‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 9 sur 341 · REPRISE DE LA QUESTION PAR LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

REPRISE DE LA QUESTION PAR LA PHILOSOPHIE

Cette prise au sérieux est bien facile à constater; il suffit de jeter un coup d’œil, non-seulement sur les livres, mais sur les revues et journaux de notre année courante. A peine en citerait-on un seul qui n’ait, depuis quelques mois, abordé dans un sens ou dans un autre cette question formidable. Plus que jamais le roman s’en nourrit, le théâtre la ravit au roman, la science la persifle et la chaire la condamne. Quant à la politique, nous saurons un jour le parti qu’elle sait en tirer, la solidarité qui les enchaîne et les fruits qu’elles produisent ^

Une question sur laquelle on dit tant de choses en si peu de jours peut faire la morte, mais ne l’est assurément pas. Pourquoi donc nous serait-il interdit de surveiller son sommeil , ne fût-ce que pour mieux conjurer les trahisons du réveil?

Parmi ces princes de la philosophie qui, dans un tout autre intérêt, et tout en la traitant de chimère, surveillent avec nous cette ennemie, M. Renan figurait hier encore au premier rang. Le monde va pouvoir enfin s’en assurer : ce n’est pas uniquement le surnaturel et le miracle divins que la philosophie persiste à poursuivre, elle se montre au moins aussi sévère pour le fait occulte, merveilleux, surhumain. A ses yeux, et certes elle a raison, il y a corrélation et solidarité parfaites entre ces deux variétés d’un même ordre de faits. Dans cette grande croisade contre toute espèce d'agents supérieurs à Vhumanité, nul n’a le droit de séparer les deux mystiques, les deux cités, les deux ennemis : « Connaître Dieu, disait Tertullien, c’est

On pourrait, et toujours sans remonter à l’année précédente, consulter, dans la Revue des Deux Mondes du 15 janvier 1862, l’article de M. Paul de Rémusat : « Le miracle autrefois et aujourd’hui ; » dans la Revue britannique : « Une singulière histoire; » dans la Revue du Monde catholique^ du 10 février : « Du satanisme dans le spiritisme; » dans la Revue du mouvement catholique : « Du Magnétisme et du Spiritisme suivant la théologie; » dans la Revue contemporaine, 15 février: «De la sorcellerie, et de la possession démoniaque; » dans les Études religieuses : « Les communications d’outretombe; « dans VArt médical : « Une Réponse à M. Dechambre sur le spiritisme, etc., etc.

INTRODUCTION

connaître en même temps les artifices du démon. » — « Pas de Satan, pas de Sauveur, » répétait Voltaire à son tour. Ainsi donc, sous ce rapport, M. Renan parle d’or. Écoutons et pesons bien surtout ses dernières paroles

(( Le principe essentiel de la science, c’est de faire abstraction du surnaturel. Aucun fait ne prouve qu’il y ait une force supérieure a l’homme, intervenant par des actions particulières dans le tissu des phénomènes du monde. En d’autres termes, il n’y pas un seul cas de miracle PROUVÉ... M. Littré Ta dit excellemment: « Une expérience que rien n’est JAMAIS VENU CONTREDIRE a enseigiié à l’âge moderne que tout ce qui se racontait de miraculeux avait constamment son origine dans l'imagination qui se frappe et dans l'ignorance des lois naturelles. Jamais, sous les yeux des médecins, un mort ne s’est relevé sur ses pieds*,... jamais, dans les plaines de l’air, aux yeux des physiciens, UN CORPS PESANT NF S’ëST ÉLEVÉ CONTRE LES LOTS DE LA PESANTEUR;...

JAMAIS aucune intervention surnaturelle n’a rendu le feu sans chaleur; JAMAIS les magnétiseurs, les thaumaturges de nos jours, n’ont accepté les expériences académiques. Les sciences historiques ne diffèrent en rien, parla méthode, des sciences physiques et mathématiques; elles supposent qu’aucun agent surnaturel ne vient troubler la marche de l’humanité , et qu’il n’y a pas d’être supérieur a l’homme auquel on puisse attribuer une part appréciable dans la conduite matérielle de l’univers »

Et voyez comme tout s’enchaîne sous la plume de M. Renan ! de ce qu’on n’a Jamais vu une pierre remonter dans les airs, de ce que Rollin ne croit pas aux prodiges racontés par Tite-Live, et de ce que les miracles permanents des temples de la Grèce, rapportés par Pausanias, sont universellement regardés comme des fables, il conclut que « ce qui s’est passé sous Auguste et Tibère, et nous savons ce que c’est, doit être soumis aux mêmes lois. »

Quant à nous, nous acceptons pleinement cette logique et sans accorder, bien entendu, le même poids à tous les témoignages, le premier but de cet ouvrage est de restaurer une des faces de l’histoire universelle, imprudemment et illogiquement mutilée par ceuxlà mêmes qui lui devaient le plus de respect. M. Renan a parfaitement raison d’affirmer « qu’il ne rencontre guère d’adversaires assez osés pour défendre le surnaturel autrement qu’en thèse générale et en fuyant,,.)) — «Le surnaturel, ajoute-t-il, est devenu comme une tache

t . Voir la Chaire df hébreu au Collège de France (1862).

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