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Les deux chorées, discussion toute récente à. l’Académie de médecine. —
Distinction accordée. — Étiologie en défaut. — Les knockings et les rappings
attribués à la contraction musculaire des malades.
i. — Causes intrinsèques en apparence, ou phénomènes subjectifs.
Ainsi, par exemple, reportons-nous aux discussions qui avaient lieu à l’Académie de médecine, le 30 août 1859, à propos de la chorée.
11 n’existe peut-être pas de sujet plus favorable que celuici à la distinction de nos deux ordres de névrogénésie^, et nous nous sommes réjoui, pour notre part, de voir une polémique sérieuse s’engager sur cet excellent terrain.
Tout le monde sait que par ce mot chorée on entend un en-
i. Production des maladie.^ nerveuses.
IMPORTANCE MÉDICALE
semble anormal de gestes ou de démarches, occasionné par une musculation involontaire et désordonnée.
Mais à côté de cette chorée vulgaire et très-fréquente, vient s’en placer une autre beaucoup plus rare et bien plus extraordinaire, dont la science d’autrefois avait toujours tenu grand compte, jusqu’au moment où le rationalisme médical était venu défendre à la nôtre d’y croire et de s’en occuper.
Si nous ouvrons, à ce mot, le Dictionnaire des sciences médicales dont la rédaction remonte aux j)remières années de la Restauration, il nous dira qu’il ne connaît qu’une chorée sousdivisée, il est vrai, en essentielle et secondaire, mais toujours unique, tandis que celle qu’on a voulu faire consister en une sorte de danse permanente, celle, en un un mot, qui ne se guérissait qu’au tombeau de saint Vite ou de saint Guy ne consistait qu’en « jongleries, superstitions et fourberies ridicules, rejetées aujourd’hui par la science, parce que ce n’était là qu’une singerie plus ou moins habile de la véritable chorée. » Cette chorée singulière allait donc, il y a quarante ans, rejoindre dans l’exil toutes ces névropathies plus ou moins réintégrées aujourd’hui dans la science et parmi lesquelles on peut compter les possédées de Loudun, de Saint-Médard, les trembleurs des Gévennes, les convulsionnaires, etc., etc.
Mais depuis lors le temps a marché, ou plutôt, comme sur le cadran d’Ézéchias, l’ombre, pour donner avec plus de précision l’heure de la vérité, s’est vue contrainte encore une fois de retourner en arrière, « recede ut procédas. »
Force a bien été de remettre à l’étude ces grandes épidémies nerveuses que tant d’autres études nouvelles et de faits particuliers semblaient rappeler tous les jours.
M. le docteur Calmeil s’est donc exécuté généreusement, et, comme on le sait, nous a révélé bien des secrets.
Aussi, dans l’année 1849, la Faculté ayant mis encore une fois au concours l’histoire de cette maladie, le docteur Roth a-t-il pu la résumer l’année suivante dans une monographie remplie d’érudition et d’intérêt.
LES DEUX CHORÉES. 187
Puis enfin, comme nous venons de le dire, le 30 août 1859, ï
la question ayant été ramenée à l’Académie de médecine, 1
la discussion n’a pas tardé à s’engager sur la nécessité de la |
fameuse distinction que, pour notre part, nous réclamions de- , |
puis dix ans pour tout cet ordre de maladies, dans le double *
intérêt médical et religieux. |
Chargés de faire un rapport sur la chorée en général, ■
MM. Blache et Bouvier ne s’étaient servis que de ce seul mot, chorée. Or, dans la même séance, M. le docteur Trousseau leur j
reprochait de ne pas avoir employé, parallèlement au mot chorée, l’expression àe danse de Saint-Guy . Il convenait que cette ,!
dénomination était absurde, mais, ajoutait-t-il, « vous savez, messieurs, qu’en médecine, celle qui le paraît le plus est pre- . h
bablement celle qui l’est le moins ; il fallait donc distinguer la ;
chorée légitime et vulgaire de ces grandes chorées épidémiques du moyen âge et surtout de cette chorée sallatoire, étrange, j:
dans laquelle les mouvements sont merveilleusement ordon- Jl
NÉS ET EXÉCUTÉS. » j
M. Trousseau venait de prononcer les mots <( ordonnés et -i
exécutés. » i
Mais M. Bouvier, l’un des deux rapporteurs, maintenait son ;
expression générale de chorée, en disant que Vautre ne ferait î
qu’ajouter à, la confusion et au bouleversement historique. Â
Était-ce k dire pour cela qu’il confondait nos deux maladies? .
« A Dieu ne plaise! disait-il, dans tous les livres, dans tous les travaux qui ont été publiés depuis deux cents ans sur la 1
chorée, on a donné le même nom à deux affections très-différentes que l’on a confondues complètement, savoir: l’ancienne ;
danse de Saint-Guy (traitée de fable par le Dictionnaire) . sorte 1
d’envie immodérée de sauter et de danser, fureur dansante, )
ou chorémanie endémique des xvi' et xvii* siècles, et cette y
chorée vulgaire, la vraie chorée, dont il est question aujour- j
d’hui; appliquer à celle-ci le nom de danse de Saint Guy J
donné primitivement à l’autre serait tout confondre à nouveau. » J
IMPORTANCE MÉDICALE
« Il est temps de ne plus confondre la chorée simple on (jesliculatoire avec la grande chorée rhythmique qui en diffère en ce que les mouvements également irrésistibles ne sont pas désordonnés, mais, au contraire, parfaitement ordonnés... »
C’était peut-être la première fois, depuis cent ans, que l’on revenait à cette distinction essentielle.
M. Bouvier rajeunissait tout simplement le conseil de Platon de ne jamais confondre les maladies naturelles avec les maladies envoyées par les dieux.
— Mais, M. le d' Bouvier, dira-t-on, rirait bien tout le premier de celui qui le rangerait parmi les démonologues !
— Nous le savons parfaitement, mais il nous suffit, à nous, de le voir admettre deux maladies en une seule.
Quant au nom qu’il faut donner à l’une d’elles, cherchonsle donc un peu dans les phénomènes qui la dominent. Or, puisque M. Bouvier nous renvoie à l’opuscule de Roth comme à un véritable chef-d’ œuvre d’ exactitude et d’érudition, interrogeons celui-ci, quitte à le compléter par un autre.
Voici d’abord une assez longue dissertation sur la date de la première apparition de la chorée. Nous trancherons facilement plus tard cette difficulté, en prouvant que les danses des corybantes grecs n’étaient pas autre chose, et que par conséquent l’acte de naissance de la maladie devient tout a fait inutile à rechercher.
Les premières descriptions que nous en ait laissées le moyen âge lui donnent le nom de danse de Saint-Vite ou de Saint-Guy, parce que l’on guérissait, avons-nous dit, au tombeau de ce saint (Roth admet cette guérison, p. 18), cette maladie attribuée par les païens à leur ancien dieu Magor.
Au XV' siècle, Schenk de Graffenberg nous la montre régnant en Allemagne et attaquant principalement les basses classes. « On voyait, dit-il, les tailleurs, les cordonniers saisis d'une terrible fureur dansante, s’assembler en certains lieux et, là, se livrer à cet exercice avec une telle violence que, lorsqu’on ne s’y opposait pas de vive force, quelques-uns se bri-
LES DEUX CHORÉES.
saient la tête contre des pierres, et se précipitaient dans les rivières où ils trouvaient la mort (p. 10). »
Comme la musique les soulageait, l’autorité payait des timbaliers pour les accompagner jusqu’à la fin de l’accès
Félix Plater, cet éminent médecin du xv" siècle dont M. Calmeil fait un magnifique éloge, nous montre «les victimes de cet liorrendus affeclus, restant plusieurs jours sans boire ni manger et, le corps brisé et courbé, parlant des langues qu’ils n avaient jamais apprises, quas non didicerant, le démon s’exprimant comme par leur bouche » (p. 15).
Il serait fatigant de suivre siècle par siècle toute une série de symptômes à peu près identiques ; arrivons tout de suite avec Roth aux temps modernes et retrouvons dans plusieurs cas particuliers les variétés et les complications ordinaires de toutes ces névropathies. Voici d’abord la variété tournante (c’était autrefois la plus ordinaire) que Roth compare à l’infatigable rotation d’une toupie ou d’une roue tournant avec une incroyable rapidité. Rotation fort difficile lorsqu’elle a lieu sur \e gros orteil;... à la rotation succède la grimpade comme un écureuil le long des murailles, au sommet des arbres, ou plutôt, on a tort de parler d’écureuil, « car jamais écureuil ni équilibriste ne purent se livrer à des mouvements aussi bizarres. »
« Si nous essayions, dit Jahn, de décrire la nature de ces accès, le lecteur croirait que ce sont des imaginations... » (Roth, p. 104.)
Chez d’autres, le somnambulisme intervenait ; voici un enfant bien élevé qui, dans cet état, lit avec ses doigts le titre des livres qu’il jette ensuite violemment à la tête de celui qui l’interroge; — propos dégoûtants tenus par cet enfant bien élevé.
M. Calmeil { Folie j t. II, p. ICO) nous les montre courant tout nus, ou presque tout nus, et se couronnant de fleurs a la manière des anciens corybantes... Qui est-ce donc qui donnait subitement à tous ces cordonniers une leçon d’archéologie si fidèle?,.. Première preuve que les traditions n’ont pas bo.'Oin d’ètrc écrites pour se trouver rajeunies sponlanémcnt.
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Il appelle constamment quelqu’un par quatre noms qui ont le son de noms russes, et applique son oreille à la porte comme pour attendre la réponse (p.97). — Mêmes colloques chez un autre qui semble se donner des encouragements à lui-même. » — A ces colloques succèdent trois et quatre- heures d’imitation du cri de tous les animaux, le bêlement de la brebis, les aboiements du chien, etc., le tout avec une perfection de naturel qu’on ne voit jamais sur les tréteaux ou au théâtre. — Au reste, ce n’est pas seulement l’imitation du cri, c’est l’imitation des actes et des habitudes, boire et manger comme chacun d’eux, par exemple, en s’identifiant avec eux et criant : «le mouton veut boire, le mouton veut manger» (p. iOl). Puis reprise des tours de force dépassant dans leur adresse, dans leur habileté, tous ceux des acrobates. Prédilection (comme à Loudun) pour la tête renversée en arrière et le raiser