La première, l’union allemande-italienne
à vrai dire, une idée magnifique, une magnifique combinaison. Toute l’Europe moyenne réunie ensemble. Un modérateur entre l'Occident et l’Orient faisant contrepoids. L’Angleterre, la France et l’Espagne tendent à
APPENDICE
s’unir, avec ou sans une grande association occidentale; la chose n’est pas prochaine, sans doute, mais elle n’est peut-être pas impossible un jour ou l'autre. Cependant, sans tenir comptede cette éventualité, sans même sortir du présent, il n’est pas douteux que les grands et vrais intérêts commerciaux de l’Europe moyenne , de la Baltique à 1 1 Méditerranée , ont beaucoup de similitude , qu’ils seraient dès lors bien secondés par celte union économique de toutes les populations comprises entre les deux mers. Les unions économiques sont quelquefois plus profitables que les communications matérielles elles-mêmes; ‘elles les produisent ou y suppléent. Pour ceux qui sont entrés dans les idées de notre livre, cette réunion de toute l’Italie avec toute l’Allemagne paraîtra encore plus importante; la question ou plutôt les questions orientales se résoudraient beaucoup plus facilement, si ces deux nations pouvaient s’entendre comme deux hommes entre eux. On a usé et abusé de cette expression des nations se levant comme un seul homme ; ne pourrait-on mettre à la mode celle-ci , s'entendre comme deux hommes ? Il n’y aurait là aucun abus à craindre, aucun ne serait possible. Quant à l’Italie en particulier, il n’est pas besoin de dire que l’union allemande-italienue serait désirable pour elle. La prépondérance de l’Autriche y serait contre-balancée par celle de la Prusse; l’intérêt italien de pousser l’Autriche vers l’Orient serait renforcé par l’intérêt germanique à pousser l’Autriche et la Prusse dans la même direction; l’impulsion italienne, par l’impulsion germanique; notre activité nonchalante, par une très-vive ; les espérances très-éloignées de l’Italie, par toutes celles de l’Allemagne les plus rapprochées. — Tout cela est vrai, est certain ; mais il ne l’est pas moins que, surtout à l'heure qu’il est, les nations, en général , ne s’entendent pas comme deux hommes peuvent le faire; qu’ici, en particulier, il faudrait supposer une
AFFENDIC&.
largeur de vues et une prévoyance très-grande, une absence totale de préjugés sur de petits intérêts passagers, mais présents, chez tous les princes, tous les hommes d’État, allemands et italiens, c’est-à-dire, chez une trentaine de princes, une centaine de ministres, de conseillers et de députés. Je ne parle pas de l’avenir imprévoyable, et, ne voulant m’occuper que dé ce qui peut se prévoir, je crois qu’on peut déclarer hardiment un tel accord hors de toute probabilité. En outre, il serait peut-être fort douteux que la Prusse désirât jamais sincèrement l’accession à l’union allemande dont elle a la présidence , d’une autre grande puissance qui la lui enlèverait. Ne nous trompons pas diplomatiquement , nous qui ne sommes pas des diplomates. La présidence ou la prééminence, ou la prépondérance douanière, est pour la Prusse un instrument puissant de prépondérance politique , et elle y renoncera difficilement. Néanmoins , cette puissance est si sincèrement progressive, si intelligente au sujet de ses véritables intérêts présents , si prévoyante à l’égard de ses intérêts généraux à venir, qu’il n’est pas impossible qu’elle renonce à sa position avantageuse en Allemagne , pour en prendre une peutêtre plus avantageuse en Europe. Mais il n’en est pas de même de l’Autriche , qui , à coup sûr , renoncerait difficilement à sa prépondérance politique en Italie , en y admettant le contre-poids de la Prusse. Ce qui est avantageux et désirable pour nous, serait, à mon avis, désirable aussi pour l’Autriche , .si elle entendait bien, complètement, grandement, ses intérêts ; mais elle ne les entend pas ainsi , c’est un fait actuel et probable pour longtemps. D’où résulte, en somme, qu’il y a de telles difficultés à cette union douanière allemande-italienne , que la conclusion paraîtra évidente à tous : elle est trèsdésirable, mais aussi extrêmement improbable. ft. IP cas. L’union austro-italienne ou des États Ha-
4l’i>ENDIC£.
liens et de tout l’empire autrichien. Si nous considérons que parmi les publications citées en tête de cet appendice, celles faites dans des pays étrangers et par des personnes dépendant plus ou moins de l’Autriche , sont dans le sens de cette union de toute l’Italie avec tout l’empire autrichien, chacun y verra la confirmation de ce fait, que l’Autriche désire' eette union. Or, nous ne sommes pas de ceux qui veulent en conclure de suite , que si elle est désirée par l’Autriche, elle n’est pas désirable pour nous. Nous en revenons toujours à ceci , que les véritables intérêts futurs de l’Autriche et de l’Italie sont identiqu;es. Mais il nous faut dire de nouveau et toujours , que malheureusement h l’heure qu’il est, et probablement pour longtemps , l’Autriche ne l’entend pas ainsi. C’est elle , plus que nous , qui les sépare , qui les met en opposition; mais, en somme, tant qu’il en est ainsi, nous ne pouvons agir dans ses intérêts entendus tout à l’opposé des nôtres. — Supposons que l’union austro-italienne soit faite, qu’en arriverait-il à l’heure qu’il est, économiquement, politiquement? Économiquement, nous nous réunirions au vieux système autrichien, prohibitif et protecteur; nous nous séparerions du système plus large, moins protecteur, plus libéral, qu’appelle et appellera l’union allemande principalement, l’Angleterre peu à peu , la France probablement. Si l’Autriche voulait l’accepter , elle entrerait dans l’union allemande, elle provoquerait l’union allemande-italienne , et non l’union austro-italienne. Or, tant qu’elle pousse à celleci seule , il est probable qu’elle ne veut pas entrer dans un système large , le seul qui convienne à l’Italie. Nous reviendrons sous peu , sur la nécessité de ce système ; mais, dès à présent, il est facile de comprendre sommairement que l’Italie entre 5 cette heure dans une nouvelle ère commerciale; que le commerce de l’Orient, une fois ramené dans la Méditerranée, elle peut et doit re-
APPKKDICE.
prendre une grande part à ce comnie*ce, si elle n’y apporte elle-même des obstacles ; qu'elle n'a pas même besoin pour cela , ni d'une grande habileté , ni d'une grande activité; que pour elle , plus que pour personne, l’économie politique se réduira à laisser faire et à laisser passer. Que si elle s'adjoignait, au contraire, à un système prohibitif, ou seulement protecteur, ou préférentiel, contre la France et l’Angleterre, les deux puissances qui passent et repassent le plus dans ses eaux , l’Italie détruirait elle-même ses meilleures espérances commerciales. Elle tomberait non-seulement dans la faute de négliger les occasions, mais dans celle de se roidir contre elles; elle ne serait pas seulement insouciante, mais ennemie de ses intérêts au profit de ceux des autres. Naples et toute la partie méridionale de la Péninsule, comme aussi les deux îles de la Sardaigne et de la Sicile, y perdraient évidemment, étant les premières, et principalement, destinées parleur situation à recueil lir les avantages de ce nouveau passage du commerce oriental. Mais la partie septentrionale de la Péninsule, ou au moins la partie nord-ouest , le Piémont y perdrait peut-être plus encore par d’autres raisons. Jusqu’ici le Piémont a été séparé de la France par un mur commercial de fer, pour ainsi dire ; c’était l’effet d’un préjugé politique et économique tout ensemble. Mais il n’y a peut-être pas de pays au monde où les préjugés, en tombant lentement, tombent à la fin avec plus de certitude, et celui du mur commercial a commencé à tomber.Un premier traitéaété fait récemment entre le Piémont et la France, et quelques inr dices donnent à croire qu’il pourra s’étendre un jour ou l’autre. Sans entreprendre ici de discuter le mérite ni des traités de commerce en général , ni de celui-ci en particulier, il est, sans doute, le commencement et le gage de communications plus larges, c’est-à-dire, do l’avis de tous les meilleurs économistes, d’améliorations
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commerciales. L’Italie occidentale devrait donc renoncer à toutes ces améliorations, en rentrant dans le vieux système pour se faire économifjuement autrichienne. Les provinces orientales ou lombardo-vcnitiennes ellesmêmes n’y auraient nul avantage. Nous nous référons ici à ce que nous croyons avoir démontré ailleurs; tous les vrais et bons intérêts futurs de l’Autriche sont sur le Danube et non sur le Pô; dès lors, mieux les intérêts autrichiens seront compris en Autriche , plus cet empire, ces peuples, ces hommes d’État, cette cour, cette chancellerie seront en progrès, et plus le Pô sera sacriCé au Danube. Ici, la faute commise une fois n aurait pas même le remède qui reste pour toutes les autres; le dommage s’accroîtrait au lieu de diminuer en raison du progrès à venir. — Qu’en résulterait-il politiquement ? Les lecteurs instruits des causes, des vicissitudes et des effets de cette union douanière allemande, qui , jusqu’à présent, est le seul e.\emple de pareilles institutions, savent le grand accroissement de prépondérance politique qu’il a valu à la Prusse, qui est la puissance principale dans celte union. Voudrions-nous procurer, nous, à l’Autriche, une position semblable, une prépondérance semblable? Je crois qu’aucun prince, aucun homme d’État, aucun homme pensant et sentant, n’a pareil désir en Italie. Si quelque Italien s’est trouvé pour mettre en avant l’union austro-italienne, c’est qu’il se sera fait à lui-même , avec trop de simplicité vraiment, une illusion momentanée, en croyant que ce qui arrive si évidemment ailleurs n'arriverait pas en Italie. Mais nous espérons que le plus grand nombre, ou même tous , s’en tiendront à cette manière de raisonner, la plus naturelle, qui conclut des causes semblables aux effets semblables, du passé à l’avenir, des faits aux probabilités, et qui, mettant en évidence la probabilité d’accroître la dépendance des États italiens, quand même il y aurait
APPKNDICB.
des avantages commerciaux au lieu de préjudices à attendre de l'union austro-italienne , suffirait seule pour la faire rejeter. Les devoirs des États' ne sont pas différents de ceux des individus : si pour tout homme c’est un devoir (et une chose utile en définitive) de repousser tout avantage de fortune, acquis par une bassesse, il en est de même pour les États, pour les nations. — Pour conclure donc, en 'espérant l’assentiment unanime des Italiens , nous dirons que l’union austro-italienne, en ce qui touche les difficultés extérieures , est on ne peut plus faisable , mais qu’elle n’est pas désirable et doit être absolument repoussée par tous les princes italiens.
5. Iir cas. L’union exclusivement italienne y ou des États italiens et des provinces austro-italiennes. — Celle-là peut être désirable ou non pour nous , selon qu’elle s’éloignerait ou se rapprocherait de la précédente. 11 est clair que si l’union des provinces austro-italiennes avec les États italiens était seulement un nom, une fiction, rien qu’une ligne de douanes de plus entre ces provinces et celles allemandes-autrichiennes; si cette union impliquait de notre part, comme dans le cas précédent, une acceptation du système économique autrichien , aussi restrictif que suranné , une telle union ne serait désirable pour nous, ni économiquement, ni politiquement. F.lle ne le serait pas économiquement en ce qu’elle nous entraînerait aux mêmes fautes , aux mêmes renonciations d’espérances que nous venons de signaler; politiquement non plus, parce que ces fautes nous entraîneraient de plus à une séparation politique avec les autres nations européennes, et à une plus grande union (qui serait une plus grande dépendance) avec la puissance qui déjà n’est que trop maîtresse chez nous. — Si, au contraire, les négociations qui s’entameraient pour l’union italienne et le traité qui en résulterait étaient de
AI'PKNDTCK.
nature à faire entrer les provinces austro-italiennes dans cette large économie politique italienne, d'où dépendent toutes nos espérances commerciales, si les provinces austro-italiennes devaient se disposer ainsi à une future union politique avec les Ëtats italiens, il n’y a pas de doute qu'une pareille union serait non seulement désirable, mais même la plus désirable de toutes pour l'Italie entière; ce seraient des arrhes que l’Autriche nous donnerait de l’abandon de sa mauvaise politique occidentale pour adopter une politique orientale nouvelle, la seule bonne; ce qui nous ferait soudain, de ses adversaires, ses amis et alliés naturels. — Mais ne nous abusons pas, il n’existe aucun fait, aucun commencement de fait, aucun indice d’un pareil changement; et plus l’union exclusivement italienne tendrait à être bonne pour nous , plus il est improbable qu’elle soit acceptée par l’Autriche actuelle; plus une union italienne quelconque serait proposée ou acceptée par l’Autriche, plus elle serait probablement dommageable à l’Italie. — En ce qui concerne donc l’union douanière, comprenant les États italiens et les provinces austro-italiennes, il nous semble, sans nous y arrêter autrement, pouvoir conclure que, bien faite, elle serait, sans doute, la plus désirable, mais qu'elle est la plus improbable; et que, mal faite, elle ne serait pas désirable ; ou plus brièvement , qu’il y a probabilité en raison inverse de la bonté.
C. Arrivons donc à la IV' et dernière des unions indiquées, à i union des États italiens entre eux seulement - — Nous dirons de suite que, très-difficile en apparence, elle n’est pas,tellc en réalité , à moins que Tonne tienne pour itnt^illusion, une impossibilité, une supposition absurde, que les princes italiens ont le courage vulgaire de ne pas voir du danger où il n’y en a pas. Je dirais même qu’il y aurait injustice à ne pas espérer ce courage de deux ou trois de ces princes, qui pourraient , en se réunissant, for-
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S.iG
merle noyau auquel se raltaclieraieiit les autres, comme il est arrivé en Allemagne. C’est ici le lieu de répéter qu’en temps de paix, et pour des œuvres pacifiques, les petits princes sont puissants ( grâce aux conditions de la civilisation chrétienne actuelle) autant que les plus grands. Qu’il me soit permis de citer un exemple qui me parait se rapporter au cas présent* Dans les années qui suivirent la restauration de Ferdinand VII d’Espagne, quand la nation espagnole, enorgueillie de sa récente défense, croyant avoir délivré l’Europe au lieu d’être délivrée par personne, traitait les autres nations avec une superbe restée célèbre dans la diplomatie, un jeune diplomate se trouva chargé dans ce pays des affaires d’une puissance italienne. Comme il rencontrait de fréquentes difficultés et ne pouvait obtenir justice dans des affaires commerciales qui se reproduisaient chaque jour, il s’en plaignait , dans son zèle de novice, à un autre diplomate très-expérimenté qui représentait dignement dans cette cour une des principales puissances européennes. « Que voulez-vous, lui répondit celui-ci, «faites comme moi, prenez patience. —Eh! quoi,re- 0 prit le novice, vous arriverait-il aussi de ces tracas- « sériés? — Et l’autre : Certainement, chaque jour, à « moi, à nous tous, autant qu’à vous. — âlais com- « ment le souffrez-vous , représentants de grandes puis- « sances , qui d’un signe pourriez anéantir cet orgueil «espagnol? — Nous, reprit l’homme de sens et d’ex- « périence, nous ne le pouvons pas plus que vous. Nous « avons plus de vaisseaux, plus de forces, plus de sol- « dats, et peut-être plus de courage que ces gens là, c’est « vrai; mais tant qu’on n’en vient pas à faire usage de « tout cela , tant qu’il n’y a pas guerre , et, dans toutes « les affaires dont on ne veut ni ne peut faire un cas de « guerre, une petite puissance en vaut une grande, l’Es- « pagne, telle qu’elle est réduite, autant que nous, bien
APPE^D1CK.
« plus florissants qu'elle, et vous , autant que nous à son « égard. Ces Espagnols ne sont pas des sots , ils savent « cela , ils savent pouvoir autant que nous , en tout ce qui « n’est pas un cas de guerre ; ils usent et abusent de « cette situation de paix toujours favorable aux petits.» — Le diplomate novice fit d’autant mieux son profit de la leçon , qu’elle était bonne à rapporter au logis , et il en conclut dès lors qu’en temps de paix les petits princes italiens peuvent beaucoup plus qu’on ne le croit d’ordinaire, et d’autant plus que l’Autriche n’a pas à gagner à la guerre, non-seulement pour les choses de peu d'importance, mais même pour celles qui sont graves. — En effet, supposons le cas (semblable à un autre indiqué dans le texte de ce livre ) où un beau jour deux ou trois princes italiens reconnaîtraient d’accord l’opportunité d'une union douanière; où, tenant justement compte des immenses intérêts méridionaux et de ceux du Nord, grands aussi quoique moindres , ils feraient céder ceuxci il ceux-là, au contraire de ce que nous avons vu devoir être fait dans l'entreprise éventuelle de l’indépendance. Supposons qu’en tombant d’accord, deux ou trois d’entre eux, sur les conditions principales, et les autres y accédant plus ou moins, une union douanière vînt un beau Jour à être conclue et signée ; je le demande aux plus prudents, ou même aux plus timides , qu’en arriverait-il, soit durant les négociations, soit après la conclusion du traité? Très-probablement, j’en conviens. l’Autriebe s’y op|H)serait. Mais, encore une fois, que signifierait, que serait cette opposition de sa part? Qu’elle donnerait des notes, ou qu’elle ferait même des protestations , ou encore ( bien que cela ne soit pas probable ) qu’elle interromprait les relations diplomatiques , et plus probablement qu’elle fermerait plus que jamais ses fron tières, aggraverait ses droits, séparerait du reste de l’Italie ses provinces italiennes. Mais tout cela , même
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cette séparation, ne serait un grand dommage ni économique ni politique ; en tout cas , il serait largement compensé par les avantages économiques et politiques de l’union. Quant à la guerre , elle lui serait impossible; ou si jamais elle s’y résignait, elle lui serait immanquablement funeste. Si les princes italiens poursuivaient tranquillement leur affaire , ni l’Autriche, ni personne ne pourrait ni les empêcher d’accomplir leur projet, ni les forcer à défaire ce qu'ils auraient fait. Le secret n’y serait pas même nécessaire. Il faudrait voir une fols à la face de l’Europe si , d’après les traités, les princes italiens sont indépendants ou non ; il faudrait revendiquer à la face de l’Europe , avec l’appui de la moitié de ses États , ce qui leur serait imprudemment refusé de cette indépendance garantie. Les tracasseries, les ennuis, les mauvaises raisons , les menaces, ne sont pas des dangers , il n’y a là que des paroles, et rien de plus. Il y en aurait en abondance à coup sOr ; mais rien autre chose. En somme, il faudrait donc, pour former l’union dont nous parlons , moins de courage que d’activité, il faudrait moins s'affranchir de la frayeur que de l’indolence. — Cela en vaudrait bien la peine par les grands avantages qui en résulteraient. Politiquement , une union douanière ne vaut certes pas une union politique, et moins encore une confédération stable. IMais elle vaudrait bien mieux que tous ensemble, ces moyens tant vantés pour réunir et nationaliser l’Italie , tels que les traités typographiques, et les congrès scientiflques, et les comices agricoles, et lereste. L’expérience de l’Allemagne est évidente , et cette expérience est positivement ce qui déterminerait l’opposition de l’Autriche et ferait le mérite des princes italiens à ne pas se laisser effrayer par elle. Cette même expérience rend aussi évidente l’utilité économique. L’Italie se trouve dans des conditions semblables à celles de l’Allemagne, morcelée aussi en plusieurs États, intermédiaire entre
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l’Orient et l'Occident, avec des intérêts provinciaux pas assez semblables pour se nuire par la concurrence , pas assez divers pour ne pouvoir s’accorder. Il n'est donc pas douteux qu’une union pareille, faite d’après des principes également larges, produirait infailliblement des effets pareils , des avantages pareils. Il y a même plus : la position de l’Italie au milieu de la Méditerranée , c’està-dire sur la route probable de tout le commerce à venir, est beaucoup plus heureuse que celle de l’Allemagne; ce qui permettrait de prévoir des résultats plus grands. Concluons de là que les princes trouvant une fois en eux le courage nécessaire pour ne pas voir le danger où il n’est pas , l’union des États purement italiens serait possible et avantageuse tout ensemble.
7. Récapitulons donc la comparaison des quatre unions douanières.
L’union allemande-italienne serait peut-être la plus désirable, mais elle est la plus difücile de toutes à effectuer.
L'union austro-italienne serait la plus facile, mais elle n’est pas désirable , elle n’est acceptable absolument par aucun État italien.
L’union italienne exclusive ne serait pas facile si elle était désirable , elle ne serait pas désirable si elle était facile; d’où suit, au résultat, qu’elle n’est ni désirable ni facile dans les conditions présentes.
La seule union italienne, impossible en apparence pour les peureux ou pour les oisifs , est possible en fait et désirable.
Je laisse chacun tirer la conclusion ; elle sera bonne en raison inverse de la peur ou de l’indolence qui l'inspirera.
8. 11 y a pourtant quelque chose à faire. Si nous laissons la question politique pour nous en tenir au point de vue économique, chacun reconnaîtra la nécessité évidente d’une union douanière italienne, et de sa constitu-
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tion sur de larges principes commerciaux, ainsi que la nécessité de la faire promptement. — Et d’abord c’est un principe, un dogme économique généralement accepté, que lorsque plusieurs nations voisines entrent dans un grand progrès commercial , celle qui reste stationnaire tombe dans la faute funeste de rétrograder, non-seulement comparativement, mais encore positivement. Si ce principe avait besoin de démonstration , notre histoire nous la fournirait. Au commencement du XVI® siècle, le commerce italien était encore le plus considérable de tous ; mais le Portugal et l’Espagne, puis l’Angleterre, la Hollande et la France s’étant ouvert des routes nouvelles et des marchés nouveaux , l’Italie , qui ne sut pas en profiter, déchut non-seulement dans sa condition relative, mais encore dans sa conditon positive, dans presque toute sa navigation , dans presque toutes ses industries ; et si elle ne déchut pas, elle resta stationnaire dans son agriculture. — Or de nos jours , non-seulement plusieurs nations en Europe ont une activité supérieure à la nôtre , mais elles ont toute probabilité de l’aocroltre encore : l’Angleterre, parce qu’elle s’est procuré de nouveaux débouchés en Chine et dans l’Océanie , et s’est ouvert la route nouvelle de la Méditerranée et de l’Égypte , pour gagner scs immenses marchés orientaux tant anciens que nouveaux; la France, parce qu’elle se porte avec ardeur sur ces mêmes marchés et sur cette route ; la Hollande, par le progrès continu de ses colonies chinoises , et parce qu’elle proliféra aussi dans la Chine et dans la Méditerranée; l’Allemagne, par son union douanière et par son libéralisme commercial. Peut-être en sera-t-il de même de l’Espagne , si , sortant de sa malheureuse activité politique , elle entre ( comme cela s’est vu) avec une égale ardeur dans la nouvelle activité commerciale , en se prévalant aussi de la nouvelle voie de la Méditerranée. Il est évident que tous ont fait des progrès
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OU menacent d’en faire. Si nous ne progressons pas aussi, U nous,arrivera une seconde fois d’empirer dans nos conditions relatives, et par suite, selon toute probabilité, dans celles positives. Quelle que soit notre activité présente, nous perdrons jusqu’à celle-là, en totalité ou en grande partie. —Mais comment pouvons-nous progresser? Ce n’est pas, à coup sûr, en conquérant aussi de grandes colonies: nous n’en avons pas la force; ce n'est pas en nous ouvrant de nouveaux. marchés dans l’Orient, où non seulement nous serions les derniers, mais encore trèsinconnus. Ce n’est pas en espérant rivaliser à l'aide de nos produits industriels demeurés trop en arrière, ou de nos produits agricoles en trop petite quantité et trop chers comparativement. Nous n’avons d’espoir sensé de progrès commerciaux que dans notre admirable position au milieu de la Méditerranée , à travers laquelle s’est trouvée ramenée , sans peine ni mérite de notre part , la route du commerce universel. C’est pour nous qu’ont travaillé et travaillent encore tous ceux qui ramènent dans notre mer le commerce européen-asiatique, le plus grand du monde. Ceux qui vont et viennent passent sous nos yeux , dans nos eaux, touchent ou voient nos ports. — Mais ne nous y trompons pas , voyons les avantages de notre position tels qu’ils sont, ni plus ni moins. Ils ne sauraient venir que du voisinage qui peut rendre nos produits plus faciles à débiter dans l’Orient et les produits orientaux plus faciles à débiter chez nous , et faire de nos ports des points de relâche ou des entrepôts pour les allants et venants ; ce sont donc des avantages d’exportations , d’importations , d’échelles. Mais de ces trois avantages, celui seul des exportations pourrait probablement être conservé en tous cas par les petits pays détachés de notre Italie ; les deux autres , des importations et des relâches, ne peuvent se conserver ni s’accroître qu'en invitant par de gros marchés et par un accès facile;
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deux choses qui ne pouraient avoir lieu que dans dç grands États ou dans de petits associés par une union douanière. Aucun de nos ports n’est pour les étrangers ni un marché , ni un point de relâche nécessaire ; il n’est que facultatif, et il ne sera fréquenté que lorsqu’il sera im gros marché et s’ouvrira facilement. Nos ports, màrchés et relâches, nécessaires pour nos nationaux , ne seront bons pour eux -mêmes qu’à des conditions pareilles. Tant qu’Otronte et Naples ne feront que les marchés du royaume, tant qu’Ancône ou Civita- Vecchia ne seront que ceux des États du pape , Livourne de la Toscane , Gênes du Piémont, aucune grosse expédition ne se fera jamais d’Otrantc , de Naples, d’Ancône, deCivita-Vecchia, de Livourne , de Gênes, ou pour ces différents ports. Mais si chacun d’eux pouvait être marché, entrepôt, lieu de transit, pour tout ou grande partie de l’Italie, à coup sdr,les motifs de s’yrendreet d’y entrer se multiplieraient pour les bâtiments étrangers et nationaux , et dès lors on verrait se multiplier non-seulement les industries et les opérations commerciales des lieux de relâche ou de transit, mais, par un effet infaillible, tous les produits de l’industrie et de l’agriculture nationale. S'arrêter à en déduire les preuves ne serait que de la pédanterie et une répétition inutile de ce que sait quiconque est médiocrement au courant des théories et des faits concernant l’économie politique.
9. 11 n’est pas douteux pour ceux-là que l’union devrait être basée sur des principes commerciaux très-larges. — Chacun sait que les avantages de l’union douanière allemande ont été moins le résultat du fait même de l’union, que de la largeur des principes d’après lesquels elle se forma et s’accrut. Non-seulement en Allemagne, mais en Angleterre , eu France , en Italie et partout, la science est unanime à considérer comme dogme cette largeur ou ce libéralisme. Les hommes pratiques seuls s’en écar-
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tent , non qu’ils nient les principes , mais seulement la possibilité de telle ou telle application, ne combattant pas le dogme, mais y apportant des exceptions. Il ne serait peut être pas difficile de démontrer la vanité de presque toutes ces exceptions dans tous les pays où elles se font. Mais tenons-nous-en à l’Italie, et voyons si l'ouverture de nos ports , l’abolition des tarifs protecteurs , les facilités commerciales largement concédées, nuiraient ou profiteraient à nos navigateurs , à nos industriels, à nos agriculteurs.
I. On cite d’ordinaire contre la libre navigation cet acte de navigation anglaise qui, en excluant ou en traitant avec désavantage les marines étrangères, lit , dit-on , se développer la marine nationale. Mais il me semble que dans cette citation les erreurs sont entassées les unes sur les autres. Il n’est pas prouvé en effet que ce soit cet acte restrictif qui ait fait s’accroître la navigation nationale; elle s’accrut par la position de l’Angleterre au milieu de plusieurs routes nouvelles, de plusieurs marchés nouveaux ouverts en 1500; de même que la position de l’Italie est au milieu des routes qui viennent de se rouvrir. Notre marine n’est pas d’ailleurs à ses débuts comme alors celle des Anglais, elle est en décadence ou au moins stationnaire. Il ne s’agit pas de nous enseigner à construire des navires ou à les diriger, mais à les constniire et à les diriger de pair avec nos rivaux; ce à quoi l’émulation peut nous aider, et doivent nous nuire les privilèges. Enfin et surtout l’Angleterre a maintenant renoncé à ces restrictions , et elle nous enseigne ainsi , non à les prendre mais à les abandonner; l’Angleterre connaît notre époque commerciale ; nous devons suivre, non les usages qu’elle délaisse, mais ceux qu'elle prend. Quand finironsnous de nous vêtir de ce qui est passé de mode chez les autres? — Mais laissant de côté des exemples bien ou mal cités, qu’on nous permette de poser directement une
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alternative concluante. Ou les facilités nouvelles accroîtront effectivement le nombre des bâtiments étrangers sur les côtes d’Italie, ou il n’en sera rien; si cela n’est pas, les conditions des bâtiments italiens demeureront les mêmes qu’aujourd’bui, quant à la concurrence , et elles s’amélioreront en outre de toutes les facilités dont les étrangers n’auront pas voulu profiter. Si au contraire les étrangers en profitent et augmentent la navigation sur nos côtes , nous aurons aussi, nous , à en profiter, mais avec tout l’avantage (immense, comme le sa- V vent ceux qui ont quelque peu étudié la matière) qu’a toujours la petite navigation , mais voisine, courte, répétée, multipliée, le cabotage ou quasi-cabotage, sur la grande navigation , sur celle de long cours , à de rares intervalles. Que les ports italiens soient ouverts, qui en profitera le plus? Non certainement les bâtiments au long cours, non surtout ceux qui n’ont pas de relâches leur apparnant; mais bien les bâtiments italiens, qui ont le temps de faire trois voyages contre un des autres , et pour qui nos ports sont des relâches naturelles et les seules. — A l’heure où nous écrivons, il n’est peut-être pas de grand port italien où quelque navigation étrangère ne soit plus favorisée, à certains égards , que quelque navigation italienne.' C’est une honte et un grave dommage. Mais une honte et un dommage plus grands , c’est que le gouvernement romain a proposé d’admettre sur le pied de l’égalité avec sa propre marine, celle de tous les États, italiens qui useraient avec lui de réciprocité ; et jusqu’à présent aucun gouvernement italien n’a répondu à cette proposition libérale.
II. Quant aux industries, quelles sont en vérité celles que l’on veut protéger en fermant les frontières ou en ne les ouvrant qu’avec rectriction? Celles du coton, ou des fers , ou des lins, ou du chanvre, ou de la soie , ou que sais-je? Il n’en est pas une en ce moment qui
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surpasse celles de l'étranger, qui uit la supériorité sur les marchés européens ou hors d'Europe. Les soieries mêmes de Gênes, de Florence, de Turin , jadis renommées, ne sont rien sur ces marcliés; et quant aux autres, relativement parlant, on peut dire qu'elles n’existent pas. Les expositions publiques , les médailles d'encouragement , les statistiques comparatives des accroissements annuels n’y font rien. Faites des statistiques comparées avec les productions anglaises, allemandes, françaises, et tirez-en sincèrement les véritables conséquences , sans vouloir trouver ce qui n’est pas , pour flatter ici les princes ou là les peuples , et vous verrez quel bel avenir industriel s'apprête pour l’Italie. Il est si triste, si nul, qu’une pareille nullité suffirait pour qu’on se dit : Faisons tout au rebours de ce que nous avons fait jusqu’ici, nous ne pourrons faire que mieux ; puisque les clôtures nous ont amenés là, ouvrons, pour Dieu, une bonne fois, afin d’en essayer;, il ne saurait en résulter rien de pire que ce qui est ou que ce qui s'apprête.— On pourrait, au contraire, espérer beaucoup d'améliorations si les princes italiens, éclairés comme ils sont pour la plupart (ce qu’on ne prendra pas pour une flatterie), en venaient à appliquer franchement , tous ou presque tous d’accord , ce grand principe du laissez faire, laissez passer , auquel nulle contrée ne se trouve peut-être aussi préparée que l’Italie. Le petit nombre des industries existantes diminuerait le dommage inévitable de la concurrence admise. Et puis, nous avons eu plus d’une fois occasion de l’observer , l’esprit italien l’emporte sur tous en variété merveilleuse, en aptitude à se modifier. Il variera, il se modifiera encore en cela. Les industries les moins puissantes, moins naturelles, tomberont; mais celles qui seront naturellement puissantes se développeront. Si les hommes d’État qui auront à s’occuper de cela, voulaient se livrer au calcul minutieux de toutes les importations ou expoila-
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tiens utiles à accorder pour toutes les industries italiennes une à une , ils y perdraient probablement leur temps et leur peine, comme tant d’autres; mais s’ils s’en remettaient au vieil esprit italien et à l’activité pouvellement excitée dans le pays, il y a quatre-vingt-dix probabilités sur cent pour que celle-ci, comprimée comme elle est à tant d’autres égards, se précipite tout entière vers cette nouvelle issue et y fasse des prodiges. Est-il possible que nous, qui produisons tant de soie , nous n’arrivions pas à la travailler aussi bien que les Français et les Allemands.’ Est-il possible que nous ne parvenions pas à manufacturer les cotons d’Kgypte , si voisins de nous , de pair avec ceux qui ont à les tisser au centre du continent européen ? On nous dit à tort que la nature nous a refusé cette faculté en nous refusant le charbon fossile et, par suite, les machines à vapeur. Tous les cours d’eau de l’Italie sont-ils exploités? Ne confondons pas : les eaux ne valent pas la vapeur pour les chemins de fer; mais pour les industries qui ne sont pas locomotrices, les eaux, une fois disposées d’une manière opportune, tombant toujours, valent mieux que la vapeur, et tant qu’il restera en Italie un fleuve ou un ruisseau dont les chutes ne seront pas utilisées , nous n’avons pas sujet d’accuser la Providence, ni d’affecter une résignation qui , en définitive, n’est que de la paresse. Ce n’est pas le charbon qui nous manque, mais bien l’activité, et il ne manque à l’activité que la concurrence ; la concurrence, dis-je, qui nuira sans doute aux paresseux, mais qui profitera aux hommes actifs , qui sont les seuls dont la nation ait à profiter elle-même. Que les Italiens se pénètrent bien de cela , mais surtout les princes : les ennemis de leur gloire , de leurs intérêts , de leur puissance, sont les paresseux, les bons vivants, toute cette classe de gens obstinés à ne rien faire , em ieux de ceux qui font, et les entravant de leur mieux. Quand quelques-
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uns ou beaucoup de ceux-là auraient à pûtir de l’activité des autres , il n’y aurait pas grand mal ; le bien des bons amène toujours le mal des mauvais, et il ne faut pas mettre obstacle au premier pour le second.
III. On dit encore que les industries italiennes ne sont et ne seront rien dans l’avenir, en comparaison de l’agriculture. Je ne le crois pas; mais admettons qu’il en soit ainsi , que les espérances matéi ielles de l’Italie doivent avoir uniquement pour objet l'agriculture. De toute sorte, ces espérances s’accroîtraient d’une manière incalculable par une union douanière formée sur des principes larges. Nos principaux produits agricoles sont les céréales, les riz, les chanvres , les lins, les huiles, les vins, les fourrages et les soies. Mais tous ces produits (à l’exception des fourrages) sont propres à tous les pays qui entourent la Méditerranée ; on peut prévoir même qu’ils se multiplieront , ceux-ci dans telle contrée, ceux-là dans telle autre, au point d’y devenir à plus bas prix qu’en Italie. Aucune méthode nouvelle, aucune société agricole , aucun encouragement gouvernemental ne peut conjurer un tel dommage. Ce ne sont là que de petits remèdes homéopathiques. Il n’est qu’un grand remède, et c’est, ou la clôture absolue, en laissant à nos produits l’approvisionnement exclusif de nos marchés ;ou l’ouverture absolue, pour les équilibrer avec ceux de l’étranger , pour faire abandonner les productions désavantageuses et favoriser d'autant celles qui présenteront un avantage. Mais le premier de ces grands remèdes est difficile, peut-être impossible à appliquer, chacun le sait, dans un pays aussi accidenté que l’Italie, dont la position sur le passage général donne tant de facilité à la fraude; et puis il ne servirait qu’à nous donner l’avantage sur les marchés nationaux, et à accroître notre désavantage sur ceux de l’étranger. Ainsi donc le second remède, l’ouverture, qui équilibre toutes les produc-
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lions et accroît les plus naturelles, est eu résultat le seul profitable et possible ; autant vaut-il donc y recourir tout d’abord. Ce ne sont pas les méthodes de culture qu’il s’agit de changer, mais les cultures elles-mêmes. Nos méthodes sont bonnes depuis des siècles , et il n’y a que peu ou même rien à y ajouter. Mais les cultures doivent changer de siècle en siècle, selon les conditions nouvelles; or, c’est ce que nous n'avons pas fait, et que nous devon.s faire. — Nous avons précédemment excepté les fourrages des produits italiens qui ont à redouter la concurrence. Kn effet, si l’on fait le tour de la Méditerranée, on ne trouvera peut-être pas une contrée qu’on puisse comparer, sous ce rap{)ort, avec toute l'Italie septentrionale et avec plusieurs parties de l’Italie méridionale. On peut donc prévoir que ces contrées n’arriveront peut-être jamais, et à coup sûr de longtemps, à nous faire concurrence pour les fourrages, et, par suite, pour l’éducation des bestiaux et les laitages. Plus donc la concurrence diminuera la production des céréales, plus MB» pourrons' trouver une compensation et peut-être un avantage dans la production en fourrage, en bestiaux, en laitages. Caria population augmentant, et, par suite, le luxe, sur les autres côtes de la Méditerranée, les demandes de nos produits en ce genre s’accroîtront à proportion, et d’autant plus que ce sont des produits qui, de leur nature, sont toujours plus recherchés dans les localités les plus voisines. Il résulte de là, en somme, que l’Italie est destinée à voir s’accroître beaucoup, immensément, ce genre de production , à mettre en pâturages toutes les terres qui eu seront susceptibles , à utiliser dans ce but tous ses cours d’eau, ainsi que tous les travaux accumulés par plusieurs générations, et à les augmenter de beaucoup; ce qui est pour elle, en résultat, un avenir spécial, une source très-abondante d’activité et de richesses en tout genre (1). — C’est là, sans doute, notre prin- (I) Dès 1.1 plus haute aiiliquilé, les peuples italiens considéraient
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cipale espérance agricole. Mais ce n'est pas la seule. Nos riz sont Jusqu’à présent sans concurrence dans les pays à l’cntour de la Méditerranée; nos huiles ont soutenu jusqu’ici, ou à peu près, toutes les concurrences, et si nos vins n’ont pas eu le même sort , ils pourraientlutter avec succès dès que des perfectionnements et des encouragements auraient relevé cette industrie , la seule peutêtre qui, parmi les nôtres, soit susceptible de profiter des uns et des autres. Ses produits s’accroîtraient aussi probablement parle voisinage où nous sommes de toutes ces immenses régions en progrès probable. Ici plus qu’ailleurs , les progrès des autres aident ou même déterminent forcément les nôtres. Notre nonchalance seule pourrait y faire obstacle. Ce serait au cas seulement où nous ne voudrions pas produire ce qu’on nous demandera chaque jour davantage autour de nous, que les demandes se reporteraient ailleurs, et peut-être pour toujours. Si nous nous obstinons à vouloir produire des blés comme le midi de la Russie , comme la Barbarie ou l’Égypte , à confondre (comme font trop d’agriculteurs, d'administrateurs et d’économistes) l’agriculture en général, avec la culture des céréales; si , dans un siècle de communications infinies, nous nous obstinons à produire tout, ou à considérer comme nécessaire la production des blés; si nous sacrifions à celle-ci les produits qui nous fourniraient des richesses pour en acheter, des armes et des vaisseaux pour nous en procurer toujours, cette préférence surannée nous fera manquer l’occasion , et non-seulement l’Italie déchoira une seconde fois dans son commerce, mais elle déchoira dans son agriculture,
les prés comme la propriété la plus productive. On sait que Caton , interrogé sur le premier moyen de s’enrichir par i’agriculture, répondit : Jyez beaucoup de pâturages; le second : Jyee des pâturages médiocres ; le troisième : Ayez des pâturages m&me mauvais.
Trad.
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ce qui sera le dernier dommage matériel. — Le dommage matériel entraînera à sa suite les dommages moraux, plus funestes encore, de l’inactivité et des vices qui toujours l'accompagnent. Dans les siècles passés , l’activité cessa presque seulement dans les hautes classes, et tout au plus dans les rangs industriels. L’agriculture en progrès, durant les grands siècles de l’Italie, s’était soutenue durant ses jours d’épreuve, et elle sauva l’activité dans une grande partie de la nation. Mais malheur à nous si elle venait à cesser encore dans cette partie, et si notre nation entière avait à tomber dans la torpeur, quand tous les peuples environnants , ou plutôt tous les chrétiens, redoublent d’activité. Alors la mesure de nos malheurs serait comble; alors il n’y aurait plus à compter que sur ces remèdes extrêmes que la Providence permet sans doute, mais que tout homme de bien doit s'étudier à éviter sans cesse, autant que possible, dans toutes les circonstances.
10. Ainsi donc, quelque chose qu'on veuille ou puisse faire, il s’agit de la faire au plus tôt. Il n’y a pas seulement nécessité , il y a urgence. Notre avenir commercial , industriel et agricole se décidera , peut-être pour des siècles, dans les années qui avoisinent la moitié de XIX* siècle, peut-être dans le peu qui reste pour y atteindre. Ce sont là les années décisives de l'économie politique de toutes les nations européennes , mais plus encore de l’Italie. Ne nous en inquiéterons-nous pas.^ Le commerce universel prendra d’autres habitudes , et chacun sait combien les habitudes commerciales sont difficiles à changer. Profiterons-nous , au contraire , de cette nouvelle et grande occasion , peut-être la dernière que nous offre la Providence , de notre position magnifique au milieu de la Méditerranée ? de ce que nous nous trouvons la première nation européenne sur la route de l’Orient qui vient de se rouvrir? Et, parlons net, en proli-
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terons-nous plus largement , plus hardiment que les autres nations riveraines de la Méditerranée? Rendrons-nous l’entrée et la sortie plus faciles dans nos ports que les autres Etats? Alors les nations plus éloignées, qui n’ont point d’échelles dans la Méditerranée, la Hollande, l’Allemagne, la Suisse, l’Amérique, en profiteront beaucoup, et celles-là mêmes en profiteront qui ont des relâches ou des côtes sur la Méditerranée, comme l’Angleterre, la France et l’Espagne, si nous savons les précéder dans cette voie libérale. Ces habitudes une fois prises , elles continueront même alors que l’Angleterre, la France et l’Espagne entreraient dans cette voie où nous les aurions précédées. Mais soyons-en bien convaincus, il s'agit ici d’une course, et d’arriver les premiers; il S’agit ici de prendre le seul avantage qui nous reste à saisir. D’auti'es nations ont d’autres avantages, d’autres supériorités, plus de vaisseaux, plus d'industrie, plus de marchés; nous ne pouvons les leur enlever, nous ne pouvons prendre que ce qu’ils n’ont pas su s’approprier jusqu’ici : les libertés du commerce. — Je fais, en ré.sumé, une seule hypothèse de l’union douanière italienne, des facilités commerciales et de la promptitude d’exécution. Les facilités sans union , ou l’union sans facilités , ou l’union et les facilités sans prompte exécution, ne serviraient à rien. Supposons que Naples, qui est la mieux située, entrât seule dans les voies libérales , elle ne pourrait offrir un gros marché sans l’union; le bâtiment étranger ou national entré dans l’un des ports napolitains devrait écouler tout son chargement dans le royaume , ou l’emporter dans d’autres ports italiens, où l'attendraient de nouveaux droits , de nouvelles législations. Une fois l’armateur trompé, il ne reviendrait plus, ni lui ni d’autres; on n’aurait ni grands arrivages, ni grand commerce d’aucune sorte. Admettons, au contraire, l’union formée, mais
APPEXDtCE.
sans facilités libérales, elle ne servirait à rien ; les habitudes étrangères, et même nationales, se perpétueraient au profit d’I^,tats plus libéraux. Supposons enfin l’iinion formée, et sur des bases libérales; mais quand (sous peu d’années probablement) les outres nations riveraines de la IMéditerranée en seront venues à ces mêmes mesures libérales, alors encore elle ne servira à rien. Si une fois nous sommes devancés , jamais nous n’arriverons. — Je sais aussi que faire les innovations peu à peu est un dogme de bonne économie politique ; mais c’est aussi un dogme de bonne économie politique qu'il est des exceptions à tous les dogmes. Or, c’est ici le cas d'une exception au dogme du peu à peu. Le nouveau commerce d’Outre-orient et celui de la Chine en sont à leurs débuts; mais dans dix ans au plus iis auront pris toutes leurs habitudes. La route de l’Égypte en est à ses commencements; mais d’ici à dix ans elle aura acquis toutes ses commodités. Ces quelques années, durant lesquelles s'établiront ces habitudes et ces commodités , sont précisément celles qui sont irréparables. Lorsqu’elles seront passées, il n’y aura plus rien à faire, rien à espérer pour l’accroissement de notre commerce, de notre industrie, de notre agriculture, c’est-à dire, pour nos grandes activités nationales. Loin d’arriver à la suprématie, ou même à l’égalité, si nous n’y pourvoyons à temps, nous sommes peut-être pour tomber dans une infériorité comme on n'en vit jamais; infériorité à l’égard de tous les autres, qui vont développer une activité comme on n’en vit jamais; infériorité envers nou,s-mêmes, qui n’avons jamais eu une occasion aussi belle à saisir, aussi déplorable à perdre. Mais Dieu nous garde d’un avenir aussi sinistre. Que Dieu inspire de la force d’âme à ceux à qui il appartient de sauver la génération italienne actuelle du mépris , de l’exécration de la postérité. A quoi nous sen’irait de nous flatter ou de nous taire? La postérité
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est inexorable, et elle l’est d’autant plus dans ses jugements, quand elle a à prononcer sur ce qui a été altéré ou tu par les contemporains (i).
(I) Au moment de mettre sous presse la dernière feuille de cetU traduction (que nous fili^ons imprimer à nos frais, dans le but unique de servir les intérêts de notre pays ) , nous apprenons la triste nouvelle des insurrections qui ont éclaté dans le royaume des Deux-Siciles, et que l'on s’attend à voir éclater dans les Ëtats du pape. Libre à chacun de s’en réjouir ou de s’en indigner, de les louer ou de les flétrir. Nous essayerons de contenir notre douleur vis-h- vis d’un spectacle aussi affligeant que celui qui nous est offert par notre patrie se débattant depuis tant de siècles , surtout dans les dernières cinquante années, sous le poids d’un malheur sans égal, le malheur de se sentir guérie et de se voir forcément enchaînée au lit de ses souffrances. Nous l’essayerons afin de pouvoir dire avec calme que , si c'est un devoir pour tous les gouvernements de défendre le dépôt sacré de l’autorité publique, c’est aussi une maxime qu’on ne viole pas toujonr^impunément, que celle de faire à temps les concessions qui sont réclamées par l’opinion générale , quand elle s’est manifestée d’une manière incontestable, et surtout quand elle a triomphé chez les nations voisines.
Or , quel est , h i’entour de ritalie , le peuple qui n’ait obtenu ou conquis des institutions nouvelles? Quel est le coin de la Péninsule qui n’ait pas exprimé ce vœu par des démonstrations répétées ? qui n’ait pas entendu les gémissements des prisonniers d’État ? qui n’ait pas été arrosé du sang des victimes politiques? Quel est enfin le pays du monde où l’on ne rencontre des Italiens soupirant en vaitf après leurs foyers ?
Oh non ! un pareil état de choses ne saurait durer. Les moyens de répression n’ont pu, ne pourraient que l'aggraver.
En attendant, c’est du fond de notre Ame navrée d’affliction que, nous adressant à nos compatriotes , nous leur disons : réunissonsnous tous, tant que nous sommes, princes et peuples, au pied des autels, pour y déposer Jusqu’aux plus légères rancunes qu’un même amour pour la patrie, mais différemment senti, a fait germer dans nos cœurs ; pour nous écrier :
« Nos pères ont péché , Seigneur ; ils ne sont plus , et nous « avons porté la peine de leurs iniquités : nous-mêmes nous avons « agi injustement, et nous nous sommes attiré votre colère-
« C’est pourquoi vous êtes devenu inexorable.
» Mais nous voilà tous, contrits et repentants à vos pieds , 5ei-
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« gneur ; considérez que ce n’est pas nous qui avons dit : Cruci- « fiez, crucifiez; souvenez-vous que nos ancêtres accueillirent, au » contraire, parmi eux, et défendirent de toute atteinte le gage « éternel de votre sublime sacrifice.
«Tournez vers nous vos regards miséricordieux. Seigneur; et « pardonnez à Titalic.
« Pardonnez à Tltalie, Seigneur ; et ne souffrez pas plus longtemps « que ceux qui viennent la visiter frappent des mains en la voyant; « qu’ils la sifflent en branlant la tête, et qu’ils disent : Est-ce donc n la ce pays d’une beauté si parfaite , qui était la Joie de toute la « terre? » Trad.
Le Vendredi saint de iR44-