‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 140 sur 341 · Saint Augustin , de Curâ pro niorluis, XI · texte numérisé non relu

Saint Augustin , de Curâ pro niorluis, XI

Amenant le sommeil.

DE l’ange et de l’intuition MODERNE.

Maintenant, que ce soient les pères, eujc-mémes ou de bons anges qui aient apparu, c’est une question subséquente à laquelle nous reviendrons plus tard ; disons seulement que, sans résoudre entièrement ce grand problème, saint Augustin du moins tranche admirablement la question principale. {De Gen., XII, 26.)

« Dans un esprit presque entièrement dégagé des sens, dit-il, la vision spirituelle peut consister en images corporelles, soit quelle ait lieu pendant le sommeil ou bien pendant l’extase. Si ce que l’on voit na aucune signification, il faut le ranger parmi ces imaginations de l’esprit, si communes en dehors de l’extase et même à l’état de pure veille, et que l’on sait si bien discerner des corps véritables et véritablement présents. Mais si ce que l'on voit pendant le sommeil, la veille ou l’extase, signifie quelque chose (c’est-à-dire offre un sens clair et suivi), tout en nous montrant, comme s’ils étaient là, les corps et les portraits des absents, cela devient miraculeux; mais alors cela peut se faire par l’intervention d’un autre esprit (ou de l’esprit d’un autre) qui, par ces images, révèle ce qu’il sait à celui auquel il se mêle, soit que ce dernier le comprenne, soit qu’un autre le comprenne à sa place. Si cette signification bien démontrée ne peut s’expliquer par aucune espèce de corps, que peut-il nous rester en fait d’explication que l’intervention de cet esprit? A la vérité, quelques-uns veulent que l’âme humaine ait en elle-même une certaine force de divination. Mais, s’il en était ainsi, pourquoi ne pourrait-elle pas toujours ce qu’elle ne cesse de vouloir? et pourquoi ne recevrait-elle jamais aucun encouragement à cette puissance? D’ailleurs, personne, et aucun corps de la nature ne pouvant le moins du monde l’aider en tout cela, il ne reste plus qu’une seule ressource, c’est de la faire aider par un esprit 1. »

i. « Sedeum spiritualis visio, penitus alienato a sensibus corporis animo, imaginibus corporalium detinetur, sive in somnis sive in extasi, si nihil significant quæ videntur, ipsius animæ sunt imagina tiones. Sicut etiam vigi-

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On voit qu’en ne cessant de poser la surintelligence comme critère entre les phénomènes naturels et l’intervention d’un esprit étranger^ nous marchions couvert et garanti par la plus grande de toutes les autorités.

Quant au mode d’exécution, saint Augustin le rapproche de celui qui doit régler ces apparitions journalières dont le rêve et même l’état de veille nous offrent tant d’exemples, soit que l’image d’un mort ou d’un vivant apparaisse à quelqu’un sans que ce mort ou ce vivant s'en doute, soit qu'il le sache mais n'y soit pas, soit enfin qu'il y soit en le sachant^ etc. Ces trois variétés d’un phénomène au fond toujours le même, le grand docteur les attribue, dans les trois cas, comme Topinion la plus probable, à la coopération du bon ou du mauvais ange, suivant la vérité et les fruits de leurs révélations.

Au contraire, M. Brierre se sent de plus en plus gêné dans son système de réminiscences, car il convient (p. 237) que certains rêves authentiques ont fait connaître un événement qui se passait au moment même ou peu de temps après. « Un ministre protestant s’étant rendu à Edimbourg, d’un endroit voisin, descendit dans une auberge. Il venait de s’endormir, lorsqu’il vit en songe sa maison brûler et un de ses enfants au milieu des flammes. Il s’éveille aussitôt, quitte à l’instant la

la n tes et San i, et nulla alienatione moti , multorum corporum quæ non adsunt sensibus corporis, cogitatione imagines versant. Verum hoc inferest, qnod eas a præsentibus verisque corporibus constant! affectione discerniint. Si autem aliquid significant, sive dormientibus exhibeantur, sive vigilantibus, cum et oculis vident præsentia corpora et absentium imagines cernunt spiritu, tanquam oculis præsto sint, sive illa quæ extasis dicitur alienato prorsus animo a sensibus corporis, mirus modus est. Sed commixtione alterius spiritus fieri potest ut ea quæ ipsescit, per hujusmodi imagines ei qui miscetur ostendat, sive intelligenti, sive ut ab alio intellectu pandantur. Si eniin demonstrantur hæ.c.. nec utique a corpore demonstrari possunt, quid restât nisi ut ab aliquo spiritu demonstrentur^ Nonnulli ejusdem volunt animam humanam habere vim quamdam divinaticnis in seipsa. Sed si illa est, cur non semper potest cum sempervelit? An quia non semper adjuvatur ut possit? Cum orgo adjuvatur, numquid a nullo auta corpore ad hoc adjuvari polest? Proinde restât ut a spiritu adjuvetur... » (S. Aug., de Gcn., xiii, 27.)

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vifle pour retourner chez lui. Arrivé en vue de sa maison, il la trouve en feu, il s’élance à temps pour sauver un de ses enfants, qui avait été abandonné au milieu de l’alarme et de la confusion d’un pareil événement. »

S’il n’y avait qu’un seul hasard de cette espèce, on pourrait croire avec M. Brierre « que ce ministre se méfiait de son domestique, de son peu de précautions pour le feu, de son peu de sobriété à la foire, etc., etc. ; mais en vérité il y a par trop d’analogues à son histoire pour y .consentir ; car, ainsi qu’il le remarque lui-même, on trouverait difficilement un personnage célèbre qui, dans ses mémoires ou dans son intimité, n’ait fait allusion à quelque événement surnaturel de sa vie. » (P. 2Ù-6.)

Pas n’est besoin d’être un personnage célèbre ni d’avoir écrit ses mémoires, et, quant à nous, en raison de l’immense quantité de communications du même genre qui nous ont été faites, nous concluons hardiment à la généralisation presque complète et quotidienne de ces mêmes phénomènes. Pour répondre tout de suite à la dernière histoire d’incendie par une autre qui, pour nous, exclut toute méfiance et toute crainte d'enivrement , voici un fait très-positif : mon père, endormi dans une auberge de Rouen, où il se trouvait alors comme membre du conseil général, entend au milieu de la nuit une voix qui lui crie : « Réveille-toi, c’est une cathédrale qui s’abîme ! » .Sauter à bas de son lit, ouvrir sa fenêtre et voir la cathédrale en feu fut l’affaire d’un instant.

Dans sa jeunesse, jouant aux barres avec plusieurs officiers de son régiment, il vit encore un d’eux s’arrêter subitement au milieu de sa course et s’écrier, en posant sa main sur ses deux yeux : « Ah ! mon Dieu ! mon frère vient de se casser la cuisse en franchissant une barrière en Amérique. » Inutile d’ajouter que trois mois après la nouvelle se trouvait minutieusement vérifiée.

M. Bonnetty, rédacteur actuel des Annales de philosophie religieuse, nous a raconté qu’un soir, avant de s’endormir, il voit l’image d’un de ses amis, alors en Amérique, entr’ ouvrir

IMPOHTANCE TH ÉOPHI LOSO PHI QU E, ETC.

Jes rideaux de son lit, et lui apprendre qu’il vient de mourir à l’instant. La triste nouvelle se confirme plus tard et désigne ce même instant comme ayant été le dernier. Mais cette image portait un gilet dont le dessin très-extraordinaire avait beaucoup frappé M. Bonnelty; il s’informe plus tard et prie qu’on lui envoie le dessin de ce gilet. On l’envoie, et c’était complètement celui de l’apparition.

Il est donc bien évident qu’il y avait ici un peintre qui reproduisait un détail qui n’existait pas sur l’être perdy au moment même de la mort (il était mort dans son lit); donc l’âme n’avait pas pu voir â ce moment ce détail reproduit dans la peinture. Le peintre seul pouvait le faire de souvenir.

Nous verrons dans un autre chapitre [Nécrolâtrie] quelle part d’action la personne représentée, qu’elle soit vivante ou qu’elle soit morte, peut réclamer dans l’organisation du phénomène. Le débat en ce moment roule entre Vâme et Y ange gardien.

Voici maintenant deux narrations très-curieuses, qui nous ont encore été faites à nous-même et dont nous ne pouvons pas plus douter que de celles qui précèdent. M. l’abbé ***, aumônier de l’un des grands collèges de Paris, nous racontait ces deux anecdotes, dont ta pi-emière est le véritable pendant de celle de M"® R... dont vient de nous parler M. Brierre : Une jeune personne, religieuse, parente de l’abbé, voit â soixante lieues de distance sa mère mourir subitement en l’appelant, et en témoignant son regret de ne pouvoir l’embrasser. Elle se lève, réveille toute sa famille à laquelle elle apprend en sanglotant que sa mère vient de mourir; personne ne veut la croire jusqu’à l’arrivée, le surlendemain, du fatal courrier. Leschoses s’étaient exactement passées comme elle les avait annoncées.

Cette même dame (tant il est vrai que l’hérédité se retrouve partout) avait offert de son côté le même phénomène. Se trouvant en Lorraine, on l’avait vue, une nuit, s’éveiller en sursaut et, dans un accès de désespoir, déclarer que son fils.

DÇ: l’aNGR et ftE l’intuition moderne.

alors h Paris, vient d’être poignardé et jeté dans la rivière. On écrit à Paris, on cherche, et l’autorité trouve le cadavre à l’endroit désigné, et portant la funeste blessure.

Mais le fait suivant, sans être aussi positivement merveilleux, est peut-être encore plus frappant : « Moi-même, me disait le, même narrateur, étant aumônier à l’hôpital de Douhérah en Algérie, je venais de passer une heure auprès d’un malade qui m'intéressait; je m’aperçois que l’heure approche d’aller prendre ma place retenue dans le coupé de la diligence qui fait le service de cette petite ville à Alger, dont elle est séparée par une distance de quatre lieues. Je me rends donc en toute hâte au bureau; mais lorsque je me dispose à monter, je trouve le coupé occupé par trois voyageurs qui refusent de descendre ; au même moment, on vient me redemander de la part de mon malade, qui, dit-on, tient absolument à me revoir. Je m’explique d’autant moins cette insistance que Ton ajoute qu’il est debout et dans le même état satisfaisant où je viens de le laisser. Je n’en tiens donc aucun compte, et, retournant au bureau, j’exige qu’on me livre ma place. On le fait et mon usurpateur descend. Mais au moment même où je me dispose à monter, voilà que je sens en moi comme une volonté trèsforte qui s’oppose à la mienne et m’intime l’ordre de rester. J’essaye encore, même obstacle; enfin, j’obéis sans trop savoir pourquoi; j’abandonne ma place et je me rends à l’hôpital, où, comme je le prévoyais bien, mon malade n’avait absolument rien à me dire. Je reviens donc deux heures après sur la place de la ville, fort ennuyé d’avoir manqué mon voyage, mais quel est mon étonnement en voyant ma diligence y revenir ellemême, quand on la croyait à Alger.' On s’attroupe, on l’entoure, on interroge, et pour toute réponse les conducteurs ouvrent le coupé et en retirent les trois voyageurs décapités,.. Les Bédouins avaient assailli la voiture à deux lieues de Douhérah,... et c’était leur œuvre... )>

Qui pourrait blâmer le bon abbé d’avoir vu dans le faux appel du malade, dans l’usurpation de sa place et dans sa

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répulsion à monter, autant de procédés protecteurs émanant de son bon ange ?

Quant à ces sortes de photographies historiques et de secondes vues anticipées, bien autrement concluantes, selon nous, une des meilleures preuves qu’elles ne naissent pas au fond de Tâme, c’est qu’elles frappent parfois plusieurs personnes ensemble. Nous connaissons un homme portant un nom célèbre, et favorisé de ces communications, d’une manière pour ainsi dire continue, mais avec cette particularité tout à fait curieuse, qui les lui fait partager avec sa femme. Voit-il en rêve un ami mort : sa femme le voit au même instant, dans les mêmes lieux, dans le même état moral, portant le même costume, etc., etc. 11 y a donc là un moniteur extrinsèque et commun.

Vouloir donc expliquer tout cela par les grands mots de rêves psychiques intuitifs, comme le fait M . le D" Macario, réduire ces hallucinations à celles de l’ouïe, comme le fait M. Baillarger, les faire dépendre de congestions cérébrales, comme le veut M. Maury, de la surexcitabilité nerveuse, comme l’établissent tous nos aliénistes, c’est véritablement atteler un carrosse devant son équipage, et prendre les effets pour les causes. 11 vaut mieux finir comme finit encore M. Brierre de Boismont : « Sans être taxé de penchant au merveilleux, ne peut-on pas dire qu’il y a des événements qui sortent des lois communes et que plusieurs faits authentiques semblent prouver Y instantanéité de Vévénernent et de sa perfection ? » (P. 261.)

Seulement il faudra bien prendre garde d-ajouter comme lui : « 11 est cependant probable qu’il n’y a là qu’une simple coïncidence ou une réminiscence. »

Réminiscence... de ce qui n’a jamais été!...

Nous garantissons que M. Brierre pense plus juste aujourd’hui que sa plume n’écrivait hier.

Non, l’àme humaine ne sait pas à point nommé ce qu’elle n’a jamais su dans un autre moment.

Proclus et Jamblique parlent à ce sujet comme Socrate, Pla-

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