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LA FOI DES ANCIENS MAITRES

être accusé d’ignorance pour avoir attribué cette délivrance au prophète qui l’avait si bien promise à sa victime.

Ceux de nos médecins modernes que nous signalions tout à l’heure comme étant en bonne voie de conversion ne le penseront pas. Ils commencent même à regarder comme un sacrilège d’avoir déshonoré Fernel et tant d’autres, et même, avant eux, le père et la gloire de la chirurgie française, Ambroise Paré, en présentant ses paroles et ses attestations comme les rêveries d’un imbécile ou d’un fou.

Faites-y bien attention, en effet, il ne s’agit ici ni d’un art en enfance, ni des progrès de la science et de la raison. Non. Quand Ambroise Paré, quand Fernel vous disent: « nous AVONS vu, 1) ou bien encore « l’esprit sortit en disant, » etc.; pour peu que l’on se permette de sourire, on fait de tous ces grands hommes, non pas des arriérés, mais des idiots, des fous, ou, ce qui serait bien pis encore, des imposteurs; pas de milieu possible.

Ainsi Paré (voy. ses Œuvres, p. 1040), après avoir passé en revue toutes les maladies simulées et fait preuve de la plus grande finesse en les découvrant, comme de la plus grande fermeté en les livrant à la justice... Paré en arrive aux sorciers, aux enchanteurs, et distingue fort justement ceux qui le sont par pacte, de ceux qui ne le sont que par simple curiosité, par désir de connaître l’avenir, les choses cachées, etc. « Rien de plus facile à démontrer, dit-il, moins encore par l’autorité des docteurs et des magistrats, qui jamais n’auraient fait une loi contre une chimère, que par l’autorité bien plus grande de l’Ancien et du Nouveau Testament, et même par I’expérience et la raison.

«Ceux qui sont possédés parlent diverses langues inconnues; ils font trembler la terre, tonner, éclairer, venter, déracinent les arbres tant gros et forts soient -ils; ils fascinent les yeux, peuvent faire voir ce qui n’est pas, et tout cela j’atteste l’avoir vu faire à un sorcier, en présence du défunt roi Charles IX et autres grands seigneurs.

IMPORTANCE MÉDICALE

«... Quant aux démons, on les entend hurler durant la nuit et faire entendre comme des bruits de chaînes. Ils remuent bancs, tables, livres, argent ; on les voit se promener par les chambres, ouvrir portes et fenêtres, jeter la vaisselle par terre, casser les pots et les verres, et se livrer à tout le vacarme possible; puis, le lendemain, tout est à sa place, les portes et les fenêtres ne sont même pas ouvertes...

« Tout cela est supernaturel, incompréhensible, passant l’esprit qui ne saurait en rendre raison. MAIS QUAND on ne peut découvrir UNE CAUSE, IL SUFFIT QU’ON EN VOIE LES EFFETS. Il ne se faut donc pas opiniâtrer plus au long, ains confesser la faiblesse de notre esprit... Ce sont encore eux qui entassent au corps des personnes vivantes mille choses étranges, comme des os, des ferrements, des clous, des épines, du fil, des paquets de cheveux, des morceaux de bois, des serpents et autres choses monstrueuses^... »

Après Ambroise Paré, on trouve, en se rapprochant de nos jours, les mêmes convictions partagées par des médecins du

4 . Cotte ingurgitation des objets les plus bizarres était un des phénomènes qui paraissaient le plus inexplicable, et M. le d^'Calmeil nous le montre chez presque tous les possédés. De tout temps, il est vrai, on a vu quelques rares jongleurs, à force d’exercice, parvenir à la reproduction de quelque chose de semblable, mais ce serait supposer une complète inintelligence chez nos adversaires, que d’insister sur l’abîme qui sépare le charlatan spécial, qui a fait de ce tour l’étude de toute sa vie, du pauvre enfant ou de la pauvre religieuse qui voit, du jour au lendemain, ce phénomène se reproduire autour d’elle, comme en elle, et s’adjoindre aux horribles névroses, aux révélations surintelligéntes, et aux mille autres merveilles venues à la suite de l’épidémie; comme tous les autres, ce phénomène déjouait l’analyse la plus sévère, l’examen le plus attentif, la surveillance la plus infatigable. Chez les possédés du moyen âge, comme chez les stigmatisées du Tyrol, affligées de la même épreuve, vainement des médecins se constituaient-ils, pondant plusieurs nuits et plusieurs jours consécutifs, en sentinelles vigilantes pour surprendre l'ingurgitation personnelle, jamais elle n’avait lieu. (Voir, sur ces dernières, le rapport du D*" Dei Cloche, médecin en chef de l’hôpital civil et militaire de Trente, rapport inséré au LXXXIV*" tome des Annales médicales de Milan, 251); et pour les premières, la plupart des grandes épidémies de délire mentionnées par M. le D*" Calmeil dans son livre De la folie; voir, en outre, Hoffmann, Forni, etc., etc.

LES DEUX CHORÉES.

premier ordre, comme Hoffmann, et surtout comme de Haen, ce médecin de la cour de Vienne dont nous parlions tout à l’heure; le premier dans sa dissertation médico-légale sur « le pouvoir du démon dans la nature, » et le second dans son livre « des miracles, » marchent exactetemenl, à cet égard, en plein xviiff siècle, dans les mêmes voies que Paré et Fernel suivaient h leur époque.

Comme tous ces grands médecins se seraient donc amusés en entendant Bauer définir la prétendue possession « le résultat de la conscience du moi sortie hors de sa position ordinaire ! » comme ils riraient de toutes les explications de ces grandes névroses par des... névroses \

11 est grandement temps que tout cela s’éclaircisse.

Nous avons dit qu’une école nouvelle et réactionnaire se recrutait en silence, et nous allons voir que certaines discussions officielles permettent de supposer que cette école est dès à présent beaucoup plus nombreuse, même à Paris, qu’on ne serait tenté de le supposer.

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