HisL crit. de l'École d'Alexandrie, t. ii, p
144 IMPORTANCE THÉOPHILOSOPHIQUE, ETC.
Alexandrins modernes, tenez- vous jusque-là pour bien et dûment avertis qu’avec vos préjugés il n’est certes pas un seul de tous vos anciens maîtres qui ne vous reniât pour disciples et ne vous refusât l’entrée de son sanctuaire. Que pourrait-il y avoir de commun, par exemple, entre Proclus et son panégyriste moderne? Celui-ci croit-il donc aux dieux erratiques du premier, et s’est-il jamais exercé à conjurer les orages et à faire tomber la pluie sur la terre altérée ? Comme Plotin, évoque-t-il donc des dieux trop tardifs à les rejoindre^"? Comme Julien et tous les autres, se serait-il fait, par hasard, initier aux mystères d’Eleusis? S’occupe-t-il de divination par l’anneau et de nécromancie dans les coupes? Comme Proclus, son idole, adore-t-il tous les dieux de la terre, à rexception de celui des chrétiens ? Comme tous les éclectiques, entretient-il, au moyen de V extase, but et consommation des vertus théurgiques, un commerce divin avec Esculape et le dieu du Soleil ? Sait-il bien ce que c’est que l’épopsie? Fait-il donc, comme Proclus, des révérences à la lune et correspond-il avec elie^? En un mot, voudrait-il donc, pour en finir avec le christianisme expirant, rajeunir un paganisne incompris? Oh! alors, mais seulement alors , nous nous rétractons complètement. Jusque-là, messieurs les éclectiques, bien heureusement pour vous, vous resterez de faux Alexandrins, puisque, bien loin de vous élever jamais jusqu’à la véritable extase, seul but de toute leur vie , vos ailes ont toujours été trop pesantes pour arriver jusqu’à l’extase magnétique et vos esprits trop positifs pour comprendre le premier mot' de ce spiritisme moderne, dans lequel, soyez-en bien certains, vos vieux maîtres eussent repris tout leur bien. Donc c’est donner la plus grande des entorses à l’histoire, que de vous présenter pour les disciples
1. On conseillait un jour à Plotin d’assister aux sacrifices théurgiques. « Ce n’est pas à Plotin d’aller trouver les dieux, mais bien aux dieux de venir trouver Plotin. » «Vit-on jamais, dit Bayle, une théurgie plus cavalière? »
2. Tous ces passages sont textuels, et nous les retrouverons plus tard , au ch. Néoplatonisme, IIP Mémoire.
l’aNT.E (iARDlEN CONFONDU AVEC l’aME. 145
de ceux qui distinguaient si bien les facultés et les extases psychologiques des extases surintelligentes envoyées par les dieux.