Études critiques sur la Bible, p
sérieuse, et M. Lacour entre autres, professeur d’hébreu de l’Académie des sciences de Bordeaux, n’a pas craint de publier deux gros volumes sur les aleim ou dieux de Moïse, ouvrage infiniment dangereux, dont le but était de placer le grand prophète hébreu à la tête du polythéisme antique. Frappé de cette multitude d’essences spirituelles désignées dans le texte biblique par ce nom d’ALEiM , frappé de ce que Moïse emploie sans cesse ce mot au pluriel , lorsqu’il avait à sa disposition le singulier a/^, frappé surtout du rôle immense et continu attribué à ces aleim en dehors de Jeové et de l’identité qui paraît exister entre les divinités égyptiennes et les mlac du peuple juif, M. Lacour en vient à conclure que le Pentateuque tout entier et le culte de Jeové appartiennent à l’Égypte. Selon lui, chez les deux peuples, le monothéisme et le polythéisme étaient tour à tour ou simultanément le produit de cette sagesse sacerdotale et païenne dans laquelle, d’après l’Écriture, Moïse, gendre d’un prêtre d’Héliopolis, avait été initié 2. « Il n’est plus possible de s’y méprendre, dit-il, et d’attribuer à Dieu dans plus d’une circonstance ce qui n’appartient qu’à ceux que le sacerdoce a faits ses ministres.
Plus loin, contemplant dans les bas-reliefs d’Edfou ces mêmes aleim, dieux amonéens, dieux artistes, vrais démiurges tenant le couteau, symbole de la création, il en infère encore qu’aux yeux de Moïse la création tout entière était l’œuvre de ces forces (aleim), présidées seulement par Jeové, ce qui constitue à ses yeux un véritable polythéisme.
Devant revenir plus d’une fois sur ce dangereux ouvrage, nous nous garderons bien d’entrer avec M. Lacour dans une discussion philologique tout à fait en dehors de notre compétence; contentons-nous seulement de lui prouver qu’il a tort de ne pas tirer plus de parti de ce qu’il a très-justement en-
^ . Ceci se rapporte au premier verset : « Les dieux créa. » M. Lacour rejette l’explication ordinaire par la trinité, comme absolument insuffisante.