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Justice distributive du fléau

Mais voici bien autre chose. Examinons à présent la répartition des coups et la justice distributive de cette mort voyageuse.

Quoique, en général, dans les épidémies de choléra, l’affaiblissement des constitutions et les excès de tout genre aient attiré les premières décharges de la foudre (ce qui s’explique tout naturellement à tous les points de vue), il n’est peut-être pas un seul médecin qui n’ait signalé quelques-uns de ces caprices d'élection offerts par les épidémies de tous les temps. ^

Oui, de tous les temps! Ouvrons, en effet, Ozanam, Marchai de Calvi, etc., et nous y trouverons des particularités bien curieuses.

Tantôt c’est, comme nous le voyions tout à l’heure pour la chorée, tel ou tel âge qui, dans tel quartier, telle rue, telle maison, est atteint ou respecté.

4i A Cassan, dans une manufacture envahie, 19 ouvriers succombent l’instant, mais sur 300 enfants employés, pas un seul n’est atteint. Ce fait est saisissant et jamais on n’aurait pu espérer une telle immunité *. »

« Dans l’Inde, dit à son tour M. Double, l’épidémie ménage tous les enfants. »

M. Marchai rapproche ce fait de l’immunité des femmes observée dans un typhus de l’ancienne Rome, immunité telle, qu’elle devint le prétexte d’une atrocité, c’est-à-dire de la mise à mort de 270 matrones romaines (Eisenmann).

Ailleurs, ce sont les gens mariés. A Pegomas, M. Rossignoly, médecin de l’hôpital de Grasse, signale la préservation de tous les hommes mariés.

Ailleurs, ce sont les professions ; et quoique on s’explique fort bien l’immunité de telle ou telle classe, par exemple l’immunité constante au Caire de tous les porteurs d’eau, on ne comprend pas trop celle qui frappe uniquement à Philippeville (en Algérie) tous les portefaix

Marchai, p. 9.

%. M. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales.

254 IMPOHT. MÉD. — GÉNIES ÉPIDÉMIQUES

En d’autres temps, c’est telle religion et telle secte, par exemple tous les protestants dans la peste de Lyon, en 158i. Dans les nôtres, ce seront tous les Juifs qui, dans certains pays, seront complètement préservés comme ils le sont en général de la foudre

A Pont-à-Mousson, en 1813 et 1814, le typhus épargne tous les Juifs... « Entourés de méningites à Gibraltar, à Philippeville et à Alger, les Juifs seuls furent tous et complètement épargnés. »

Et M. Boudin, après avoir rapproché toutes ces observations modernes des observations plus anciennes, après nous avoir cité Degner, l’historien de la peste de Nimègue en 1736, qui avait dit : <( Tous les Juifs, sans en excepter un seul, m unicus quidem, furent complètement préservés, » après avoir cité Raii qui signale la même exemption pendant le typhus de Langoens, en 1824, M. Boudin, disons-nous, en tire cette conclusion ; w Lorsqu’une immunité se reproduit avec une telle constance, elle emprunte de cette répétition même une signification qui éloigne tout à fait l’idée d’une simple coïncidence »

Cependant nous avons eu raison de dire en certains pays, car en Pologne, au contraire, et l’on ne peut deviner par quelle exceptionnelle revanche, ce sont toujours les Juifs qui forment comme la matière première du choléra .

Mais l’application la plus bizarre est celle qui s’acharne (qu’on nous passe l’expression) sur les nationaux de tel ou tel pays, alors même qu’ils sont dans un autre.

Cette remarque n’avait pas échappé aux anciens. « C’est une chose vraiment étonnante , disait Évraque en parlant d’une peste d’Antioche, que lorsque les habitants d’une cité désolée par l’épidémie se trouvaient absents et dans des lieux où la maladie ne régnait pas, ils en étaient seuls attaqués »

Procope nous apprend à son tour que « dans les villes saines le venin infestait les personnes nées dans une autre ville infestée »

Et qu’on n’aille pas se figurer que ces personnes avaient emporté avec elles le germe du fléau national ! Cette explication très-commode serait démentie par les faits.

Qu’on n’oublie pas, en effet, que toutes les quarantaines sont ba-

\ . Voir le même auteur dans sa curieuse Moriographie de la foudre.

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