‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 118 sur 341 · ALEXANDRINS · texte numérisé non relu

ALEXANDRINS

respect pour le sommeil des dieux est peut-être, à l’heure qu’il est, la seule condition, grâce à laquelle nous pourrions obtenir leur réintégration dans la science

Toujours est-il que sous l’influence du cynisme d’une part, et de la critique à. doses infinitésimales de l’autre, le paganisme s’écroula, fort heureusement, il est vrai, quand on ne pense qu’au personnel de ses dieux, fort dangeureusement selon nous, quand on pense aux armes philosophiques à l’aide desquelles on brisait leurs statues. Platon, malgré ses erreurs, s’était bien moins écarté des véritables principes. Quelle était, selon lui, la vraie fonction d’un Esprit, « sinon d’être l’interprète et l’entremetteur entre les dieux et les hommes? »

« Les esprits entretiennent l’harmonie de ces deux sphères ; ils sont le lien qui unit le grand tout. C’est d’eux que procède toute la science divinatoire, et tout l’art des prêtres relativement aux sacrifices, aux initiations, aux enchantements, aux prophéties et à la magie. Car Dieu ne se manifeste pas immédiatement à l’homme, mais bien par l’intermédiaire des démons. Celui qui est savant dans toutes ces choses est véritablement un homme inspiré »

Ces deux principes d’Aristote et de Platon comparés, l’un sur les dieux endormis, l’autre sur les dieux vigilants, suffiraient seuls à creuser un abîme entre leurs deux philosophies : l’une mène à l’athéisme pratique, l’autre à la prière et au culte.

Aussi, la réaction publique contre Aristote et Lucrèce devaitelle tôt ou tard reparaître avec violence.

Dès les premiers jours de notre ère, les dieux réfugiés sous les débris de leurs autels et rugissant contre la nouvelle force chrétienne qui, tout en les foudroyant, se gardait bien de les traiter en fantômes, les dieux exhalèrent leurs dernières convulsions dans le sein et par la plume des plus violents hérétiques que l’Église ait peut-être jamais combattus. Plotin,Jam-

1. V. les Esprits indérang eables de M. Reynaud, à la fin de notre premier chapitre.

2. Œuvres complètes, traduction de Cousin, t. VI, [le Banquet^ page 298).

122 IMPORTANCE THÉOPHILOSOPHIQUE, ETC.

blique, Porphyre et toute l’école gnostique des néoplatoniciens d’Alexandrie, prirent en main la cause de ces Esprits imprudemment oubliés, et sous le voile d’une théurgie et d’un langage christianisé bien capables de faire illusion, réédifièrent à grands frais de connaissance et de génie toute cette ancienne école de magie païenne, objet des anathèmes continus de tout l’Ancien et du Nouveau Testament.

Il fallait toute la sagacité des saints pères ou plutôt toutes les inspirations de l’ Esprit-Saint, pour démasquer, sous leurs jseaitæ de brebis, tous ces loups ravissants, car jamais la confusion n’avait été plus facile. Qu’on lise, par exemple, le traité de Jamblique « sur les mystères égyptiens. » Lorsqu’on suivra ces très-savantes leçons sur les neuf chœurs des Esprits, — sur les apparitions diverses des archanges, des anges, des démons et des âmes, — sur les prières, les vertus et les crimes qui tour à tour les attirent et les repoussent, — sur les exorcismes et la puissance de la foi, etc., etc., on se demande s’il n’aurait pas copié plusieurs siècles à l’avance tout saint Thomas ou tout Suarez, et l’on serait prêt à le suivre comme son maître, si l’on ne s’apercevait, en fin de compte, que tout cela s’adresse à Jupiter, Apollon, Mercure, etc...

Jamais l’erreur n’avait plus habilement exploité les grandes vérités pneumatologiques du catholicisme, son ennemi. 11 suffit de lire avec quelque attention les incessantes remontrances de saint Paul « sur le culte superstitieux des anges, » pour juger de toute la confusion que le spiritisme d’alors, épanouissement complet de celui que nous voyons rajeunir aujourd’hui, jetait, dès les premiers jours, dans l’enseignement et dans la pratique de l’angélologie chrétienne. C’est par elle que les démons essayaient de rentrer dans ta place, premier et terrible danger qui força l’Église à suspendre le culte des anges jusqu’à son entière disparition

1. Voir ch. Il, V. 18 do Y Épüre aux Colosses, et dans Tliéodoret, l’interdiction par le concile de Laodicée de l'oratoire élevé à saint Michel dans la ville de Chonis, et rendu plus tard à son culte, par suite d’un grand miracle.

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