‹ Des épidémiesChapitre 8 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

Si l’on décompose ce tableau en deux colonnes inégales^ comprenant l’une sept âges, de l’âge de 20 ans à celui de 26 ans; l’autre huit âges, de Jo à 19 ans, et de 27 à 38, on trouve pour la première colonne, qui comprend le moindre nombre d’âges, loi cas, et seulement i3 cas pour la seconde.

Dans l’épidémie de Paris, en 1848-1849, observée par M. Lévy, sur 53 malades, il y eut 38 individus de 17 à 25 ans, et i5 de a5 à 3i.

A Lille, sur 20 malades, il y en eut 1 7 de 22 à 24 ans, et 3 de 25 à 27 ans (Maillot. 1848).

Les résultats de MM. Laveran, Faure, Lalanne', Martin, Pingrenon, Paul, Rollet, sont conformes aux précédents.

Faut-il reconnaître là l’influence de l‘âge ? On le dirait assurément. Mais voici une donnée qui présente la question sous un autre aspect ; «La prédisposition si prononcée

des militaires à contracter la méningite, résulte, non de leur âge, mais de leur arrivée récente au corps ; en d’autres termes, de leur non acclimatement. » (Boudin), En laissant de côté la question d’acclimatement, il faut reconnaître que cette conclusion paraît fondée : en sorte que, bien loin d’obtenir ici, quant à l’âge, un résultat positif, qui paraissait de toute évidence, nous arrivons, au contraire, à un résultat négatif ou au moins équivoque.

« A Belfast (Irlande), la méningite n’atteignit que des garçons de 7 à 12 ans, travaillant dans les ateliers. » (R. Mayne. Boudin.)

Pour la suelte, le résultat est tranché. Ici, la jeunesse serait bien positivement une cause prédisposante.

M. Pairot, auteur d’une histoire remarquable de la suette qui a régné dans la Dordogne en i84i et 1842, histoire que M. Martin Solon a justement louée dans un rapport à l’Académie de médecine, rapporte que :

« Sur 597 sujets, un seul avait i i ans et aucun n’était au-dessous de cet âge, et, à part 18 individus âgés, l’un de 38 ans, 2 de 3g, i de 43, i de 44? 2 de 45, I de 46, I de 47» ‘ tle 4^, i de 5j, i de Ô2, i de

53, I de 54, I de 56, i de 67, i de 66 et i de 67, les

autres étaient tous entre 18 et 35, sauf i seul, âgé de 17 ans. Les cas les plus nombreux appartenaient à des sujets de 25 à 32 ans. »

Dans la commune de Saint-Georges {Épidémie de Poitiers, par M. Gaillard), sur 33 malades, aucun n’avait moins de 20 ans ; i seul en avait plus de 60. I.,es autres se partageaient ainsi : 12, de 20 à 3oj 10, de 3o à 4o; 7? de 4o â 5o; 3, de 5o à 60. Ainsi, sur

33 malades, 22 de 20 à l\o ans : exactement les deux

tiers du chiffre total. Dans la commune de Migné {ibid), ayant 2,124 habitants, sur i23 malades, il y en eut : 9, de 17 à 20 ans;, 20, de 20 à 3o; 3q, de 3o à 4o; 36, de 4o à 5o; 17, de 5o à 60 ; 2, de 60 à 64.

Dans l’épidémie de Millau et de Creissels (Aveyronj, décrite par M. Ti inquier, la maladie a surtout affecté les individus de 2 5 à 5o ans. Toutefois, l’épidémie de Lubeck, observée par Wagner, fut remarquable en ce qu’elle attaqua principalement les enfants, à l’inverse de celle de Guise, en juin et juillet de l’année 1759, décrite par Vaudermonde, qui épargna en général les enfants aussi bien que les vieillards. Celle de Beaumais etCrocy, en 1772-1773 [Lcpecq delà Clôture) sévit sur les enfants au-dessus de 7 ans, aussi bien que sur le reste de la population , hormis les vieillards dont un seul fut attaqué et s’en tira. L’acrodynie , cette étrange maladie qui régna à Paris en 1828 et 1829, et qui ne disparut, de plus en plus atténuée, qu’en i83i et 1882, comme pour faire place au choléra, dont on pourrait la considérer peut-être comme un avant-coureur ; l’acrodynie fut plus commune dans l’âge mûr et la vieillesse que dans la première moitié de la vie.

On avait nié que le croup pût sévir épidémiquement, et M. Double, ayant analysé les épidémies qualifiées de croupales par Ghisi, Rosen, Van Berghen, Walhbom, Salomon, Zobel, etc., s’était assui’é que la plupart disparaissaient devant un examen rigoureux. Mais de nouveaux faits, dit M. Bricheteau, dans son Précis analytique du croup, ont dû changer l’opinion des médecins à cet égard. « Tandis que Jurine, si savant et si judicieux, observait une épidémie de croup à Genève, en 1808, Golis en constatait en même temps l’existence à

Vienne; et certes, si le croup n’eiit pas été épidémique à Genève, un seul médecin (Jurine), n’eût pas observé en dix mois vingt fois cette maladie. »

M. Félix Boudet, de si regrettable mémoire, dans un travail couronné par la Faculté de médecine {Histoire de l’épidémie de croup qui a ré^né en i84o et au commencement de i84ï^ à riiôpilal des Enfants de Paris), établit que, dans le croup sporadique, c’est de 2 à 5 ans que l’affection est le plus commune, et qu’elle va ensuite en diminuant progressivement de fréquence jusqu’à l’âge de i3 ans. « Ce chiffre, ajoute ]M. Boudet, s’accorde avec ceux qui ont été produits jusqu’ici par la plupart des auteurs. Mais il faut noter que les enfants de 2 à 5 ans étant plus exposés aux maladies en général que ceux d’un âge plus avancé, sont habituellement plus nombreux à l’hôpital de la rue de Sèvres, que les derniers. » Sous l’influence épidémique l’ordre de fréquence tendrait à changer. « Dans l’épidémie de croup de 1 840- 1841, dit M. Boudet, la proportion des individus de 12, i3 et i4 ans a augmenté, ce qui tendrait à faire penser que sous l’influence épidémique le croup a plus de tendance à se manifester chez des individus d’un âge plus avancé que lorsqu’il est simplement sporadique.»

Toutefois, dans l’épidémie observée par Jurine , et comprenant 28 cas, la maladie fut plus commune chez les sujets de i an à 5 ans, à peu près comme dans le croup sporadique. Voici le tableau qui en fait foi :

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