Des espérances de L'Italie
Je n’étais encore qu’un enfant quand je compris que ma patrie, cette belle Italie, que ses nombreuses gloires, bien plus que les délices de son beau climat, ont rendue enviable h tous et partout, était tombée du faîte de sa gloire au fond de la misère; et je me (Is dès lors un devoir sacré de concourir de toutes mes forces à la relever de son abaissement. Animé par cet orgueil confiant qu’inspire la jeunesse, je remerciais la Providence de m’avoir fait naître au milieu de la génération qui me paraissait appelée à accomplir l’œuvre de régénération. J’ai donc tout rêvé , tout espéré pour atteindre à ce but, et je me suis constamment tenu prêt à m’associer à tous ceux qui s’y achemineraient, peuples, rois, pontifes, n’importe; car, je peux le jurer devant Dieu, jamais je n’ai su concevoir le moindre sentiment de haine contre qui que ce soit , pas même contre ceux qui m’ont fait payer si cher mon dévouement à une cause sainte. J’étais heureux de pouvoir répéter dans mon âme ces paroles que je ne suis pas digne de prononcer : Ignosce, pater, quia nesciunt quUl faciunt.
Mais l’inutilité de toutes les tentatives déjà faites, et l’expérience acquise par un long séjour à Paris, m’ame-
II PRÉfACE DU TRADUCTEUR,
lièrent à sacrifier, l’un après l'autre, tous mes rêves, toutes mes espérances juvéniles à une idée que je regardais et que je regarde encore comme le rêve, l'espérance de l’âge mûr. C’était l’idée de cette confédération italienne qui a donné naissance à deux excellents ouvrages : Del Primato morale e civile delV Ilalia , par M. Gioberti; Belle Speranze d'Italia, par M. Balbo.
Aussitôt je me mis à la caresser, à la répandre dans mes relations au dehors comme au dedans de la Péninsule. Je iis plus. Chargé, il y a presque quatre ans, d’écrire la préface d’une chronique qui devait être publiée AmsVJrchivio storico i/aliano, à Florence, je saisis cette occasion pour tâcher de donner à mon idée chérie une publicité quelconque.
Cette préface n’ayant pas été imprimée, dans ta crainte, peut-être, qu’elle n’attirât à YJrchivio storico le même sort qu’eut à subir V.lntologia (1) , j’insistai pour qu’elle fût insérée dans quelque journal périodique ; j’en envoyai , à cet effet , des copies dans d’autres villes de l’Italie; mais rien ne me réussit.
Je lui donne place aujourd’hui eu tète de la traduction du présent ouvrage, non dans la sotte prétention de réclamer la priorité d'une pensée qui, depuis quelque temps', est devenue presque vulgaire , mais pour prouver à mes compatriotes la sincérité de mon adhésion aux vœux si savamment exprimés par les deux illustres écrivains qui ont pris la tâche de la développer, et dont je me déclare le disciple le plus reconnaissant.
(I) CVst ainsi que ies censures et les polices, en ne permettant à aucune opinion, même la plus modérée, de se faire Jour parmi le public . SC font les auxiliaires les plus utiles des conspirateurs.