‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 136 sur 341 · III · texte numérisé non relu

III

L’ange gardien confondu avec l’âme. — Deux mots encore sur Socrate et M. le docteur Lélut. — Vintuition n’est pas plus le bon ange que le bon ange n’est une CERTAINE PARTIE DE l’ame. — Pressentiments, prémonitions. — Anecdotes.

— La droite ou la gauche, ou vraie doctrine biblique.

. 1. — Continuation de la méprise de Porphyre.

Nous venons d’entendre Porphyre nous poser la question du démon de Socrate ; beaucoup d’anciens philosophes se l’étaient posée avant lui, et nous la trouvons tout spécialement discutée dans Plutarque et dans Platon.

Ici donc encore le xix" siècle, qui croit toujours arriver le premier, n’arrive qu’après tout le monde.

Comme lui, l’antique philosophie s’était déjà demandé bien des fois s’il n’y avait pas une intuition purement psychologique au fond de ce singulier phénomène, et si les âmes qui * le subissaient n’étaient pas tout simplement des âmes plus attentives que les autres à la voix de leur raison. La force de leur esprit et le silence de leurs passions, disait-on, pouvaient leur faire percevoir des incidents futurs qui, par leur finesse, échappaient au vulgaire. La psychologie d’Aristote favorisait cette théorie, que paraissaient légitimer en outre certaines distinctions bibliques entre les diverses puissances de l’âme et même quelques identifications apparentes entre

1 . La plus connue de toutes ces distinctions était celle qui semblait séparer V esprit de l’àme, c’est-à-dire le irveuixa, mens, du anima. La première de ces deux paissances animiques passait pour être le point de jonction de l’homme avec son ange; plus tard, la scolastique', distinguant encore, appelait la première l’intellect passif, et l’autre l’intellect agent.

C’est par la même raison, et probablement par suite de la môme doctrine,

146 IMPORTANCK THÉOPHILOSOPHIQUE, ETC.

le lare et Yâme, recueillies dans les inscriptions tumulaires. Mais Socrate, assurément le meilleur des juges en pareille matière, puisqu’il était tout à la fois observateur et patient, Socrate, après avoir longtemps douté lui-même, avait fini par ne même plus permettre à ses disciples la plus légère hésitation. « Ce n’est pas moi, te dis-je, mais bien réellement un Dieu, deoç, un tuteur... J’ai cela de commun avec les sagesfemmes que par moi-même je n’enfante rien, je ne produis rien, mais bien l’esprit qui est avec moi; et la preuve que c’est bien un Dieu, c’est qu’il ne m’a jamais annoncé à Y avance une chose fausse »

11 semblerait qu’ après une telle étude, faite sur sa propre personne par le maître de Platon et le représentant le plus consciencieux de la sagesse antique, la cause devrait être entendue; elle l’était définitivement aux yeux de son illustre disciple. Mais on voudrait nous faire croire aujourd’hui qu’il était réservé à Socrate d’être mieux compris en 1862 par la Faculté de médecine de Paris que par l’Académie d’Athènes, et mieux jugé par M. le D'' Lélut que par lui-même ou par un disciple comme Platon. Si toutes les chances de vérité devaient augmenter, comme pour l’action des corps célestes, en raison du carré des distances, nous n’aurions rien à dire ; mais jusque-là, nous trouverons toujours très-dur de remplacer de si loin, chez un homme comme Socrate, la supériorité de la raison par la supériorité de la folie, et c’est ce que fait M. leD^ Lélut 2.

que les Perses ont toujours paru confondre sous le même nom leur ferouer, ou partie typique et spirituelle de l’âme, avec Y intelligence angélique, chargée de sa défense et de sa garde.

1. Platon {Theag.^ 151-250). Nous avons vu, dans notre introduction, que Socrate ajoutait : « Ce Dieu, je te promets de te le faire connaître , non pas par sa substance, mais par son action, car la puissance produite pàv V essence peut seule donner lieu à cette action. »

2. « Cette folie de Socrate, qui ne passa jamais à l’état de délire général, fut l’expression au moins hallucinée de la raison, de la philosophie, de la vertu. » [Démon de Socrate, par le D Lélut, page 179. ) Toute la question roulant, comme le dit Socrate, sur l’accomplissement constant et ponctuel de

l’ange gaudien coneonuu avec l’ame. 147

Ayant déjà soutenu sur ce sujet et contre lui une longue thèse, qui probablement n’aura pas obtenu l’honneur d’un de ses regards, nous ne la reproduirons pas ici.

Toute cette question cependant se rattachait étroitement à celle de nos anges gardiens dont, on le sait, les esprits familiers étaient la doublure équivoque et païenne.

C’est elle, qui après avoir été posée tout à l’heure par Porphyre à Anébon, est reprise à seize cents ans de distance par M. Cousin lorsqu’il dit à son siècle, en parlant de la sœur Magdeleine de saint Joseph, « elle avait un de ces grands cœurs qui font les héros en tout genre, et qui sont la première source des miracles : elle en fit donc comme sainte Thérèse. Comme elle, elle eut ses extases, ses visions. C’est le cœur qui échauffait en elle l'imagination, et c’est là, en effet, le foyer sacré de toutes les grandes choses. Quelle philosophie que celle qui viendrait proposer ici ses misérables objections ! Prenez-y garde, elles tourneraient contre Socratç et son démon, aussi bien que contre le bon ange de la mère Magdeleine. Ce bon ange-\k était au moins la vision intérieure , la voix sainte et vraiment merveilleuse d’une grande âme transfigurée *. »

Voilà tout ce qu’il est possible à M. Cousin d’accorder à la notion du bon ange. Le spiritisme de l’Institut atteint ici le summum de sa tolérance.

Laissons d’abord Jamblique répondre encore une fois à Porphyre ; c’était un peu plus difficile que de répondre à un philosophe français.

Jamblique commence donc par faire bonne justice du démon génethliaque^ des astrologues : « Le vrai démon, dit-il, n’est pas celui qui se trouve indiqué dans le Zodiaque à

toutes les choses annoncées, comprend-on que cet accomplissement, certifié par le grand homme, n’ait même pas eu les honneurs d’une mention honorable par ses hisloriographes modernes?

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