TITRE PREMIER
CAUSES PRÉDISPOSANTES.
Quelques-unes de ces causes, comme on le verra tout à l’heure, ont force spécifique : j’entends dire qu’elles suffisent à la production de la maladie. Mais ce qui les distingue généralement c’est de prédisjioser l’économie à subir, à son détriment, l’influence d’une cause sui generis. Les auteurs s’accordent généralement à reconnaître que la plupart des épidémies ne dépendent pas seulement des causes actuelles, mais que leur apparition a été préparée par une succession de circonstances ayant produit une prédisposition que celles-ci ne font que développer. C’est, pour ainsi dire, la mesure qui se comble. « Aussi, dit M. Chomel, a-t-on lieu de remarquer souvent que les nouveau - venus sont généralement préservés, et que l’épidémie sévit en particulier sur les anciens habitants. » La cause la plus favoi-able au développement des épidémies, suivant M. de II umboldt, se rencontre dans un type uniforme et longtemps continué des phénomènes météorologiques. Desgeneltes, Larrey, Pugnet, particulièrement M. Rrayer, portent témoignage a l’aj)pui de ce fait important, qui en explique d’autres extrêmement curieux, inexplicables autrement; et, par exemple, comment des
individus, éloignés actuellement d’un foyer épidémique, par cela seul qu’ils avaient vécu longtemps dans ce foyer, avant le développement delà maladie, en furent atteints, et seuls atteints , dans leur résidence nouvelle, exempte de toute infection semblable? Le fléau natal les avait marqués à Tavance du sceau de la destruction , et, si l’on peut s’exprimer ainsi, ils tombaient sous ses coups sans en être frappés. C’est ainsi que fut décimée, dans la peste de Nimègue, la famille Van Dams, dont Diemerbroeck nous a conservé la lamentable histoire. « Le père, craignant la peste pour ses deux enfants, les envoya à Gorcum,en Hollande; le troisième resta avec lui à Nimègue. Les deux enfants qui étaient à Gorcum, où la peste n’existait pas, restèrent pendant trois mois dans un état de santé parfait. Mais tout à coup, ils furent pris de la peste, et moururent à une époque peu éloignée de celle où le père et son troisième enfant succombaient de la même maladie à TVimègue. » — « Une chose vraiment étonnante, dit Évrague, en parlant d’une épidémie de peste à Antioche, c’est que lorsque les habitants d’une cité désolée par l’épidémie se trouvaient absents et dans des lieux où la maladie ne régnait pas, ils en étaient seuls attaqués. » De son côté, Procope nous apprend que la peste de 5/|2 (celle que l’on a regardée à tort comme la première peste dont l’histoire fasse mention) <.( infectait de son venin, dans une ville saine, les personnes qui étaient nées dans celle où elle exerçait ses ravages.» Même remarque faite par Vitoduranus lors de la peste noire dont il a tracé le tableau. Quelles plus grandes preuves de la puissante influence des causes prédisposantes ! C’est à se demander si ce n’est pas la cause spécifique elle-même, longtemps
muette et comme en réserve , qui a agi clans ces divers cas ?
Mais laissons, c{uanl à présent, cette c[uestion. Ce cjui doit rester de nos remarc|ues, c'est que les causes prédisposantes ont une notable importance. Nous allons les étudier individuellement dans l’ordre suivant : i" elles sont propres à l’individu ; elles agissent sur lui du dehors.
1''* Section.
CAUSES PRÉDISPOSANTES PROPRES A e’iNDIVIDU.