Dieu et les dieux à VInstitut
Dans ces deux dernières années, l’Académie des inscriptions et belles-lettres s’est livrée à de longues et intéressantes discussions sur la notion de {'unité divine à propos d’un mémoire de M. Renan. Là, nous avons entendu l’élite de l’érudition française, et vraiment elle s’y est montrée de tous les côtés aussi brillante que loyale; mais qu’en est-il résulté? La non-solution du problème d’abord, l’accroissement de ses ténèbres ensuite.
Et comment en eût-il été autrement, puisqu’il n’y a pas en Europe, comme le dit fort bien M. Lacour, « un seul homme vivant qui se soit sérieusement assuré sur cette grande question du polythéisme?» Rien n’est plus vrai; on ne songeait même pas à définir les termes, à se demander ce qu’on entendait par un peuple po/?/i/iéis<e. La fine critique n’allait pas jusque-là, et certainement elle restait persuadée que polythéisme signifiait « culte opposé à celui d’un seul Dieu, » tandis que ces deux mots polythéisme et monothéisme n’expriment que deux vérités très-conciliables, et dont la réunion réelle et pratique n’est pas plus contradictoire que celle d’un général et de ses légions. Il était évident que l’on confondait idolâtrie et polythéisme, c’està-dire {'adoration de dieux étrangers et maudits, avec la reconnaissance de plusieurs êtres spirituels appelés dieux ou plus littéralement élohim ou forces’^.