LES SÉPHIROTH DE LA KABBALE
OU la sagesse ; 3® hina ou la troisième splendeur, qui découle de l’union des deux premières. »
Quand on pense à l’antiquité du Zohar, et que l’on se rappelle Voltaire ne trouvant aucune trace du mystère de la Trinité avant saint Athanase, qu’il en disait V inventeur^ on rougit de tout ce que l’on voulait bien accepter d’une telle main dans ces années d’ignorance et de légèreté. Mais revenons h notre kabbale.
« Il n’est pas moins évident, continue le chevalier Drach, que les sept autres séphiroth sont, ainsi que le déclarent expressément tous les cabalistes, les esprits de Dieu., ou, plus exactement, Dieu lui-même, dans ses attributs. En effet, elles comprennent toutes les perfections divines et constituent un tout parfait entre elles et Dieu.
« Maintenant que ces attributs diyins soient inhérents à Dieu, c’est ce que nous enseignent la philosophie et la théologie chrétiennes : « Il est aussi impossible, dit le R. P. Perrone, d’admettre une distinction réelle entre Dieu et ses attributs, soit cbsolus', soit relatifs, que d’en admettre une autre entre ces attributs eux-mêmes. » [Prœlecta theologica de Dei simpl.^ prop. !i.)
« M^"* Bouvier, de sainte et vénérable mémoire , professe exactement dans sa pneumatologie la même opinion. »
Soit, rien n’est plus philosophique et plus beau que cette doctrine sur l’indivisibilité de Dieu et de ses perfections divines.
Mais ici nous nous voyons obligé , bien à regret , de nous séparer de notre maître et ami, et de l’abandonner sur un terrain où il nous paraît donner trop beau jeu à l’opinion régnante, qui métamorphose tous les anges en personnifications purement métaphoriques des attributs divins.
(( L’opinion, dit-il, de ceux qui prennent ces esprits pour des anges ne me paraît pas admissible, car Dieu seul, à l’exclusion de toute créature, quelque élevée quelle soit dans la hiérarchie céleste, a le droit et le pouvoir d’accorder cet
DKS KSPKITS AVANT LA CHUTE.
état de grâce spirituelle, appelé gratta et pax... Salutation que saint Paul aime à répéter en tête de presque toutes ses Épîtres, « grâce et paix par Dieu notre père et notre Seigneur Jésus-Christ. »
Très-bien; mais en quoi Dieu, reconnu comme la source, pourrait-il empêcher l’ange d’en être le canal, puisque tout le monde convient que, toujours, dans l’Ancien Testament et presque toujours dans le Nouveau, il faut reconnaître un esprit intermédiaire dans toutes les relations existantes entre l’homme et son Dieu?
Est-ce que ce n’est pas un ange qui a chanté : Gloire à Dieu dans les deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté? Et la vie des saints ne fait-elle pas débuter toutes les apparitions angéliques par des paroles de paix et de tranquillité?
Ensuite faut-il bien réfléchir à la fin de la phrase de saint Paul , formulant le même vœu. « A Deo et septem spiritibus, par Dieu et par les sept esprits. » Or, M. Drach loue Grotius d’avoir ajouté : <' C’est-à-dire par Dieu opérant de sept manières différentes. » Mais le mode de transmission angélique n’était-il donc pas compris dans cette phrase du même apôtre : « Dieu, après avoir parlé à nos pères par bien des modes multiformes , a voulu enfin nous parler aujourd’hui par son fils? »
Nous venons de dire que c’était le mode le plus constant; par conséquent, la paraphrase de Grotius rentrerait dans la nôtre.
Ensuite, nous avouons ne pas trop comprendre des jterfections dhnnes « toujours prosternées en face du trône du Très- Haut, in conspectu throni, » des perfections « envoyées par toute la terre , missi, mlac, » expression partout et toujours consacrée aux anges, « des perfections qui portent les sept plaies, etc., etc. » Et quand nous voyons surtout le premier de ces attributs s’appeler force, et saint Michel s’appeler force de Dieu, le quatrième s’appeler courage, fortitudo, et l’ange Gabriel s’appeler également fortitudo Dei, le septième s’appeler
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bienfait, bénédiction de Dieu, et Raphaël s’appeler bénédiction ou guérison de Dieu, nous soupçonnons entre tous ces attributs et ces réalités -angéliques et historiques une irrécusable connexion.
Par conséquent, il nous paraît bien difficile, et même on ne peut plus dangereux , de rentrer ici dans ce système de pures métaphores que nous allons combattre un peu plus loin.
Nous trouvons dans le Thalmud une distinction que l’on fait remonter jusqu’aux plus antiques traditions. Il y aurait trois ordres de séphiroth : 1" les séphiroth attributs divins; 2° les séphiroth physiques (ou sidérales) , au nombre de sept ou de dix , comme les autres ; 3“ les séphiroth métaphysiques , ou périphrase de Jéhovah, qui occupent les trois premières, tandis que les sept autres sont les esprits de la présence. Par
elles, ON ENTEND LES ANGES, NON PARCE Qu’iLS SONT SEPT, mais
parce qu’elles se rapportent aux sept séphiroth qui contiennent l’universalité des anges. C’est pour cela que le septénaire est appelé oùXojAeÀviç et plus spécialement , gardien
vigilant 1. »
D’après tout cela, Georges Steingel a eu raison de dire : « A la milice du ciel divisée en sept armées est confiée le soin de divulguer les sept attributs divins^; » et le célèbre Burnouf a tout aussi bien dit : « Les sept amschaspands qui certes sont bien nos archanges désignent aussi cependant les personnifications des vertus divines*. »
D’ailleurs que ferait-on de l’affirmation de ces anges euxmêmes, celui de Tobie, par exemple, se disant un des sept qui sont devant le trône de Dieu ? et comment pourrait-on Séparer ces sept archanges persans des sept esprits apocalyptiques, auxquels on assigne précisément le même poste?
Au reste, nous serions peut-être moins affirmatif si nous ne nous sentions si bien appuyé : 1® par Cornélius à Lapide
\ . Traité I, du livre Druschim, p. 59.