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CHAPITRE IXX, — Influence des miasmes de la putréfaction

Ils proviennent de corps vivants, ou de corps privés de vie et livrés à la putréfaction : phénomène hideux et admirable, que la décomposition emploie, dans la nature, à toute seconde et en tous lieux à la fois, au profit de la composition, et qui justifierait cette définition d’Apulée, que : la vie est un détail de mort.

Miasmes de la putréfaction: provenant de corj)s vivants.

Il y a deux mois environ , j’avais dans une de mes salles, au Val-de-Grâce, un cachectique affecté d’un profond et sanieux ulcère à la l égion inguinale. Je le voyais tous les matins, lorsque la vaste excavation phagédénique avait été découverte et détergée, et lorsque l’air autour du malade et dans la salle entière avait été renouvelé, selon les presciiptions réglementaires. Il n’y avait, du reste, rien à tenter pour la guérison de celte plaie; celui qui la portait, tombé dans la cachexie slrumeuse la plus caractérisée , était dévolu à la mort. Je m’aperçus bientôt d’un changement défavorable sur-

venu généralement dans la santé des hommes (c’étaient des vénériens) de la salle où se trouvait celui dont je viens de parler. Les ulcères ne se cicatrisaient pas; loin dehà, ils s’étendaient et prenaient un mauvais aspect, tandis que les mêmes lésions suivaient la marche ordinaire dans la salle voisine. Il v avait des embarras sastriques; et même, chez un jeune homme robuste, un état typhoïde, assez menaçant, se manifesta. L’idée me vint alors que mon cachectique pouvait être un foyer d’infection pour tous les malades de la salle. A vrai dire, celte idée m’était déjà venue, et j’avais voulu isoler le malade. Mais il m’avait supplié de le laisser avec ses camarades, redoutant, comme d’instinct, cet isolement, image réduite de la grande solitude vers laquelle il s’acheminait; et ses camarades eux-mêmes, habitués à lui (c’était le plus ancien malade de la salle), avaient joint leurs prières aux siennes. J’avais cédé, et j’avais eu tort. Il fut avéré que, la nuit, l’atmosphère de la salle était infecte. Rien ne m’arrêta. Le cachectique fut isolé, dans un cabinet particulier, bien aéré, avec toutes sortes de ménagements et de petits soins, pour lui rendre sa position moins pénible. Ses camarades, d’ailleurs, allaient le voir, car il y a un grand fonds de bonté et de naïveté chez les soldats. Le jeune homme qui présentait des symptômes typhoïdes fut évacué dans une autre salle de la division, où il fut soumis, avec succès, à un traitement par les évacuants réitérés et par les toniques. La salle fut arrosée de chlore, et on laissa les fenêtres ouvertes le plus longtemps possible. Les malades, à peu d’exceptions près, pouvaient descendre dans les couloirs pour s’y promener, en sorte que l’aération était parfaite. Ces mesures eurent le meilleur effet. Les em-

barras gastriques disparurent; les ulcères prirent un meilleur aspect, etc., etc. Voilà le commencement d’une épioïxie typhoïde. Voilà comment nai.ssent les typhus, et comment, au milieu, bien entendu, de circonstances favorables, il est possible et facile de les arrêter.

Miasmes de la putréfaction cadavérique.

Personne, autant que M. Pariset, n’a insisté sur l’influence de ces miasmes. 11 a écrit à ce sujet des pages brillantes, dans son mémoire sur les causes de la peste, œuvre lyrique plus que médicale. Son imagination avait été frappée. Un Arabe, étendant la main, lui avait montré de vastes plaines occupées souterrainenient par des populations innombrables d’hommes et d’animaux de toute espèce. Il avait pénéti é dans ces souterrains, dans ces grottes, toutes pleines de témoins muets du règne des Pharaons, et conservés depuis des milliers d’années. M. Pariset avait vu ces immenses nécropoles et il s’était dit qu’d y avait sans doute une intention hygiénique dans Cette vaste prophylaxie de la putréfaction, au moyen de l’embaumement. D’un autre côté , il avait vu dans l’Egypte moderne, les cadavres des animaux abandonnés dans les rues à la police famélique des chiens vaguants et des oiseaux de proie; le Nil remuant les cimetières et rejetant les cadavres humains à la surface de la terre; les habitations partagées entre les vivants et les

morts Et, de ces faits, il avait tiré la conclusion que

l’Egypte ancienne se préservait de la peste, en empêchant, de tous points, la putréfaction animale, et que l’Egypte moderne, livrée aux miasmes cadavériques, était, pour cette raison, ravagée à bref intervalle par ce fléau.

Conclusion spécieuse, conclusion vaine; car il fallait tenir compte, avec Papon, des autres causes d’insalubrité, bien plus importantes, bien plus générales, qui établissent une si grande différence entre l’Egypte ancienne et celle que nous voyons se relever si laborieusement du fond- de la ruine et de la barbarie. Et M. Pariset luiinéme ne nous a-t-il point parlé de prodigieux amas d^ininiondices l miasmes de la putréfaction ani-

male ne produisent pas la peste. Ils produisent le typhus. Un élève en médecine vide un cadavre ; il respire, à pleins poumons, durant cette répugnante opération, les miasmes de la putréfaction cadavérique avancée. Le soir même, des accidents typhoïdes suraigus font explosion chez ce malheureux jeune homme, et il meurt le surlendemain. 3e cite ce fait d’après M. Auzias-Turenne, cpii me l’a raconté. La victime était un de ses élèves. Voilà ce que peuvent produire, à des degrés divers, les miasmes de la putréfaction cadavérique. Mais, ne l’oublions pas, si l’on en jugeait par une foule d’exemples, on n’accuserait pas ces miasmes. Voyez les équarisseurs , les boyaudiers, les garçons d’amphithéâtre, etc. Ambroise Paré avait déjà fait cette remarque. Je le cite encore : ce ne sera pas sans intérêt pour le lecteur.

« Or, si quelqu’vn vouloit obiecter, disant que si la putréfaction de l’air est cause de la peste, il s’ensuiuroit, par nécessité, qu’en tous lieux où il y a charognes, estangs, marescages, ou autres lieux putrides, la peste y seroit toujours, à cause que l’air reçoit facilement putréfaction ; aussi que toute putréfaction, quand elle est entrée au corps par inspiration, engendreroit la peste; laquelle chose est contre l’expérience, comme l’on voit en ceux qui habitent et fréquentent és lieux putrides,

comme és poissonneries, escorcheries, cemetieres, hospitaux, cloaques et tanneries ; aussi és laboureurs qui manient et meuuent les latrines et plusieurs autres choses semblables. A cela faut responclre, que la putréfaction de la peste est bien différente de toutes autres putréfactions, pour ce qu’il y a vue malignité cachée et invisible, de laquelle on ne peut donner raison, non plus que l’aimant qui tire le fer, et plusieurs médicamens qui attirent èt purgent certaines humeurs denostre corps. Pareillement la malignité occulte qui est en ceste putréfaction pestiférée, n’est point aux autres choses corrompues de corruption ordinaire, lesquelles toutefois, en temps de peste, se tournent facilement en semblable malignité, tellement que toutes les apostumes, et fièvres putrides, et autres maladies procédantes de putréfaction en temps de peste, se tournent facilement en telle corruption extraordinaire, et du tout estranges. »

CONCLUSIONS GÉNÉRALES SUR l’etiologie j>es épidémies.

I . Les maladies épidémiques, infectieuses, c’est-à-dire produites par des miasmes individuels ou extra-individuels, son distinguées en maladies épidémiques paludéennes ou lymnhémiques, et en maladies épidémiques typhoïdes, ou d’origine animale.

2. Les premières sont : la peste, la fièvre jaune, le choléra, les fièvres intermittentes de tous types. Les se-

condes sont • le typhus, la fièvre typhoïde épidémique, la dyssenterie, etc.

3. Les formes de ces deux classes peuvent, dans quelques cas, se rapprocher et se confondre, à raison probablement de la complication des circonstances étiologiques, qui, dans le même lieu et contre lès mêmes individus, peuvent unir leurs influences différentes.

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