‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 10 sur 341 · ESPRITS ET PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

ESPRITS ET PHILOSOPHES

originelle dont on a honte; les personnes meme les plus religieuses n’en veulent plus qu’un minimum; on cherche à faire sa part aussi petite que possible; on la cache dans les recoins du passé,... etc. » (P. 29.)

Cette peinture est d’une vérité saisissante, et, pour notre part, nous l’applaudissons des deux mains. Il est donc grand temps , nous le croyons, de saisir, s’il se peut, le taureau par les cornes, et de montrer à nos adversaires le surhumain très-soüdemcnt installé à toutes les heures et dans toutes les contrées de l’histoire, comme dans toutes les annales de la cosmologie, de la médecine et de la philosophie. Il est temps de réhabiliter tous nos grands et antiques historiens, à l’aide des Freret, des Le Clerc, des Le Bas et de M. Littré lui-même, de réhabiliter la légende à l’aide de Thierry, les feux sans chaleur à l’aide des aveux d’Arago, la pierre qui remonte dans les airs h l’aide de M. Babinet, les interventions capricieuses et surintelligentes de la foudre à l’aide du savant docteur Boudin, etc., etc.; en un mot de prouver à M. Renan, tout en suivant pas à pas son programme, que dans les annales de la science et de la philosophie le mot jamais cède trop souvent la place au mot toujours pour que le sage se permette de le prononcer souvent.

Toutefois, nous le savons bien, nous sommes condamné à essuyer bien longtemps encore le feu de (rois batteries bien redoutables en apparence. Ces trois batteries s’appellent : — démonstrations scientifiques, — décisions académiques, — inviolabilité de toutes les lois naturelles. De l’enlèvement de ces trois batteries, nous dit-on, dépend tout l’avenir du surhumain d’abord et du surnaturel ensuite. Nous y emploierons donc toutes nos forces, pendant tout le cours de cet ouvrage.

En attendant, nous avons trop l’horreur des lieux communs pour perdre ici notre temps à soutenir la puérililé des démonstrations scientifiques pour rétablissement de faits matériels que dix personnes, et à plus forte raison dix mille, ont pu très-bien voir et très-bien observer; quant à la fixité des décisions académiques, nous ferions rire tout le monde, et les savants plus que les autres, en soutenant ou la clairvoyance d’un sénat qui ne voit jamais que le dernier, ou l’infaillibilité d’un tribunal dont chaque membre cherche a bien établir la faillibilité de son voisin. Nous laisserons donc ces deux batteries s’éteindre d’elles-riiêmes et par l’abus malheureux de leurs propres feux. Quant à la troisième, la seule véritablement redoutable à nos yeux, nous nous voyons forcé de lui consacrer quelques lignes.

INTRODUCTION

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