Dignité de la raison, t. I, p
LE TRADITION’ÀLISME (iXNS ÉUEN.
cette impossibilité n’implique pas du tout la révélation extérieure de la parole. »
C’est donc la parole extérieure, étrangère, personnelle, dont on veut se débarrasser à tout prix, pour arriver à l’indépendance complète de la raison. Nous avons vu, page 77, combien le dernier ouvrage des apostats d’Oxford ( Essays and Reviews) tenait à cette suppression absolue, réduisant toute espèce de miracle aux phénomènes instinctifs et subjectifs, c’est-à-dire en un mot à une véritable hallucination miraculeuse. Qu’on le sache bien, voilà l’ennemi de l’avenir et d’un avenir très-prochain ; et cet ennemi s’appellera l’illuminisme moderne ; la question est donc du premier ordre.
Voyons comment le grand évêque d’Hippone, familiarisé déjà avec V illumination intérieure de M. l’abbé M..., lui répondait treize cents ans à l’avance.
« Ce qui répugne le plus aux rationalistes de bonne foi à là première lecture du deuxième chapitre de la Genèse, c’est d’entendre dire que Dieu a parlé en personne, par sa propi’e substance, qu’il sq promenait dans le jardin, etc.»
Or, saint Augustin non-seulement semble comprendre, mais encore partager la même répugnance. « En supposant, dit-il, le premier homme à la hauteur des anges, on pourrait penser que Dieu a pu lui parler par illumination mentale, comme il le fait avec ces derniers, c’est-à-dire sans voix, sans aucuns sons corporels, ou représentation de choses corporelles. »... Toutefois JE NE PENSE PAS que Dieu ait ainsi parlé au premier homme,... car l’Écriture raconte ici de telles choses, qu’elle nous porte à croire que Dieu a parlé à l’homme dans le paradis, comme dans la suite il a parlé aux patriarches, à Abraham, à Moïse, c’est-à-dire avec quelqtie apparence corporelle^. » En effet, « bien que le Verbe intérieur soit le premier, dit-il, la parole extérieure étant sensible, est bien mieux connue par nous que la parole intérieure-. »
Saint Aug., De Genes., 1. VIIl, p. 18.