‹ Des espérances de L'ItalieChapitre 2 sur 31 · NATIONALE · texte numérisé non relu

NATIONALE

DE L’ITALIE

L’une des questions les plus difficiles à résoudre que présente l’histoire d’Italie, c’est, à mou gré, celle-ci : Comment se fait-il que l’Itnlie qui , possédant les deux grandes unités de l’empire romain et’du catholicisme, était, sans contredit, la plusriche en moyens de centralisation, n’ait pas pu, au sortir du moyen âge, ressaisir son unité nationale?

Je sais que plusieurs historiens fort distingués ont essayé d’y répondre, Machiavel entre autres ; mais la solution n’a pas encore été trouvée ; et c’est peutêtre parce que le génie de ce grand homme la chercha là où elle n’était pas, que ceux qui vinrent après lui s’y trompèrent comme lui.

D’ailleurs, comme elle n’existe pas dans telle ou telle cause particulière, mais dans l’ensemble général des révolutions subies par l’Italie , c’est-à-dire , dans le développement de tous les éléments de sa civilisation et de celle des peuples qui l’ont reçue d’elle, il était presque impossible à qui que ce soit de résoudre cette question, avant que le flambeau de la critique, que Machiavel porta le premier dans l’étude de l’histoire , eût éclairci les ténèbres dont elle se trouvait enveloppée.

DB l’unité nationale

Je crois avoir en main le fil qui conduit à cette solution; mais, pour que chacun pût m’y suivre, force me serait d’exposer ici les Tableaux historiques de la civilisation païenne et chrétienne^ auxquels j’ai consacré et je consacre tous mes loisirs. Un jour viendra peut-être où je pourrai soumettre ce travail au jugement du public. Pour 1e moment je ne ferai qu’énoncer quelques idées générales concernant cette importante question, à la solution de laquelle nous conduisent, mieux que les histoires, les chroniques des différentes époques.

La chronique de Gagnola est i’un des guides les plus sûrs.

Nous ne voulons pas dire que Gagnola ait eu la pensée d’expliquer la véritable cause qui empêchait l’Italie de ressaisir son unité nationale, à l’époque où presque tous les peuples , soumis autrefois à l’empire romain , s’acheminèrent plus ou moins vite vers ce grand but, qui est encore loin d’être atteint. G’est, au contraire, parce que notre chroniqueur ne s’en doutait pas et qu’il entendait l’histoire d'Italie ainsi qu’il était donné de l’entendre à un soldat do quinzième siècle, qu’il a pu nous laisser ce précieux document.

li fhit remonter sa chronique jusqu’à l’empereur Gonstantin , comme pour nous avertir que l'unité italienne , qui avait coûté aux Romains sept siècles de sanglants combats et trois siècles d’affreuse dictature, commença peu à peu à se briser , dès que le siège impérial fut transféré à Constantinople.

Il est à propos d’observer ici que l’empire romain ne fut, au bout du compte, que la dictature romaine devenue permanente quand le désordre était à Rome

DE l’iTALIE.

devenu permanent ; ce qui dépendit principalement , exclusivement peut-être , de ce que le peuple romain ne sut pas trouver des institutions représentatives qui eussent pu constituer en nation, je ne dis pas tous les peuples qu’il avait subjugués, mais au moins ceux de la Péninsule : an lieu de cela il leur octroya les droits de bourgeoisie, ce qui ne pouvait qu’instituer l’anarchie.

Cela prouve jusqu’à l’évidence que l’habileté politique de Rome , qui l’emporta, sans le moindre doute, sur celle de toutes les cités du paganisme, avait trouvé le moyen d’amener la civilisation de plusieurs peuples au point où les vertus païennes pouvaient l’amener, de y agglomération inclusivement jusqu’à une certaine assimilation -J mais qu’elle fut impuissante à' la pons-^ ser jusqu’à l’association y pour laquelle les vertus chrétiennes étaient nécessaires.

Maintenant, revenons à notre chroniqueur : il ne se plaint point de la translation du siège impérial à Constantinople : il se borne à nous nommer les empereurs qui régnèrent depuis Constantin, les chefs des barbares qui envahirent , à plusieurs reprises , l’Italie , et quelques-uns des généraux , des princes et des papes qui contribuèrent à les en chasser. Il ne dit pas on root sur les transformations de toute sorte que l’Italie subissait à chacune de ces grandes crises.

Mais les chroniques ont cela de particulier, qu’elles instruisent également par ce qu’elles disent et par ce qu’elles ne disent pas. Seulement, pour bien les comprendre, il fant se rappeler certains faits historiques, souvent oubliés par cela même qu’ils sont les moins susceptibles d’être sérieusement contestés.

DE l’UNIïÉ NATIO.NALE

Huit cents ans après Constantin, au commencement du douzième siècle , tout ce que les grandes vicissitudes amenées par tant d'invasions laissaient enencore debout en Italie de l’empire qui se mourait , allait disparaître;

I" Devant l’action croissante du catholicisme , qui avait été et sera toujours, quoi que certains papes aient pu faire , une protestation vivante contre toute usurpation des droits des peuples ;

11° Devant les anciennes libertés, non pas seulement municipales, mais républicaines , que la dictature de Rome n’avait pu anéantir, et qui se relevaient vigoureuses du milieu de leurs ruines;

III° Devant la royauté réorganisatrice , qui , pour n'avoir pu se faire jour dans la Péninsule tout entière ,u’avait pas poussé moins ses racines partout où la semence en avait été répandue.

A coup sûr, une des plus belles gloires de l’Italie est de ne s’étre pas laissé complètement dompter par les barbares.

C’est ainsi qu’elle a pu rattacher l’ancien monde au nouveau, et devancer tous les autres peuples dans cette longue et pénible lutte contre les obstacles jetés, par la dictature romaine d’abord, puis par la barbarie germanique, à travers le cours de la civilisation.

C’est ainsi qu’elle a pu renforcer les anciens éléments de civilisation, expérimentés insuffisants, à l’aide des éléments nouveaux que le Christ vint apporter à l’humanité défaillante.

C’est encore ainsi qu’elle a pu donner au monde l’incomparable spectacle de son immortelle littérature

vu

DE l'iTALIE.

au treizième siècle, et de sa suprématie dans les arts et dans les sciences au seizième.

En mettant de côté la partie qui tient à l’identité de la nature humaine, il ne serait pas difficile de démontrer que , de tout ce qu’on ne saurait méconnaître d’homogène dans les croyances, les mœurs , les institutions, les lois, les arts, les lettres, les sciences de tous les peuples de l’Europe et de ceux qui ont été éclairés par l’Europe, les trois quarts au moins sont dus à la puissance créatrice et propagatrice de Rome païenne et de Rome chrétienne.

Qui a produit ce grand mouvement du moyen âge, si ce ne sont les traditions vivaces de Rome républicaine et les constants travaux de Rome catholique ?

Une seule des républiques italiennes du moyen âge, telle que Florence, fit plus d’efforts pour avancer la civilisation moderne , que tous les peuples réunis de l’autre côté des Alpes, à cette époque.

C’est donc , je le répète, une des plus belles gloires de l’Italie de ne s’être pas laissé complètement dompter par les barbares. Mais cette gloire lui a coûté cher, elle lui a coûté d’être restée divisée.

Quand l’empire romain , qui, tout excentrique qu’il était devenu , avait pu conserver au moins l’ombre de l’unité italienne, allait définitivement se retirer devant ses adversaires, il n’y avait, parmi ceux-ci, que la royauté qui eût pu se mettre à sa place. La royauté , repoussée d’abord par les forces qui restaient encore à cet empire mourant, fut ensuite brisée par les armes non viables en elles-mêmes d’un autre empire que Rome catholique essaya d’inaugurer, puis enfin, entravée par les vieilles libertés qui, dans la vigueur

vin DE l’unité nationale

d’une nouvelle jeunesse, faisaient échouer toute tentative d’agglomération nouvelle.

La royauté succomba, et l’Italie demeura telle que notre chroniqueur s’efforce de nous la peindre, avec des couleurs très-pâles au commencement , pâles ensuite, assez vives quand il arrive aux faits qui iui ont été racontés par des témoins contemporains , et très-vives, sinon tout à fait vraies, lorsqu’il raconte luiméme ce qui s’est passé sous ses yeux.

L’Italie était, ainsi que le Dante nous l’a dit :

« Nave senza nocchiero in gran tempesta. >.

Et pis encore; car tout pilote était devenu impossible.

D’où pouvaibelle l’attendre?

Non certes du dehors, après l’expulsion, providentiellement nécessaire, des Goths et des Lombards.

Notre chroniqueur ne daigne même pas s’arrêter un instant sur les tentatives faites par les empereurs allemands, qui pourtant prétendaient succéder aux empereurs romains , et que la cour de Borne avait mis en possession de plus d’un tiers de la Péninsule. Tant il lui parait naturel qu’ils n’aient pas eu la moindre chance de réussite , même pendant le séjour des papes à Avignon.

Or, si la ligue de quelques villes lombardes , si parfois seulement une ville italienne de troisième ordre, telle qu’Ancône, sufhsait à déjouer les plans de ces puissants empereurs qui disposaient déjà de plus d’un tiers delà Péninsule, en même temps qu’ils étaient favorisés dans les deux autres tiers par le parti gibelin , d’où serait venue de l’autre côté des Alpes une force capable.de réunir l’Italie ?

DE l’ITALIE. IX

Reste donc à voir si cette force pouvait se trouver dans son sein.

Pour tous ceux qui comprennent tant soit peu la nature de cette force, le plus grand foyer qui pût s’en former en Italie au commencement du douzième siècle, fut, sans doute, la monarchie normande, qui, dans sa jeunesse, parvint à réunir les Deux-Siciles et la Marche d’Ascoli, et put, à elle seule , tenir tète, en même temps , à l’empereur d’Orient , à celui d’Allemagne et au pontife romain, tous les trois coalisés contre elle.

De plus, le fondateur de cette monarchie avait osé s’intituler : Roi d’Italie.

Pourquoi donc cette jeune monarchie tourna-t-elle ses armes victorieuses vers la conquête de provinces d’outre-mer plutôt que de les employer à s’étendre sur le continent ?

Parce que les papes l’en empêchèrent : telle est la réponse que j’entends faire de toutes parts.

Certes les premiers à s’y opposer eussent été les papes, si elle l’avait tenté; et cela par la simple raison que le territoire de l’Église était géographiquement le premier qui aurait eu à souffrir de son agrandissement. Mais qu’était à cette époque le territoire de l’Église ? Les papes étaient- ils alors véritablement maîtres de ce qu’on appelle aujourd’hui l’État ecclésiastique? N’étaient-ils pas eux-mêmes en guerre continuelle pour l’arracher à tant de petits tyrans , qui pour leur propre compte auraient opposé la résistance la plus acharnée aux rois normands ?

Mais supposons que ceux-ci se fussent emparés de Rome. Croit-on qu’ils eussent pu y faire renaître toute

X DE E'UNITK nationale

cette prodigieuse force militaire, à i’aide de laquelle les Romains étaient parvenus à subjuguer l’Italie au bout de cinq siècles?

Car il ne faut pas s’y tromper, au fur et à mesure que l’empire romain se retirait , l’Italie redevenait , sous des formes différentes , ce qu’elle avait été avant d’avoir été conquise par la République romaine; et, peut-être, cette fois-ci sa conquête eût-elle été même plus difficile. A chaque pas on y rencontrait une ville; et chaque ville, habitée non pas par un petit nombre de maîtres et une foule d’esclaves, mais par des citoyens tous également intéressés , tous également prêts à donner leur vie pour sa défense, était une place de guerre capable d’arrêter, de ruiner une armée. Comment les rois normands se seraient-ils seulement approchés des villes toscanes? des villes des légations? des villes lombardes? si un petit nombre de ces dernières suffit plus tard pour arrêter les progrès de leurs successeurs, qui réunissaient à la force de la monarchie sicilienne celle encore plus grande de l’empire d’Allemagne? Qu’auraient-ils pu faire contre les républiques de Florence, de Gênes et de Venise, qui, tout impuissantes qu’elles étaient elles-mêmes , pour s'agrandir sur le continent , possédaient des moyens inépuisables pour leur défense intérieure et pour des conquêtes éloignées ?

Non : si les rois normands n’ont pas essayé de réunir l’Italie, ce n’est pas absolument parce que les papes les en ont empêchés , c’est parce que l’Italie était telle, que la pensée seule de le tenter eût été une folle.

C’est pour cela que notre chroniqueur ne prend aucun soin de nous entretenir de l’origine de cette

DE l’ITALIE.

monarchie ; et quand il en parle dans la suite, il nous la montre dans un tel état de faiblesse, que, bien loin de pouvoir songer à s’étendre, c’est avec beaucoup de peine, et seulement par le secours de ces mêmes forces qu’il lui aurait fallu renverser, qu’elle pouvait venir à bout de contenir, tantôt l’un, tantôt l’autre des hauts barons qui possédaient les trois cinquièmes de sou territoire.

Or, si la monarchie sicilienne n’eut jamais la moindre chance d’atteindre ce but, quelle autre puissance intérieure aurait pu l’avoir?

Serait-ce la papauté? Mais le pouvoir temporel des papes, toujours privés de la force des armes, ainsi que de l’énergie de la jeunesse , ne franchissait d’ordinaire que très-faiblement les murs de Rome , s’abritait souvent derrière les remparts du château Saint- Ange, et parfois disparaissait tout à fait.

Serait-ce la république de Florence? Par son industrie et par son commerce, elle avait subjugué l’Europe, et ne put jamais, par ses armes, subjuguer d’une manière stable une seule de tant de petites républiques qui l’entouraient.

Serait-ce celle de Gênes? Ses flottes parcouraient hardiment les mers; mais elle ne porta jamais son regard au delà de ses montagnes, si ce n’est pour y chercher un drapeau qui pût la mettre à l’abri des attaques des siens.

Serait-ce la république de Venise? Maîtresse des mers , elle put arrêter à l’isthme de Corinthe les triomphes des Turcs, et forcer en même temps Trieste en dépit de l’empereur d’Allemagne, mais elle ne put jamais franchir l’Adda.

XII DE L’DMTÉ nationale

Serait-ce Milan? Mais ses ducs, malgré i’éclat de quelques-uns d’entre eux, contraints toujours d’opter entre la souveraineté du peuple et la suzeraineté de l’Empire, ne cessèrent jamais de se débattre sous les coups, tantôt de l’un, tantôt de l’autre.

Non : l’Italie n’avait pas dans son sein une force capable de la réunir; et, si quelques historiens ont dit le contraire, ne les croyez pas. Ajoutez foi plutôt aux chroniqueurs qui n’aimaient pas à faire de belles phrases, et peignaient l’Italie telle qu’elle était.

Il est vrai que notre chroniqueur, lui aussi, parle d’un rêve de ce genre qu’on attribua une fois aux Vénitiens, une autre fois au duc de Milan; mais, d’après ce qu’il en dit , ce n’était qu’un épouvantail mis en avant pour susciter plus d’ennemis au duc et aux Vénitiens.

Du reste, il suffît de lire sa chronique pour se convaincre qu’aucun des différents centres de pouvoir, parvenus à se former en Italie, ne pouvait même concevoir la pensée d’absorber tous les autres.

Bien loin de là, en y réfléchissant avec plus d’attention , on s’aperçoit que ces divers centres ne possédaient aucune force de cette espèce, qui fût vraiment à eux. Elle était tout entière dans les mains des Condottieri. Libres comme ils l’étaient de quitter la solde d’un État pour accepter celle d’un autre , on les voyait , dans la même année, prendre une ville pour un État, et la reprendre pour un autre, souvent aussi pour leur propre compte, et quelquefois rien que pour la livrer au pillage de leurs soldats; ce qui s’appelait : Récréer l'armée.

Je suis plus que persuadé que, si nous autres Ita-

liens, nous voulions considérer les maux qui affligent notre patrie d’un œil un peu moins dédaigneux , la chronique de Cagnola suffirait , à elle seule, pour nous faire revenir de cette erreur où nous avons vécu depuis si longtemps, sur la cause qui a empêché l’Italie de se reconstituer en nation.

Ainsi, au lieu de jeter des cris impuissants contre les papes et les rois, et de regretter la chute des républiques de Florence, de Gênes et de Venise, nous nous réjouirions plutôt de voir les véritables causes de ces maux presque disparues par l’existence d’un royaume des Deux-Siciles, d’un État de l’Église, d’un grand-duché de Toscane, d’un royaume Sarde, et même d’un royaume Lombardo-Vénitien , qui n’appartiendra pas toujours à l’Autriche.

Et maintenant qu’uNE Italie est devenue, nonseulement possible, mais facile, nous attendrions, avec cette longanimité qui sied si bien aux Allemands, que les princes d’Italie veuillent enfin, dans l’intérêt des peuples tout aussi bien que dans celui de leur propre dignité (pour ne rien dire de leur sécurité), s’occuper sérieusement d’une confédératiox italienne.

C’est, à notre avis, pour l’Italie, la seule réorganisation politique qui serait en harmonie avec son passé, son présent et son avenir, celle par conséquent que l’on devrait préférer même à la plus désirée (l).

P. Léopabdi.

(I) Bien entendu, pourtant, que la contédération fût de nature h reconstituer sur des bases solides i’unité nationaie des différents peuples de ia Péninsuie, et que i'on ii’cA fit pas dépendre ta réa-

XIV DE l’unité nationale DE l’iTALIE.

lisation d’un remaniement général de l’Europe plus ou moins problématique.

Nous croyons avec l’auteur de ce livre que la chute de l’empire ottoman est inévitable , mais nous ne saurions , au moins d’une manière aussi absolue qu’il parait le laire, y rattaclier l'avenir tout entier de notre patrie.

Il peut bien arriver que Constantinople , qui Jadis eut une si large part à la dissolution de l’unité nationale de l’Italie, contribue un Jour à sa recomposition; mais les maux qui raffligeut actuellement demandent des remèdes bien plus prompts.

La Jalousie réciproque des cabinets européens, qui forme aujourd’hui (si honteusement pour la chrétienté) l’unique support de la Sublime-Porte, ne sera probablement vaincue que quand des événements nouveaux enhardiront la Russie à donner son coup de grâce, ou quand la crainte, mais la crainte fondée de perdre lés rives du Pô, forcera l’Autriche à penser au Danube. Tkad.

VINGENZO GIOBERTI.

Il y a peu d’années, j’ai écrit sur l’histoire d’Italie et sur les enseignements pratiques à en tirer, un livre que je me réservais de revoir et de publier en d’autres temps. — Mais aujourd’hui > monsieur et ami , que vous venez de traiter presque le même sujet dans votre livre de la Suprématie , mon livre devient inutile en plusieurs de ses parties. A quoi bon redire moins bien des choses dites admirablement par vous et sur lesquelles nous sommes d’accord? A quoi bon, pour le petit nombre de celles où nous différons, rétablir péniblement ces fondements des droits et des devoirs publics italiens que vous ayez établis d’une manière invincible à mon avis ? A quoi bon recommencer toujours , en reniant^ ses prédécesseurs, pour se proclamer seul chef d’école, comme font quelquesuns au grand préjudice des scienees, et ce qui est pis, des choses pratiques les plus importantes ? — Il valait mieux que j’édifiasse sur votre construction, que j’acceptasse de vous ce qui me paraissait justement sanctionné par votre éloquence et votre autorité , et que je partisse de là pour aller plus loin s’il m’était possible.

C’est ce que j’ai essayé de faire. Non en reprenant et en retaillant mon livre , aujourd’hui suranné , mais en en faisant un nouveau; ce qui m’a paru une tâche moins in-

Srate ; non pas, du reste, en me référant sans cesse à vous , forme polémique peu agréable aux lecteurs , par l’obligation qu’elle leur impose de fixer leur attention sur deux livres à la fois , mais en écrivant un livre qui puisse exister par lui-méme, et soit plutôt une synthèse de ses idées qu’une analyse de celles d’autrui.

De toute manière vous êtes l’occasion de ce livre et il vous doit son origine ; je l’ai commencé avec ardeur aussitôtaprès avoir eu quatre ou cinq Jours étudié, annoté et, comme on dit, dévoré le vôtre; je l’ai commencé en reconnaissant et en avouant que telle était son origine. Le voila terminé ; et comme j’espère ne pas vous avoir offensé en différant de manière de voir avec vous que j’estime, que je respecte et que j’aime personnellement, l’admiration que je professe pour vos écrits en général m’a fait penser à vous dédier celui-ci, comme un témoignage de mes intentions et de mes espérances.

Novembre 1843 .

Cesare BALBO.

CE QOI A MOTITÉ

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