Musée des Sciences, t. III
LA SCIENCE ET l’oCCULTISME.
l’Évangile, il se voit obligé de passer immédiatement aux thaumaturges magnétistes qui, dit-il, « récusent à leur tour, toujours pour bonnes raisons, le jugement de l’Académie des sciences, etc.^ »
Nous devons donc continuer à le suivre pas à pas, et, pour lui plaire, nous allons régler aujourd’hui le compte courant, ouvert depuis bientôt dix ans, entre Toccultisme et la science.
Autour de ce drapeau de la spiritophobie scientifique et générale qui fait toujours notre étonnement, il y a cependant encore deux camps très 'distincts, celui des inébranlables et celui des tres-embarrassès.
Savants INÉBRANLABLES ! pour commencer par lespremiers, ilssontdonc toujours en majorité, les savants qui ne laissent aux crédules que le choix entre ces deux épithètes : imbéciles ou fripons. Voici donc toute une génération de critiques s’imaginant que des milliers d’expérimentateurs, suffisamment instruits, sensés et bien portants, ont cru voir des tables se soulever sans contact, quand elles restaient à terre, des livres se produire sous leurs doigts, quand il n’y avait que du papier, des fantômes serrer leurs mains, quand il n’y avait que de la chair et des os î II faut, en vérité, que cette spécialité de dénégateurs estime bien haut sa force et sa propre santé, pour concevoir, au milieu du siècle des lumières, une telle opinion de l’intelligence humaine? Aussi leur est-il impossible de persister bien longtemps dans cette appréciation miséricordieuse, et se voient-ils forcés de revenir aux vieilles et sévères explications, par le mensonge et par la jonglerie.
Ainsi, nous avons vu ces jours-ci des hommes fort sensés à leur tour, et tout aussi bien portants que nous, mais arriérés de vingt années pour le moins, reprendre à nouveau la question magnétique tout juste au point précis où l’avaient laissée Mesmer, Cagliostro et les plaisanteries décrépites de Thouret. On a vu quelque chose de plus fort : on a vu l’Académie écouter ces nouveautés, et, cinq ans après les avertissements d’Arago sur « l’imprudence du mot impossible appliqué à cet ordre de faits^, » rétablir ce mot en grosses lettres sur le plus usé de ses drapeaux. C’était trouver bon par conséquent que l’on continuât d’en appeler toujours à Robert-Houdin alors même que ce savant loyal avait solennellement et chaleureusement affirmé, apres consciencieuse expertise, que « ces faits n’avaient absolument rien de commun avec son art et ses travaux^; «c’était encore rabaisser les
i . Chaire d/ hébreu, loc. cit.
%. Mot d’Arago, pris pour épigraphe de notre premier Mémoire.
3. Voir le P*’ chapitre de notre premier Mémoire, intitulé : « L'expertise d'un grand maître. »
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INTRODUCTION
grands noms de Jussieu, Georget, Andral , Rostan, Ferrns, Jules Cloquet et tous ks académiciens signataires de la fameuse enquête de 1831, enquête collective, unanime et complètement affirmative, résultat de cinq années de persévérance et d’études.
C’était, disions-nous, immoler une étude monumentale à l’on ne sait quelle enquête microscopique tentée hier chez tel ou tel inconnu, et dont le résultat négatif prouvait, osait-on dire, que tout élait à recommencer’.
On a vu quelque chose de plus prodigieux encore : on a vu des savants distingués chercher, et, qui mieux est, trouver' dans un certain craquement muscidaire et artificiel de la jambe la grande explication de tous \es esprits frappeurs des deux mondes*. On en a fait l’expérience en pleine Académie qui, dans l’excès de sa joie, ne s’est même pas aperçue, qu’en applaudissant à outrance à ce tte immense découverte elle sifflait du même coup des hommes comme Faraday, Carpenter, Gregory, Reichenbach, Ghcvreul, Babinet, Seguin, Montgolfier et cent autres, qui, non contents de publier de longs et sérieux articles sur leurs expériences propres et par conséquent pures de tout craquement musculaire, les ont, presque tous, sans les comprendre il est vrai, proclamées du moins comme reposant sur des phénomènes réels et dignes du plus haut intérêt ^
A ces derniers le soin de relever comme il convient cette injurieuse et ridicule bouffonnerie!
Ceux qui nous trouveraient ici trop sévère devraient, au contraire, nous trouver trop indulgent. Ils ne savent donc pas que pour cet ordre de savants, nous tous, amis ou ennemis de ces choses, mais avant tout esclaves de l’évidence, nous ne cesserons jamais d’être ce que nous étions, il y a quarante ans, pour le Dictionnaire des sciences medicales, c’est-à-dire « des bigots crédules < t ignares, des sois ignobles, des cervelles de vieilles femmes, etc.^ : » baptême renouvelé et recommencé dans cesde nières années par M. Foucault, déplorant, à l'ropos de nos faits contemporains, « l’imbécillité de ces pauvres et ignorants légistes, administrateurs, philosophes, agriculteurs, hommes politiques, canaille, sotte espece, devenus la proie des illusions, des
1. Voirie livre sur le Magnétisme, par M. .AI... , lauréat de l’Ac'. lémio.
2. Voir le compte rendu de la séance de f Académie des sciences du IS avril iS59.
3. Voir notre Appendice complémentaire du protnier Mémoire, chapitres I et If.