Se rappeler ce que nous avons dit à propos de Romulus
138 IMPORTANCE THÊOPHILOSOPHIQUE, ETC.
bue, ce qui lui a donné la force divinatrice, c’est le dieu qui est venu du dehors (extrinsecus), et qui, pour obéir aux prières, la remplit de sa vertu, ce qui n’empêche pas l’eau de jouer ici un certain rôle, en purgeant notre esprit lumineux et le rendant plus apte à recevoir l’inspiration. En outre, ce prophète se prépare à l’avance et le jour et la nuit, soit par l’abstinence, soit par l’oubli de toutes les choses de ce monde, afin de s’offrir au dieu comme une table rase dont celui-ci se sert ainsi que d’un instrument. La Sibylle de Delphes apparaît souvent tout entourée du même feu qui s’échappe de la bouche de l’antre... Souvent même, et au prorata des rites préparatoires, des bains, des jeûnes, etc., on voit le prophète commencer avant l’heure, et, en dehors du sanctuaire, apparaître entouré de ce feu mystérieux et comme contraint à une prophétie anticipée ; donc cette faculté prophétique est parfaitement indépendante et du lieu et de l’eau.
(( Non la divination ne peut dépendre d’une affection de l’esprit.
Les FUMIGATIONS DONT ON PARLE NE S’ADRESSENT JAMAIS QU’aU DIEU LUI-MÊME.
Les invocations, de leur côté, ne peuvent agir sur notre âme. Quant aux enfants, plus susceptibles, dit-on, de produire le phénomène, cela tient tout simplement à leur aptitude bien reconnue à subir plus facilement les influences extérieures.
« Quant à donner pour cause à la prophétie la démence, la mélancolie, V ivresse et même une sorte de frénésie... il faut prendre, bien garde de ne pas confondre ces deux sortes d’extase : une qui nous remplit de folie et d’imprudence, qui nous plonge dans la matière et ne se traduit que par des mouvements bizarres, violents, irréguliers, inintelligents, fugaces, en un mot contraire à l’ordre naturel; l’autre, au-dessus de cet ordre naturel, constante, réglée, nous communiquant des lumières supérieures à toute notre sagesse, et nous tournant vers le bien.
(( Quand a-t-on vu, je le demande, le ravissement divin concorder avec la mélancolie, l’ivresse et le bouillonnement de toutes les perturbations animales? Et quelle prophétie peut-on attendre de la pathologie? C’est la fausse extase seule qui provient de la faiblesse et de la corruption ; la bonne ne vient, au contraire, que de toutes nos perfections. Toutes les fois donc que vous parlez d’extases divines , commencez par écarter tout ce qui est perversion humaine , imaginations morbifiques et fluides^, et ne confondez pas les perceptions divines
1 . YTrox.’jai5. Nous ne trouvons dans le dictionnaire de Planche que le mot fluxion et le même mot dans celui de Noël pour rendre sufl'usiones, par lequel Gail a traduit le mot grec. En rapprochant de ce mot le fluide de nos spirites et le lymphatis^ne dont les anciens gratifiaient tous leurs pos-
PSYCHISME ALEXANDRIN
^LYec\es obscures images enfantées par la goètie^, car ces sortes d’images ne renferment ni l’essence ni l’action des choses qu’elles représentent.
« Quant à cette espèce de pressensation animale que nous constatons chez les brutes à l’approche des pluies et des tremblements de terre, il en est comme de ces conjectures de l’esprit humain basées sur sa sagacité à deviner la marche des choses. Nous ne les nions pas, mais nous disons que, malgré certaines apparences de ressemblance, on verra qu’elles n’ont absolument rien de commun avec la prophétie.
(( Vient enfin cette dernière erreur qui attribue toutes les prophéties aux démons. Mais l’invasion de ces mauvais démons que nous appelons antithées, n’a jamais lieu que dans les opérations théurgiques qui se font contre les rites et contre les lois des sacrifices. C’est encore ce qui arrive lorsque les invocateurs, loin d’être purifiés comme ils le devraient être, arrivent ici le cœur rempli de passions impures, de malice, ou l’esprit gâté par des études impies. Alors ces passions mêmes, en raison de l’analogie, attirent les mauvais esprits qui s’emparent d’eux à leur tour, les poussent à toute sorte d’iniquité, de sorte qu’ils s’entr’aident mutuellement ; alors ils ne font plus qu’un, comme un cercle qui se trouve exactement fermé*. »
Qn voit que rien n’échappait à Jamblique et qu’il possédait parfaitement sa matière — extase matérielle et purement cérébrale — catalepsie moderne, avec ses phénomènes hystériques, ses hallucinations maladives et désordonnées — extase démoniaque offrant encore les mêmes phénomènes, mais cette fois surintelligents et protéiformes, comme rupture de liens, ouverture de portes fermées, traversée merveilleuse des torrents, etc., etc., — enfin, extase angélique et divine, manifestée par le calme, le ravissement, l’apaisement des passions, la vue claire de l’avenir, etc.
Voilà comme on analyse, voilà la vraie finesse de critique, opposée à cette critique grossière qui croit avoir tout connu, par cela seul quelle a tout réuni sous une même étiquette...
Cette analyse de Jamblique est au reste celle de toutes les
sédés {lymphatici) ^ nous avons cru faire une version remplie d’actualité.