit et retomba la tête la première : il était mort. ..On fut obligé de lier sur les voitures les malades qu’un trop violent délire rendait dangereux. En sortant du défilé, on comptait sept victimes; et le lendemain, en arrivant à l’iser, dernier campement avant Tlemcen, c’est à peine si un tiers des hommes pouvait marcher. »

On a vu de même, en Algérie, pendant une longue campagne, sous l’influence d’une forte chaleur, se produire une épidémie de blennorrhagies, dans une colonne qui, depuis plus d’un mois, était éloignée de toute localité où il y eût des femmes. Le fait e^t attesté par M. Guy on, chirurgien en chef de l’armée.

L’influence du froid humide sur la production du scorbut est incontestable. D’après Lind, l’humidité de

l’air serait la principale cause prédisposante de cette maladie. On expliquerait de là facilement, suivant Fodéré, pourquoi le scorbut est plus fréquent dans les vaisseaux que sur terre.

Influence des eaux.

Ni les rivières, ni les fleuves, ni les lacs, ni le.s bras de mer, rien n’arréte le choléra. Ce n’est pas que l’eau lui soit nécessaire. Il a ravagé des pays situés, comme Catmandou, dans le Népaul, à plus de deux cents lieues de l'Océan, et des contrées qui n’ont ni rivières, ni vaisseaux, ni marécages (Double-); ce qui ferait supposer que la cause morbide était venue d’ailleurs. Une petite rivière de la Dordogne, la Drône, dans l’épidémie de suetle qui affligea ce pays, avait paru arrêter le fléau pendant longtemps; mais cette barrière fut traversée, et désormais, ni la Drône, ni d’autres rivières, plus considérables^ n’eurent d’influence, soit en bien, soit en mal, sur le cours de l’épidémie (Parrot).

Dans quelques épidémies de fièvre jaune, on a supposé que la maladie s’était propagée du littoral à l’intérieur des terres, en suivant le cours des fleuves. C’est ainsi, qu’en 1798, la fièvre jaune aurait pénétré dans la Virginie, en suivant le cours du Potomak, et qu’à d’autres époques elle se serait étendue dans le Canada, dans la province de Murcie, et, en Andalousie, jusqu’à Séville, en suivant le Saint-Laurent, la Ségura et le Guadalquivir. Quoique l’eau, en été, soit de très-mauvaise qualité à Versailles, il n’est pas probable qu’elle ait joué un rôle dans la production de la dyssenterie épidémique de 1842 (Masselot). Ce n’est point dans le cours des eaux mouvantes, ce n’est même pas dans les

qualités de l’eau potable, qu’il faut chercher la principale influence de l’eau dans la production des épidémies : c’est surtout dans la distillation des produits décomposables, accumulés à la surface de la terre, distillation à laquelle elle donne lieu sous l’influence de la chaleur. « On a vu la’ peste, dit M. Pariset, succéder à deux contraires, à ce qu’on appelle un grand Nil et un petit Nil; expressions qui s’entendent d’elles-mémes... Après un grand Nil, lorsque le fleuve a baigné les cimetières, et remué ces grands dépôts de matière animale qu’il laisse à découvert dans sa retraite, il est assez ordinaire que^ la peste se déclare, comme on l’a vu en 1800 et en j8i8. Le Nil de 1819 ayant été excessif, toute l’Égypte tremblait pour i83o. Mais, dans le cours de l’hiver, un vent du midi, appelé Mrissi, vent très-froid, a soufflé avec violence. Le Nil s’est écoulé rapidement; les terres ont été desséchées près de six semaines avant l’époque habituelle; et, dans le cours de i83o, l’Égypte inférieure n’a eu qu’un nombre, à la vérité fort grand, de maladies à bubons, et trois petites épidémies partielles l’une à Mansourah, l’atitre à Foah, et la troisième à Sinabadé, près de Damanhour. » Reste à savoir si un petit Nil exclut de tous points l’infection miasmatique. Il serait bon de dresser un tableau des épidémies de peste en Égypte, suivant les crues du Nil : je n’en possède pas les éléments.

Jj’eauqui, par son accumulation à la surface de la terre, donne lieu, en se réduisant sous l’influence de la chaleur, à la fermentation des vases, obvie à ses propres effets, par une sorte de prophylaxie naturelle, lorsqu’elle vient à tomber en abondance. C’est ainsi qu’en 1816, année pluvieuse et froide, la mortalité ne fut pas plus consi-

dérable dans les contrées marécageuses, en France, pendant les mois d’août et d’octobre, que pendant le reste de l’année (Villermé). Le mélange des eaux influe sur les manifestations épidémiques. Deux épidémies désolèrent Ley de en i66y et 1669 : on les attribua légitimement au mélange des eaux de mer avec les eaux douces (Deleboë). Les environs de Rome, où les fièvres paludiques sévissent avec tant d’intensité, sont annuellement inondés par la mer (Maillot).

Influence des courants atmosphériques .

«... Il y a une coïncidence remarquable, dit M. Magendie dans ses leçons sur le choléra, entre le retour du froid et du vent de nord-est, qui ont accompagné l’apparition subite du choléra à Paris et l’accroissement du nombre des malades atteints du choléra. » Il ne faudrait pas croire pour cela à l’influence productrice du froid. L’épidémie de i832 embrasse les six mois les plus chauds de l’année (mars à septembre). La mortalité, après avoir atteint son maximum dans le mois d’avril (12,733 sur le chiffre total des décès, 18, 654), tombe en mai et juin à 812 et 868, pour se relever en juillet (2,573). C’est au mois de juin que correspond la mortalité maximum par mois, en 1849 19,184 décès.) Le choléra a fait son évolution dans l’Inde, et surtout au Bengale, par une température de plus de 3o” : ce qui ne veut pas dire toutefois qu’il ne puisse se développer dans des conditions thermales tout à fait opposées. Quant à la coïncidence du vent de nord-est et de l’apparition du choléra, elle s’accorde avec ce que l’on sait de la marche générale des épi-

demies qui procèdent, par une double voie, de l’orient et du septentrion.

Sauf quelques écarts, la suelte de la Dordogne s’achemina presque invariablement du sud-ouest vers le nordest. On verra mieux tout à l’heure, par un extrait de a relation de M. Parrot, quelle fut l’influence des vents sur la marche de cette épidémie.

Des épidémies de variole se sont propagées successivement à tous les lieux situés sous le vent de celui où elles avaient pris naissance, et ne se sont arrêtées que lorsqu’une montagne, une rivière, un bois, détournant le courant atmosphérique, imprimait aux miasmes une direction nouvelle (Hallé).

Le kamsin , eu Égypte , arrête la peste , d’après M. Pariset, ou du moins suspend ses ravages ; on la dirait terminée; mais le kamsin cesse, et elle reprend son cours.

L’influence des vents sur le développement et la marche du choléra, est niée par M. Double, qui argue de la propagation de la maladie, du Bengale dans le Dékan, eu avant de Joulna, vers Punderpoor, contre le vent du sud-ouest, qui souffla pendant plusieurs mois de suite. Elle est niée aussi par M. Reynaud, qui a vu, à Toulon, le nord-ouest souffler plusieurs fois impétueusement, sans que le mal perdît de son intensité.

Cette question de l’influence des courants atmosphériques sur les épidémies est on ne peut plus difficile à traiter, et elle est capitale dans le sujet. Si les maladies épidémiques peuvent apparaître et se jiropager, indépendamment des courants atmosphériques, évidemment elles se produisent sur place, et tout ce qu’on dit de

leur parcours, de leurs migrations, n’est qu’une vaine supposition. Mais qui peut savoir si les miasmes producteurs du fléau n’ont pas été semés par un autre vent, qui aurait soufflé avant le vent contraire actuellement régnant.

Quand je considère qu’un orage de grêle a pu ravager six cent cinquante lieues carrées, en franchissant, avec une vitesse de seize lieues à l’heure, des vallées profondes, des hauteurs considérables, des forêts étendues, de larges rivières, telles que la Loire et la Seine, et en s’arrêtant seulement pendant sept à huit minitles sur chacun des points parcourus (Teissier. — Rapport à l’Académie des Sciences, en 1790); quand je pense que la végétation de nos climats est subordonnée en partie à l’évaporation qui se fait à la surface des mers équatoriales, de telle sorte que si le produit de cette immense évaporation était intercepté, la végétation de nos contrées subirait une énorme réduction; lorsque je vois qu’en 1826, les miasmes paludiques, après avoir désolé la Hollande, passèrent la mer tout à coup, chassés parles vents d’est, envahirent l’Angleterre et y exercèrent de grands ravages (1) ; qu’en 1812, les cendres du volcan de Saint-Vincent, emportées, d’une part, jusqu’à la Barbade, tombèrent, d’autre part, à la distance de 181 lieues, sur un navire, dont elles recouvrirent le |>ont d’une couche épaisse de 5 pouces; qu’en i8i5, les cendres du Tomboro, de file de Sumbawa, furent emportées jusqu’à Java, à 180 lieues environ, en quantité

(i) « A rhôpilal du Wolwicb, où l’on voyait, en cinq ou six ans, [tout au plus une seule fièvre intermittente, il y en eut alors trois cents. Dans la seule commune de Marslon, il mourut vingt-cinq personnes sur une population de trois cents habitants. » (Boudin, Geog;r, mécl.).

considérable , de manière à obscurcir la clarté du jour; qu’en 1842 , lors de l’incendie de Hambourg, on sentit à Postdam une odeur empyreuniatique venant de la ville brûlée , distante de plus de 60 lieues; qu’il est des rivages, célébrés par les auteurs , et reconnaissables de loin aux odorants effluves qu’ils épandent ; quand je me représente, dis-je, tous ces faits, je ne puis m’empêcher de penser que les vents sont susceptibles de charrier au loin les miasmes dont ils ont pu se charger à leur point d’origine. Je ne me dissimule pas cependant qu’il est difficile de concilier ces lointaines migrations des effluves avec la complète immunité de certaines localités, très-voisines de lieux infectés, où le dégagement miasmatique est abondant. Nous, médecins de l’armée, nous avons, tous, vu cela à Alger. A quatre lieues ouest de cette ville, les effluves paludiques exerçaient d’affreux ravages; à une demi-lieue à l’est, et partout, de ce côté, jiisqu’à la pointe Pescade , l’immunité était complète.

Influence des commotions terrestres et atmosphériques.

A Java, suivant M. Double, « la maladie se montra évidemment en rapport avec des éruptions volcaniques; et par contre, il est arrivé, plusieurs fois, que la maladie s’est arrêtée subitement dans sa marche, à la suite d’explosions de même nature. » A Manille , elle se déclara trois jours après un grand ouragan. Dans d’autres circonstances, au contraire, elle cessa par suite de violents orages, accompagnés de tonnerre. C’est ce qui eut lieu à Rulladzy, en 1824, an rapport du docteur Christie. A Macassar, on avait éprouvé, deux ans auparavant, un violent tremblement de terre. H y avait eu également des

tremblements de terre à Bir, et surtout à Alep. Dans le cas suivant, on n’est pas absolument certain du rapport de causalité; mais il est très-vraisemblable.

Je cite textuellement M. Parrot : « Le lo mai i84r , il éclate à Condrieux un orage des plus violents et des plus désastreux; et, à la suite, au même moment, on pourrait dire à la même seconde, il se produit une épidémie qui tue en deux jours, en un jour, en six heures, six jeunes sujets. Dix-huit malades et six morts, des plus forts et des plus jeunes. Voilà le premier mot de la colère épidémique. Et, après cetle première fureur, un silence complet, un départ inattendu , inespéré, le cinquième jour. La suette milliaire disparaît avec un vent nord-

est Cette trêve ne dure que quinze jours. Un vent sud-

ouest ramène l’épidémie; un vent nord-est nous en délivre encore; et toujours c’est avec le sud-ouest que la suette fait chacune de ses apparitions; toujours avec le même veut qu’ont lieu les recrudescences; toujours avec le vent nord-est qu’elle fait ses retraites. Ainsi donc, création de la cause épidémique au milieu de l’orage de Condrieux; retraite de cette cause vers le sud-ouest par le vent nord-est; sud-ouest; invasions successives toujours conduites par le vent sud-ouest, terminaisons toujours inévitables par le vent nord-est; tels sont les quatre faits qu’il ne me semble pas déraisonnable de rattacher entre eux par un lien commun. Quelque chose que procréa l’orage de Condrieux , quelque chose qu’emmenait le vent nord-est, quelque chose que rapportait le sudouest, telle est pour nous la cause réelle de l’affreuse maladie qui a dévasté notre département. »

Influence de l’ exposition.’

On a cherché à se rend recompte de l’influence de l’exposition des lieux, dans l’épidémie de i832. Les membres de la commission nommée par le préfet de la Seine pour étudierl’épidémie,ayantpartagé la vüleen quatre sections suivant les quatre expositionsprincipales, trouvèrent que les expositions du nord-ouest, du nord, du nord-est, de l’ouest et de l’est, avaient donné une proportion plus que double de celle des expositions du sud-ouest, du sud et du sud-est ; abstraction faite des quais et des boulevards, qui ont fourni des résultats contradictoires. Dans l’épidémie de suette de la Dordogne, toutes les expositions, indifféremment, furent visitées par le fléau. Dans l’épidémie de dyssenterie de Versailles fMasselot), quoique la maladie eût débuté par la Ménagerie, espèce de ferme à l’ouest de la ville, les casernes situées à l’est furent les plus éprou\^es. Dans deux salles ayant leurs fenêtres à l’est, et présentant les conditions hygiéniques les plus favorables, tous les hommes sans exception furent malades. On remarqua que les salles exposées à l’est et les plus élevées, par conséquent les plus exposées aux émanations venant du dehors, fournirent le plus de malades. Des salles moins aérées (mais ayant probablement une autre exposition ; l’auteur ne le dit pas) furent relativement ménagées. Dans la ville, les cas furent plus nombreux dans la partie Est. Pendant les mois d’août et de septembre (les deux tiers de la durée de l’épidémie), le vent fut presque toujours d’est ou de nord-est. Voici maintenant une donnée qui pourra nous éclairer : « Il existe à Versailles, dit M. Masselot, dans les parties qui avoisinent le chemin de fer de la rive gauche, des espèces

de marécages dans lesquels s’écoulent et restent les eaux provenant du quartier des chantiers. Une partie de ces prairies est creusée de fossés, qui séparent et embellissent des jardins et qui ont été en grande partie desséchés pendant l’été. » On reçut des dyssentériques venant directement de localités marécageuses, qui donnèrent pendant, mais surtout après l’épidémie, un grand nombre de fièvres intermittentes. Voilà, si je ne m’abuse, l’influence de l’exposition, tout près d’élre expliquée, dans ce cas particulier de l’épidémie de Versailles, et nous voilà mis en demeure de supposer que la cause prochaine de l’épidémie pourrait bien n’avoir pas été différente de celle des fièvres intermittentes.

Influence du sol.

a La nature géologique des terrains, dit M. Lévy, n’est pas sans liaison avec la production des maladies. M. Villermé a remarqué, en i834, la coïncidence des maladies marécageuses avec la présence de l’argile dans le sol. La Brenne, la plaine de Forez , la Bresse, la Sologne, etc., ont un sol argileux. On a vu, en 1826, une é|)idémie sévir dans toutes les contrées de la Hollande cpii reposent sur l’argile, et épargner les terres limitrophes dont le sol est sablonneux, quoiqu’elles eussent été exposées aux inondations. Dans le département de la Charente-Inférieure, les fièvres intermittentes cessent partout où le calcaire remplace accidentellement l’argile, pour reparaître là où l’argile reparaît à son tour dans la structure du sol. Les recherches de Brocchi sur la composition du territoire romain, ont prouvé que la superposition de l’argile à un terrain de nature volca-

nique, renforce les conditions qui favorisent la production des fièvr es intermittentes. »

M. Parrot, dans sa relation si riche en détails intéressants, fait une remarque des plus curieuses, quant à l’influence de la natui'e du terrain sur le développement de la suette. Je vais le laisser parler. « En partant, dit-il, de- la région supérieure de ce département (la Dordogne) et descendant vers la Garonne, on renconti'e successivement le granit, une bande de terrain oolithique et une grande étendue de calcaires appartenant au groujie crétacé. Tl devenait donc curieux de savoir si l’épidémie avait envahi l’une plutôt que l’autre de ces trois natures de terrain. Aussi priâmes-nous M. Marot, ingénieur en chef des mines du département ; i"de nous indiquer, sur une carte, chacun de ces groupes par une couleur spéciale; 2" démarquer, sur la même carte, le dessin tracé par l’épidémie. De ce travail il est résulté cpi’elle li’a sévi que dans les contrées à terrain calcaire. Ce terrain, du reste, a été le théâtre si exclusif de la suette miliaire, que, dans quekpies contrées immédiatement en contact avec le granit, elle .s’est arrêtée tout juste à l’endroit qui cessait d’être calcaire et devenait granitique ; et que, depuis Lachapelle-Faucher jusqu’à Bassillac, c’est-à-dire dans une étendue d’à peu près 28 kilomètres, elle a cotoyé le groupe oolithique sans jamais le pénétrer. De ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure que le terrain calcaire a prêté un incontestable concours au développement de la maladie épidémique. » Chose remarquable, l’historien de la suette de Poitiers, M. Gaillard, qui ignorait le lait important noté par M. Parrot, le confirme à son insu. Il s’élè\e, en effet, contre la supposition que la suette pourrait être

due à l’effluence paltidique, et argue de la nature calcaire du coteau sur lequel la ville de Poitiers est assise ; du sol aride et calcaire des communes de Saint-Georges, de Jaulnay, dans lesquelles l’épidémie a sévi, tandis qu’elle a respecté les communes limitrophes de Saint-Léger, Vendeuvre, CLéneché, qui sont infectées par les grands marais de la Fallu [palus ^ marais).

Les recherches de M. Rénée Boubée relativement à l’influence des formations géologiques sur les maladies en général et sur le choléra en particulier, offrent un véritable intérêt. .Te ne discute pas, les opinions de ce savant; je me borne à dire qu’elles méritent d’être prises en considération, et, pour donner l’exemple avec le précepte, j’insère ici , malgré mon désir de ménager l’espace , une bonne partie du mémoire que ce géologue distingué lut à l’Académie des sciences, le i8 juin 1849, de la dernière épidémie de choléra. (V. aux Additions^)

La conclusion de M. Boubée, quant au choléra, est : I® que celui-ci se développe d’une manière très-constante sur les points occupés, soit par des terrains tertiaires ou d’alluvion, soit plus généralement par des roches ou des terrains meubles , friables , absorbants , susceptibles de s’imbiber pendant les pluies, et de fournir, sous l’influence de la chaleur, une évaporation abondante et soutenue; 2” que le fléau s’éloigne, au contraire, rapidement, des lieux occupés, soit par des roches dures, imperméables, soit par des terrains meubles mais incapables de donner naissance à d’abondantes exhalaisons. Ces idées sur l’influence de la structure du sol dans les productions des maladies épidémiques et endémiques, ont été reprises par M. le docteur Fourcault, qui a publié son travail, plus général que celui de

M. Boubée, dans un journal politique ; V yéssemhlée Nationale.

La configuration du sol prête aussi à quelques remarques. On dit avoir vu les hautes chaînes de montagnes retarder la marche du choléra ou même l’intercepter complètement (Double). Mais c’est là un effet du hasard, sans doute , et non pas celui d’un rapport de causalité, puisque le choléra a sévi sur les montagnes du Nepaul, sur le plateau le plus élevé de l’île de France et sur les pics de Tartarie. A. Oran, d’après M. Audouard, c’est à la partie culminante du mamelon sur lequel est bâti le fort qui domine la ville, qu’on a perdu le plus de monde. Dans le Var, les communes de Roque-Brussanne, de Sollies-Haute-Ville, du Revest, situées à trois ou quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer, ont eu beaucoup à souffrir.

Tout être vivant meurt pendant sa vie entière, puisque , à chaque minute , il perd une partie de sa substance; et, après le terme de l’évolution vitale, c’est par la surface du sol que se fait le suprême retour de la matière qui a vécu en lui, à la masse commune. L’homme se cache à lui-même le spectacle de sa propre dissolution ; mais l’esprit peut à peine imaginer le nombre d’êtres de toute sorte, végétaux et animaux, qui, autour de lui, nais sent, meurent et se détruisent à la surface de la terre, mêlant leurs invisibles débris à l’atmosphère. Il est des climats puissants et funestes où cette pullulation et cette dissolution s’accomplissent au milieu de vastes eaux croupissantes, dans une mesure prodigieuse, si tant est qu’on ose dire que, dans ces luxuriantes nécropoles, de tels phénomènes ont une mesure* De là peuvent, sous certaines conditions, se répandre dans tous les sens, les

produits de cette décomposition infinie, semant au loin la désolation. Sur une surface de 45,ooo hectares, la France exhale lesmiasmesde la fermentation pahidique. Que sera-ce dans ces contrées où la terre, inondée par des pluies torrentielles, brûlée par les feux perpendiculaires du soleil, n’est pour ainsi dire qu’un immense inaréca£;e. Dès la plus haute antiquité, les hommes apprirent à redouter les effluves marématiques. On regardait certains marais comme la bouche des enfers. Il y avait une déesse Mephitis, à laquelle s’adressait le cidte de la peur, comme aussi dans l’immonde mythologie romaine, figurait un Sterculius.

Ainsi que je l’ai fait remarquer, c’est des contrées équatoriales, foyers démesurés de fermentation pahidique, que nos territoires reçoivent en grande partie les eaux qui les imprègnent. Est-ce aller trop loin, je le demande, que de supposer qu’avec cette vapeur d’eau, ({ui, à de grandes distances, se résout en pluie, des principes malfaisants peuvent se répandre? Limons, immondices de toute sorte, déjections des villes, tributs variés de la décomposition dont la composition fait son profit, souillent çà et là le sol en l’enrichissant, et créent, sur une multitude de points, des foyers à la fois délétères et fécondants. Quelle est dans les grands phénomènes morbifères qui s’accomplissent au sein des airs, la part du défrichement et du déboisement? C’est le moment de rappeler que Clément XI défendit l’exploitation des forêts situées aux environs de Cisterna et de Cermineta, écran naturel qui les garantissait du vent des marais Pontins.

Dans l’ancienne Grèce, défricher des marais voidait dire: faire fortune rapidement. Au prix de quels maux et de quels deuils pour le plus grand nombre, s’édifiait

ainsi la fortune de quelques uns! Quant à la nature des végétaux, dont l’influence, d’après M. Boudin, est prédominante dans la production des fièvres de marais (lymnhémiques decet auteur) (i). « Il est bien remarquable, dit M, Schœnlein, qu’à l’exti'émité occidentale de l’Europe, aux environs de Cadix, où l’on a observé pour la première fois des végétaux américains, là aussi se soit manifesté pour la première fois le typhus américain, »

Que dire de cette prétendue épidémie observée en Pologne, dans laquelle des piqûres d’insectes inconnus étaient promptement mortelles, si l’on ne se hâtait de détruire les parties lésées?... Rien; si ce n’est queM. Ozanam en emprunte le récit aux Éphémérides des curieux de la nature.

Influence des saisons-

« Quatre affections cardinales, dit le savant docteur Fuster, dans son beau livre sur les maladies annuelles de la France, remplissent, sous notre zone, l’année médicale régulière... Nous les avons trouvées catarrhales et bénignes au printemps, bilieuses en été, catarrhales et malignes en automne, inflammatoires en hiver. » Je voudrais pouvoir suivre, dans l’admirable ouvrage que j’ai sous les yeux et que je ferme à regret, l’analyse lumineuse des éléments pathogéniques qui se combinent dans les diverses saisons pour réaliser les constitutions corres-

(!) Il est fort douteux que le miasme producteur des fièvres résulte de la inalière organique décomposée. Il est au contraire permis d’admettre que la faculté pyrétogénésique résulte de la spécialité et non de la décomposition de la matière organique. Les marais favorisent le développement d’un règne organique spécial , lequel varie suivant les climats , d’où variation aussi dans la forme morbide , peste , clio~ léra, fièvre jaune (Boudin).»

pondantes. Je suis inalhenreusement obligé de me borner.

L’hiver ralentit la marche et les effets du choléra. « Cette vérité, ditM. Reynaud, évidemment prouvée par divers écrits sur cette maladie, est fortement corroborée parle choléra qui a régné dans tout le midi de la France en J 83.^. Grave et essentiellement mortel, en juillet et août, à Toulon et à Marseille, on l’a vu perdre peu à peu de ses forces à mesure que ses irradiations s’éloignaient du lieu de leur origine. Les départements du Var et des Bouches-du-Rhône ont été les plus maltraités; ceux des Basses-Alpes, de Vaucluse, du Gard, de l’Isère, etc., n’en ont ressenti que de légères atteintes , parce qu’il n’y a pénétré qu’en automne; enfin les premiers froids l’ont arrêté aux portes de Lyon et de Bordeaux. » Il y a des exceptions à la règle, qui y rentreraient, peut-être, si l’on pouvait les apprécier d’après tous leurs éléments. A Bombay, le choléra régna avec violence durant l’hiver de i8i 8. Là, reprend M. Double, à qui j’emprunte le fait, on a noté que la maladie s’amoindrit ordinairement, ou même cesse entièrement, aux approches des constitutions hiémales, pour reparaître l’été.

Le choléra de i832, à Paris, éclata à la fin de mars, atteignit son maximum en avril, subit une recrudescence en juin, et cessa d’exister à l’état épidémique, à compter du i" octobre. En i84q, le premier décès par suite de choléra a lieu le 7 mars ; en avril, la maladie, irrégulière dans sa marche, hésite, pour ainsi dire, et mesure ses coups; en mai, les décès augmentent; ils s’élèvent à un chiffre disproportionné, en juin; diminuent beaucoup en juillet; augmentent en août, ainsi que dans les dix premiers jours de iseptembre; iet.se réduisent tellement à partir du 18 de ce mois, que, vers octobre, comme pour

i832, on peut dire que l’épidémie est terminée. En Égypte, c’est en février surtout, après les pluies, que la peste sort de dessous terre.

Au sujet de la dyssenterie de Versailles, M. Masselot fait remarquer que, si la maladie est due au développement et à l’absorption d’un miasme, l’effet de la chaleur s’explique facilement. L’épidémie commence à la fin de l’été, parce qu’alors la chaleur ayant desséché les foyers miasmatiques, a favorisé la formation des effluves. Mais, ajoute M. Masselot, si la chaleur continue, l’épidémie cesse, parce qu’elle a besoin d’humidité autan t que de chaleur. « A Constantinople, en Égypte, le commencement des chaleurs amène souvent la peste, la fièvre, la dyssenterie, qui cessent quand la chaleur arrive à son summum d’intensité, pour recommencer quand les nuits deviennent froides et humides. » L’épidémie de Versailles, en 1842, s’est développée plus tôt qu’en i84i, parce cju’il a fait plus chaud et que le foyer a été. mis à découvert plus tôt ; elle a été moins grave parce cju’il s’est desséché plus rapidement. Deux ans de suite, la suette de la Dordogne commença en mai. Celle de Poitiers sévit en juin et redoubla en août. L’acrodynie se conduisit comme le choléra. Elle se manifesta en juin 1828. « L’hiver venu, elle perdit de son intensité; mais, au mois de mars 1829, elle offrit une recrudescence. Elle parut ensuite s’éteindre dans l’hiver de 1829 à i83o. » (Requin.)

La loi, pour les épidémies paludéennes, est celle-ci : elles naissent sous l’influence de la chaleur et cessent avec le froid, momentanément ou définitivement. Il leur faut de l’eau et de la chaleur : les deux conditions de toute fermentation, de toute putréfaction.

J’ajoute ici une indication dont je ne trouverais pas

Ja place ailleurs, vérifiée par M. Reynaiicl, à Toulon, Je l’extrais (lu rapport, tant de fois cité déjà, de M. Double : « L’invasion de la maladie a lieu plus généralement la nuit et vers le matin. »

J’ai rédigé, en dépouillant le Bulletin de V Académie de médecine , un tableau d’épidémies ayant eu lieu en France et réparties suivant les saisons. L(^ voici :

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